Re: L'histoire...
Kristen
Pendant la soirée, nous discutons de notre destination. Ils nous expliquent que, une fois dans le pays de Xura, il nous aurait été impossible de le rencontrer, lui, ou de retrouver Alwena sans leur aide. En effet, nous désirons les trouver, non ? Or, Xura est le pays des désirs inaccessibles : Aucun de nos désirs ne peut y être satisfait ; c’est pourquoi nous aurions erré indéfiniment, jusqu’à en mourir de folie, sans jamais atteindre notre but. Pour éviter cela, à la demande du roi Kuranès - qui leur a été transmise par les chats - ils nous guettaient, pour nous remettre sur le droit chemin dès qu’ils nous auraient trouvés. Maintenant que nous sommes avec eux, nous ne risquerons plus ce péril, ils nous mèneront directement à bon port.
Nous discutons aussi des maigres bêtes de la nuit. Ils nous disent qu’elles sont aussi en connivence avec eux. C’est pour cela qu’elles nous ont déposé en un lieu relativement sûr, près des goules, pas trop loin du bord et suffisamment loin de la bhole la plus proche pour que nous ayons le temps de rejoindre le bord sans risque… Mais aussi, comment deviner que nous allions nous assoir et attendre, en laissant tout le temps à la bhole d’arriver ?
Arthur Maiden nous raconte aussi son histoire. Lui aussi fut humain. Devenu orphelin dès son plus jeune âge, il a pris l'habitude de se promener dans le cimetière proche, dans l'espoir d'y retrouver ses parents ; c'est là qu'il a rencontré les goules, qui sont devenues sa nouvelle famille. Un tableau célèbre d'un peintre de Boston, Richard Upton Pickman, maintenant chef d'un groupe de goules qui réside non loin, le représente d'ailleurs : Le tableau se nomme "La leçon", on l'y voit à cinq ans attablé au milieu d'un groupe de goules qui lui enseignent les bonnes manières. À l'époque, il avait fait scandale !
La forêt de champignons
Kristen
À notre réveil… Faut-il parler de matin dans la nuit perpétuelle, quand on n’a aucun moyen de mesurer l’écoulement du temps ? À notre réveil donc nous partons, guidés par Arthur, Erwan, et trois autres goules. Après deux heures de marche dans des pierriers, nous arrivons à l’orée d’une forêt de champignons phosphorescents, dont certains sont aussi imposants que des séquoias. L’ensemble baigne dans une pâle luminosité bleu-vert, maladive et glauque… L’odeur de moisi est omniprésente, d’ailleurs les moisissures sont partout et semblent dotées d’une vie propre. Les goules nous exhortent à la prudence, cet avertissement est bien superflu ! Toutefois, notre route passe par là, nous avançons donc. Des spores et d’autres substances non identifiables tombent en permanence, tantôt en pluie, tantôt par paquets. Nous essayons de nous en préserver tant bien que mal, mais nos vêtements en sont maculés et commencent bientôt à pourrir.
Surmontant notre dégoût, nous avançons cependant, en faisant bien attention où nous mettons les pieds… Mais pas suffisamment cependant. Après une heure où deux, Arthur et moi nous prenons les pieds dans un collet de lianes qui se serre autour de nos chevilles. Nous nous en défaisons sans problème avec un couteau, Arthur, protégé par sa fourrure, n’en garde aucune séquelle… Mais bien vite je me rends compte que ma jambe commence à moisir. Je serai obligé de racler ma jambe avec un couteau pour stopper l’infection.
Nous continuons à avancer prudemment, l’environnement est toujours aussi hostile, de temps à autre un paquet de moisissures tombe des hauteurs, nous avons du mal à en esquiver certains… D’ailleurs, en fin de journée, Gwendal s’apercevra que son bras est nécrosé et ma chevelure ressemblera à une boîte a essais de pénicilline, dans les deux cas il sera trop tard pour tenter quoi que ce soit. Mais pour les moments, nous avons des soucis plus immédiats : Un champignon insectoïde volant, un fungi, nous prend en chasse, et attrape Gwendal. En se débattant, il arrive à se dégager, mais il était déjà à cinq mètres d’altitude et, même s’il ne s’est rien cassé en tombant, il est quand même sonné… Nous l’aidons à se mettre à couvert.
Il était temps : Le fungi a ramené cinq de ses camarades ! Ils nous harcèlent et tentent de nous acculer vers la droite, alors que notre route continue à aller tout droit. Nous refusons d’aller là où ils veulent nous emmener ! En restant à couverts, nous réussissons à confectionner des mannequins relativement ressemblants, et même un système pour les animer… Les fungis se laissent un instant leurrer, ce qui nous permet de prendre trois cent mètres d’avance, mais ils réussissent bien vite à nous rattraper, et tentent à nouveau de nous rabattre vers la droite.
Héléna
Cauchemar ou pas, il n’est pas questions que nous nous laissions dicter notre conduite par des espèces de champignons volants ! Je tente le tout pour le tout, et pars en courant, en zigzaguant de couvert en couvert. Hélas, j’avais oublié ma blessure de la veille ! Assez vite, je m’effondre, hurlant de douleur : Rendue malhabile par ma foulure, je n’ai pas vu un autre collet de lianes, particulièrement résistant. Emportée par mon élan, je crois bien que j’ai la jambe cassée, ils n’ont plus qu’à me cueillir… Tandis qu’ils m’emmènent, je crie à mes camarades : « Ne vous souciez pas de moi, continuez votre route, la mission d’abord ! »
Arthur
Nous discutons ensemble pour savoir quoi faire… Gwendal serait partisan de partir à la rescousse d’Héléna, Kristen lui rappelle que seul son corps onirique est en danger, tandis qu’Alwena risque aussi sa vie physique. Finalement, je leur propose que je continue à les mener vers Xura, tandis qu’Erwan et une autre goule vont tenter de sauver Héléna. Tous acquiescent.
Héléna
Ils me déposent dans une clairière où trois sorcières accompagnent un homme de grand taille, de teint noir mais de faciès caucasien, avec des pieds de chèvre… Celui-ci fait signe à ses compagnes de nous laisser, m’immobilise d’un geste, puis m’adresse la parole avec un grand sourire :
- Quelle joie de te rencontrer, Héléna, j’étais désolé de ne pas vous voir à notre dernier rendez-vous ! Mais rien n’est perdu, puisque te voici ! Certes, j’aurais préféré que tes compagnons soit là… Mais ce n’est pas grave, tu leur retransmettras mes propos, n’est-ce pas ?
À ce moment, Erwan et une autre goule rentrent dans la clairière. Il les immobilise d’un geste, puis poursuit :
- Alwena est heureuse, pourquoi voulez-vous interférer avec son bonheur ? Elle a enfin trouvé la paix !
- Comment pouvez-vous dire cela ? elle était désespérée et suicidaire !
- Oh oui, Je comprends que son journal vous ait fait peur, elle était sous le coup de la mort d’Erwan… Mais rassurez-vous, maintenant que son corps est soigné, elle vous sera rendue dès qu’il aura éliminé la drogue !
- Et à l’hôpital, cette entité qui nous demandait de la tuer ?
- Que cette scène vous ait terrorisés, je le comprends parfaitement ; elle était alors en plein combat… Mais elle est forte ! Elle a vaincu, et elle est maintenant la maîtresse et la reine de Xura ! Vous le verrez de vos yeux si vous persistez dans votre projet insensé d’aller là-bas, les deux ne font qu’un maintenant… Elle l’a absorbé, car elle l’a vaincu !
Je sais que le conseil que vous ont donné certains fous, comme Kuranès : Tuer son corps onirique… Voulez-vous vraiment la priver de ce pays enchanté, maintenant qu’elle l’a découvert ? À propos, ce Kuranès en qui vous mettez votre confiance, savez-vous de quoi il est mort ? Il s’était drogué pour que son corps terrestre meure, c’est ainsi qu’il est devenu roi de Céléphaïs ! C’est un jaloux, il ne veut pas qu’Alwena devienne la reine de Xura, c’est pour ça qu’il veut que vous l’assassiniez !
Ces propos sont intolérables, Je veux lui répondre, mais il m’arête d’un geste. Je suis paralysée et ne puis plus ni bouger, ni parler. Il poursuit :
- C’est vrai, en arrivant en Xura, vous aurez quelques visions dérangeantes… Ne vous inquiétez pas, c’est normal, elle vient tout juste d’être couronnée, il faut du temps pour que son pouvoir s’étende à tout le pays ! Ayez confiance !
À propos de confiance, d’ailleurs, regardez en qui vous l’avez mise ! En des chats, ces petits salauds égoïstes et cruels, qui ne pensent qu’à torturer les proies qu’ils arrivent à attraper… Ils doivent bien rire maintenant de vous voir dans les contrées inférieures, entre les mains des goules !
Et les goules, vous les croyez fréquentables ? Ces charognards puants ? Oh, ils n’oseront pas vous attaquer tant que vous vivrez, mais voyez les dangers des chemins par où ils vous font passer, et imaginer le festin pour elles quand vous aurez succombé !… Tiens, Erwan nous as rejoint ! Tu sais que c’est à cause de lui que tout est arrivé, et qu’après avoir perdu tes jambes de l’éveil tu es en train de perdre aussi tes jambes du rêve ? Tiens, je vais te venger, et par la même occasion tu verras comme ton amitié envers les goules est bien placée !
Il agite mollement sa main en direction d’Erwan qui s’effondre, raide mort. Puis il disparait ; aussitôt, le charme qui nous tenait paralysés, la goule est moi, est levé… Mais ma jambe est toujours cassée.
La goule, Croc d’Acier, fonce vers moi pour voir comment je vais. Voyant que je suis hors de danger, il se tourne vers Erwan :
- Un brave compagnon, il a finalement donné sa vie pour vous, comme il vous l’avait promis…
Et, se tournant vers moi :
- Je peux en manger un morceau ? J’ai besoin de reprendre des forces après cette course pour te rattraper… Et nos provisions ont été gâtées par la moisissure, autant les asticots sont bons pour la santé, autant ces champignons peuvent être mortels, même pour nous… Je ramènerai le reste pour le groupe, ils ont faim aussi ! Pas de souci pour Erwan, il n’est plus là, et de toutes manières c’est ce qu’il aurait voulu, il voulait par-dessus tout se rendre utile, il en a là une bonne occasion !
Je suis un peu choquée, mais je m’abstiens de critiquer. Je sais que c’est leurs coutumes, autre peuple, autre moeurs… Par contre, même si j’ai aussi faim que lui, je refuse poliment quand il m’en propose !
Sur ce il me dit :
- Et maintenant, en l’honneur de cet excellent ami et repas, en route !
Après avoir re-fixé mon attelle pour que je ne souffre pas trop, il me prend sur ses épaules ; et le cadavre d’Erwan sous le bras (moins l’avant-bras dont il s’est régalé), il court. En chemin, il prends le temps de discuter avec moi :
- Rares sont les humains qui acceptent notre compagnie… Ça nous fait toujours plaisir. Nos moeurs sont donc si bizarres à vos yeux ?
- Nous sommes très attachés à nos morts, et nous avons toujours l’impression qu’un peu d’eux reste dans leurs corps, même quand ils nous ont quittés.
- J’aurai toujours du mal à vous comprendre ! Ils ne sont plus là, puisqu’ils sont morts, ce n’est plus que de la viande ! Bon, qu’on n’apprécie pas les asticots, je peux le comprendre, les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas… Quoique tu devrais essayer, c’est délicieusement épicé, rien de tel comme condiment ! Mais de la bonne viande, pourquoi s’en priver ?
Une autre de vos coutumes que j’ai du mal à comprendre : En visitant vos tombes, on voit parfois des sommes d’argent, ou d’autres menus objets. Déjà, je n’ai jamais réussi à comprendre l’argent : Vous lui accordez tant de valeur, alors que ça ne se mange pas ! Mais en donner à des morts, qui n’en auront clairement jamais l’usage… Ça me dépasse ! Vous êtes fous, vous les humains !
- Arthur et Erwan étaient nés humains. Et toi ?
- Non, moi je suis une goule de naissance. C’est peut-être pour ça qu’ils vous comprenaient un peu mieux... Mais il n’ont jamais regretté de nous avoir rejoint, la vie est tellement plus simple pour nous ! Nous ne nous compliquons pas l’existence pour un oui ou pour un non, avec votre - Comment appelez-vous ça, déjà ?... - Ah oui, votre psychologie ! Encore une chose que je n’arriverai jamais à comprendre, je le crains !
J’admets que ce n’est pas simple...
En devisant ainsi agréablement, nous atteignons enfin l’orée de la forêt, où nos amis ont dressé un campement au pied d’une grande falaise percée de grottes et de terriers…
Arthur
La dernière partie de notre voyage en forêt se déroule sans plus de soucis ; nous arrivons enfin, épuisés, au pied de la falaise qui clôt le monde souterrain. Nous établissons un campement, quand je vois Croc d’Acier arriver, avec Héléna sur les épaules et le cadavre d’Erwan sous le bras...
- Croc d’Acier, Héléna, ça va ? Qu’est-il arrivé à Erwan ?
- Nous avons recentré Nyarlathotep, c’est lui qui a tué Erwan… Je me suis dit que vous auriez faim, c’est pour cela que je l’ai ramené.
- Merci, c’est une attention délicate ! Héléna, comment vas-tu ?
- Je vais bien, merci, mais avec ma jambe cassée, je ne pourrai plus marcher…
- On trouvera une solution, ne t’inquiète pas. Raconte-nous plutôt.
- Oh, c’est un menteur, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Il a essayé de m’embobiner avec des salades comme quoi Alwena aurait vaincu Xura, comme quoi Kuranès, les chats et vous seraient indignes de confiance… Tout ce qu’il a réussi à faire c’est à renforcer ma détermination ! On y va ?
- Du calme, il faut nous reposer d’abord, nous aurons besoin de forces demain face à Xura !
Héléna
Sur ce nous nous rendons compte que nos vêtements ont tellement pourri que nous sommes quasiment nus… même si, avec la couche de crasse qui nous enveloppe, nous ne sommes guère indécents. Tout notre équipement est inutilisable. Utilisant le pouvoir que nous avions testé l’autre soir à la taverne de Dylath Leen, nous invoquons tout d’abord une bassine d’eau et du savon, puis des vêtements ; quelle joie de ne plus avoir toute cette moisissure sur nous ! Mis à part, pour Kristen et Gwendal, celle qui s’est incrustée dans leur chair bien sûr, hélas…
Nous nous procurons de la même manière un repas, puis un couteau dont Gwendal se sert pour me fabriquer, à partir de bois de champignon, une planche à roulette qui me permettra de les suivre… Il est toujours aussi bricoleur, c’est impressionnant !
Enfin, écroulés de fatigue, nous nous endormons...
Pendant la soirée, nous discutons de notre destination. Ils nous expliquent que, une fois dans le pays de Xura, il nous aurait été impossible de le rencontrer, lui, ou de retrouver Alwena sans leur aide. En effet, nous désirons les trouver, non ? Or, Xura est le pays des désirs inaccessibles : Aucun de nos désirs ne peut y être satisfait ; c’est pourquoi nous aurions erré indéfiniment, jusqu’à en mourir de folie, sans jamais atteindre notre but. Pour éviter cela, à la demande du roi Kuranès - qui leur a été transmise par les chats - ils nous guettaient, pour nous remettre sur le droit chemin dès qu’ils nous auraient trouvés. Maintenant que nous sommes avec eux, nous ne risquerons plus ce péril, ils nous mèneront directement à bon port.
Nous discutons aussi des maigres bêtes de la nuit. Ils nous disent qu’elles sont aussi en connivence avec eux. C’est pour cela qu’elles nous ont déposé en un lieu relativement sûr, près des goules, pas trop loin du bord et suffisamment loin de la bhole la plus proche pour que nous ayons le temps de rejoindre le bord sans risque… Mais aussi, comment deviner que nous allions nous assoir et attendre, en laissant tout le temps à la bhole d’arriver ?
Arthur Maiden nous raconte aussi son histoire. Lui aussi fut humain. Devenu orphelin dès son plus jeune âge, il a pris l'habitude de se promener dans le cimetière proche, dans l'espoir d'y retrouver ses parents ; c'est là qu'il a rencontré les goules, qui sont devenues sa nouvelle famille. Un tableau célèbre d'un peintre de Boston, Richard Upton Pickman, maintenant chef d'un groupe de goules qui réside non loin, le représente d'ailleurs : Le tableau se nomme "La leçon", on l'y voit à cinq ans attablé au milieu d'un groupe de goules qui lui enseignent les bonnes manières. À l'époque, il avait fait scandale !
La forêt de champignons
Kristen
À notre réveil… Faut-il parler de matin dans la nuit perpétuelle, quand on n’a aucun moyen de mesurer l’écoulement du temps ? À notre réveil donc nous partons, guidés par Arthur, Erwan, et trois autres goules. Après deux heures de marche dans des pierriers, nous arrivons à l’orée d’une forêt de champignons phosphorescents, dont certains sont aussi imposants que des séquoias. L’ensemble baigne dans une pâle luminosité bleu-vert, maladive et glauque… L’odeur de moisi est omniprésente, d’ailleurs les moisissures sont partout et semblent dotées d’une vie propre. Les goules nous exhortent à la prudence, cet avertissement est bien superflu ! Toutefois, notre route passe par là, nous avançons donc. Des spores et d’autres substances non identifiables tombent en permanence, tantôt en pluie, tantôt par paquets. Nous essayons de nous en préserver tant bien que mal, mais nos vêtements en sont maculés et commencent bientôt à pourrir.
Surmontant notre dégoût, nous avançons cependant, en faisant bien attention où nous mettons les pieds… Mais pas suffisamment cependant. Après une heure où deux, Arthur et moi nous prenons les pieds dans un collet de lianes qui se serre autour de nos chevilles. Nous nous en défaisons sans problème avec un couteau, Arthur, protégé par sa fourrure, n’en garde aucune séquelle… Mais bien vite je me rends compte que ma jambe commence à moisir. Je serai obligé de racler ma jambe avec un couteau pour stopper l’infection.
Nous continuons à avancer prudemment, l’environnement est toujours aussi hostile, de temps à autre un paquet de moisissures tombe des hauteurs, nous avons du mal à en esquiver certains… D’ailleurs, en fin de journée, Gwendal s’apercevra que son bras est nécrosé et ma chevelure ressemblera à une boîte a essais de pénicilline, dans les deux cas il sera trop tard pour tenter quoi que ce soit. Mais pour les moments, nous avons des soucis plus immédiats : Un champignon insectoïde volant, un fungi, nous prend en chasse, et attrape Gwendal. En se débattant, il arrive à se dégager, mais il était déjà à cinq mètres d’altitude et, même s’il ne s’est rien cassé en tombant, il est quand même sonné… Nous l’aidons à se mettre à couvert.
Il était temps : Le fungi a ramené cinq de ses camarades ! Ils nous harcèlent et tentent de nous acculer vers la droite, alors que notre route continue à aller tout droit. Nous refusons d’aller là où ils veulent nous emmener ! En restant à couverts, nous réussissons à confectionner des mannequins relativement ressemblants, et même un système pour les animer… Les fungis se laissent un instant leurrer, ce qui nous permet de prendre trois cent mètres d’avance, mais ils réussissent bien vite à nous rattraper, et tentent à nouveau de nous rabattre vers la droite.
Héléna
Cauchemar ou pas, il n’est pas questions que nous nous laissions dicter notre conduite par des espèces de champignons volants ! Je tente le tout pour le tout, et pars en courant, en zigzaguant de couvert en couvert. Hélas, j’avais oublié ma blessure de la veille ! Assez vite, je m’effondre, hurlant de douleur : Rendue malhabile par ma foulure, je n’ai pas vu un autre collet de lianes, particulièrement résistant. Emportée par mon élan, je crois bien que j’ai la jambe cassée, ils n’ont plus qu’à me cueillir… Tandis qu’ils m’emmènent, je crie à mes camarades : « Ne vous souciez pas de moi, continuez votre route, la mission d’abord ! »
Arthur
Nous discutons ensemble pour savoir quoi faire… Gwendal serait partisan de partir à la rescousse d’Héléna, Kristen lui rappelle que seul son corps onirique est en danger, tandis qu’Alwena risque aussi sa vie physique. Finalement, je leur propose que je continue à les mener vers Xura, tandis qu’Erwan et une autre goule vont tenter de sauver Héléna. Tous acquiescent.
Héléna
Ils me déposent dans une clairière où trois sorcières accompagnent un homme de grand taille, de teint noir mais de faciès caucasien, avec des pieds de chèvre… Celui-ci fait signe à ses compagnes de nous laisser, m’immobilise d’un geste, puis m’adresse la parole avec un grand sourire :
- Quelle joie de te rencontrer, Héléna, j’étais désolé de ne pas vous voir à notre dernier rendez-vous ! Mais rien n’est perdu, puisque te voici ! Certes, j’aurais préféré que tes compagnons soit là… Mais ce n’est pas grave, tu leur retransmettras mes propos, n’est-ce pas ?
À ce moment, Erwan et une autre goule rentrent dans la clairière. Il les immobilise d’un geste, puis poursuit :
- Alwena est heureuse, pourquoi voulez-vous interférer avec son bonheur ? Elle a enfin trouvé la paix !
- Comment pouvez-vous dire cela ? elle était désespérée et suicidaire !
- Oh oui, Je comprends que son journal vous ait fait peur, elle était sous le coup de la mort d’Erwan… Mais rassurez-vous, maintenant que son corps est soigné, elle vous sera rendue dès qu’il aura éliminé la drogue !
- Et à l’hôpital, cette entité qui nous demandait de la tuer ?
- Que cette scène vous ait terrorisés, je le comprends parfaitement ; elle était alors en plein combat… Mais elle est forte ! Elle a vaincu, et elle est maintenant la maîtresse et la reine de Xura ! Vous le verrez de vos yeux si vous persistez dans votre projet insensé d’aller là-bas, les deux ne font qu’un maintenant… Elle l’a absorbé, car elle l’a vaincu !
Je sais que le conseil que vous ont donné certains fous, comme Kuranès : Tuer son corps onirique… Voulez-vous vraiment la priver de ce pays enchanté, maintenant qu’elle l’a découvert ? À propos, ce Kuranès en qui vous mettez votre confiance, savez-vous de quoi il est mort ? Il s’était drogué pour que son corps terrestre meure, c’est ainsi qu’il est devenu roi de Céléphaïs ! C’est un jaloux, il ne veut pas qu’Alwena devienne la reine de Xura, c’est pour ça qu’il veut que vous l’assassiniez !
Ces propos sont intolérables, Je veux lui répondre, mais il m’arête d’un geste. Je suis paralysée et ne puis plus ni bouger, ni parler. Il poursuit :
- C’est vrai, en arrivant en Xura, vous aurez quelques visions dérangeantes… Ne vous inquiétez pas, c’est normal, elle vient tout juste d’être couronnée, il faut du temps pour que son pouvoir s’étende à tout le pays ! Ayez confiance !
À propos de confiance, d’ailleurs, regardez en qui vous l’avez mise ! En des chats, ces petits salauds égoïstes et cruels, qui ne pensent qu’à torturer les proies qu’ils arrivent à attraper… Ils doivent bien rire maintenant de vous voir dans les contrées inférieures, entre les mains des goules !
Et les goules, vous les croyez fréquentables ? Ces charognards puants ? Oh, ils n’oseront pas vous attaquer tant que vous vivrez, mais voyez les dangers des chemins par où ils vous font passer, et imaginer le festin pour elles quand vous aurez succombé !… Tiens, Erwan nous as rejoint ! Tu sais que c’est à cause de lui que tout est arrivé, et qu’après avoir perdu tes jambes de l’éveil tu es en train de perdre aussi tes jambes du rêve ? Tiens, je vais te venger, et par la même occasion tu verras comme ton amitié envers les goules est bien placée !
Il agite mollement sa main en direction d’Erwan qui s’effondre, raide mort. Puis il disparait ; aussitôt, le charme qui nous tenait paralysés, la goule est moi, est levé… Mais ma jambe est toujours cassée.
La goule, Croc d’Acier, fonce vers moi pour voir comment je vais. Voyant que je suis hors de danger, il se tourne vers Erwan :
- Un brave compagnon, il a finalement donné sa vie pour vous, comme il vous l’avait promis…
Et, se tournant vers moi :
- Je peux en manger un morceau ? J’ai besoin de reprendre des forces après cette course pour te rattraper… Et nos provisions ont été gâtées par la moisissure, autant les asticots sont bons pour la santé, autant ces champignons peuvent être mortels, même pour nous… Je ramènerai le reste pour le groupe, ils ont faim aussi ! Pas de souci pour Erwan, il n’est plus là, et de toutes manières c’est ce qu’il aurait voulu, il voulait par-dessus tout se rendre utile, il en a là une bonne occasion !
Je suis un peu choquée, mais je m’abstiens de critiquer. Je sais que c’est leurs coutumes, autre peuple, autre moeurs… Par contre, même si j’ai aussi faim que lui, je refuse poliment quand il m’en propose !
Sur ce il me dit :
- Et maintenant, en l’honneur de cet excellent ami et repas, en route !
Après avoir re-fixé mon attelle pour que je ne souffre pas trop, il me prend sur ses épaules ; et le cadavre d’Erwan sous le bras (moins l’avant-bras dont il s’est régalé), il court. En chemin, il prends le temps de discuter avec moi :
- Rares sont les humains qui acceptent notre compagnie… Ça nous fait toujours plaisir. Nos moeurs sont donc si bizarres à vos yeux ?
- Nous sommes très attachés à nos morts, et nous avons toujours l’impression qu’un peu d’eux reste dans leurs corps, même quand ils nous ont quittés.
- J’aurai toujours du mal à vous comprendre ! Ils ne sont plus là, puisqu’ils sont morts, ce n’est plus que de la viande ! Bon, qu’on n’apprécie pas les asticots, je peux le comprendre, les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas… Quoique tu devrais essayer, c’est délicieusement épicé, rien de tel comme condiment ! Mais de la bonne viande, pourquoi s’en priver ?
Une autre de vos coutumes que j’ai du mal à comprendre : En visitant vos tombes, on voit parfois des sommes d’argent, ou d’autres menus objets. Déjà, je n’ai jamais réussi à comprendre l’argent : Vous lui accordez tant de valeur, alors que ça ne se mange pas ! Mais en donner à des morts, qui n’en auront clairement jamais l’usage… Ça me dépasse ! Vous êtes fous, vous les humains !
- Arthur et Erwan étaient nés humains. Et toi ?
- Non, moi je suis une goule de naissance. C’est peut-être pour ça qu’ils vous comprenaient un peu mieux... Mais il n’ont jamais regretté de nous avoir rejoint, la vie est tellement plus simple pour nous ! Nous ne nous compliquons pas l’existence pour un oui ou pour un non, avec votre - Comment appelez-vous ça, déjà ?... - Ah oui, votre psychologie ! Encore une chose que je n’arriverai jamais à comprendre, je le crains !
J’admets que ce n’est pas simple...
En devisant ainsi agréablement, nous atteignons enfin l’orée de la forêt, où nos amis ont dressé un campement au pied d’une grande falaise percée de grottes et de terriers…
Arthur
La dernière partie de notre voyage en forêt se déroule sans plus de soucis ; nous arrivons enfin, épuisés, au pied de la falaise qui clôt le monde souterrain. Nous établissons un campement, quand je vois Croc d’Acier arriver, avec Héléna sur les épaules et le cadavre d’Erwan sous le bras...
- Croc d’Acier, Héléna, ça va ? Qu’est-il arrivé à Erwan ?
- Nous avons recentré Nyarlathotep, c’est lui qui a tué Erwan… Je me suis dit que vous auriez faim, c’est pour cela que je l’ai ramené.
- Merci, c’est une attention délicate ! Héléna, comment vas-tu ?
- Je vais bien, merci, mais avec ma jambe cassée, je ne pourrai plus marcher…
- On trouvera une solution, ne t’inquiète pas. Raconte-nous plutôt.
- Oh, c’est un menteur, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Il a essayé de m’embobiner avec des salades comme quoi Alwena aurait vaincu Xura, comme quoi Kuranès, les chats et vous seraient indignes de confiance… Tout ce qu’il a réussi à faire c’est à renforcer ma détermination ! On y va ?
- Du calme, il faut nous reposer d’abord, nous aurons besoin de forces demain face à Xura !
Héléna
Sur ce nous nous rendons compte que nos vêtements ont tellement pourri que nous sommes quasiment nus… même si, avec la couche de crasse qui nous enveloppe, nous ne sommes guère indécents. Tout notre équipement est inutilisable. Utilisant le pouvoir que nous avions testé l’autre soir à la taverne de Dylath Leen, nous invoquons tout d’abord une bassine d’eau et du savon, puis des vêtements ; quelle joie de ne plus avoir toute cette moisissure sur nous ! Mis à part, pour Kristen et Gwendal, celle qui s’est incrustée dans leur chair bien sûr, hélas…
Nous nous procurons de la même manière un repas, puis un couteau dont Gwendal se sert pour me fabriquer, à partir de bois de champignon, une planche à roulette qui me permettra de les suivre… Il est toujours aussi bricoleur, c’est impressionnant !
Enfin, écroulés de fatigue, nous nous endormons...