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Re: L'histoire...

Publié:
Jeu Août 22, 2013 7:16 pm
par stellamaris
Profonde est la terreur que suscitent les goules
Et la répulsion qu’inspirent leurs festins
Faits d’intestins
Farcis aux vers, et d’os pourris ; elles sont foules
Aux lieux maudits ; mais ne se fient à leurs instincts
Que les crétins !
Ces charognards, vous les jugez pires qu’ignobles,
Et digne d’un démon leur diète de chacal
Vil, bestial ?
Que vous les méprisez ! Vous croyez-vous plus nobles
Quand en chacun dansent tango - bal infernal -
Le bien, le mal ?
Sachez, c’est en ce nœud à l’intime de l’âme
Qu’est la prison où l’ennemi tient votre sœur ;
Vous le vaincrez si vous pouvez vaincre sa flamme
En votre cœur.
Le combat se tiendra au creux d’un labyrinthe
Où tout humain se perd ; la goule, en sa candeur,
Ne connaît ces tourments ; ce guide, en cette enceinte,
Ne craint l’horreur
- Merci pour ces avertissements, Sire, nous en tiendrons compte et rechercherons les Goules pour nous en faire des alliés ; mais quel est le chemin ? Comment pourrons-nous trouver Xura, et les goules ?
- Il y a deux chemins, tous deux remplis de péril. Le chemin le plus long passe par Dylath-Leen ; c'est une ville humaine, vous trouverez à Céléphaïs des bateaux pour vous y conduire ; mais c'est néanmoins une ville sombre et mal famée, car, poussés par l'appât du gain, les hommes y commercent avec des marchands venus de tous les pays maudits, et même avec Xura ; aucun navire à proprement parler humain n'acceptera de vous mener en Xura, mais vous pourrez trouver un embarquement sur les ignobles galions verts qui commercent avec ce pays. Prenez garde ! Ils sont presque aussi dangereux que Xura lui-même, et nul homme censé n'accepterait de s'y rendre, de même que nul homme censé n'accepterait d'aller en Xura ! Mais pourtant, tel est votre chemin. À moins que…
- Un autre chemin existe, un raccourci, peut-être plus périlleux encore… Mais si vous êtes pris par le temps, peut-être devrez-vous le prendre ? Le voici : Les faibles Dieu de la Terre ont coutume de danser sur certains des plus hauts sommets des contrées du rêve, et notamment sur le sommet du Mont Aran, qui domine Céléphaïs. Or ils sont extrêmement soucieux de leur tranquillité. Ils ont donc placé de redoutables gardiens pour interdire à quiconque de venir les déranger : Les maigres bêtes de la nuit. Mais, ce qu'ignorent les humains, c'est que les maigres de la nuit ne font pas de mal à ceux qu'elles interceptent : Elles se contentent de les mener dans les contrées souterraines du rêve, en vallée de Pnath…
- Sombre et dangereuse est la vallée de Pnath ! Imaginez un lac d'ossements où ne brille jamais ni soleil, ni lune, ni étoiles, profond de plusieurs centaines de mètres, composé des restes des repas des goules au long de plusieurs milliers de millénaires… Y sévissent les redoutables bholes, d'immenses vers fouisseurs, dont la longueur peut atteindre la taille d'une petite ville… Oui, c'est certes un endroit fort dangereux, vous devrez y être d'une prudence absolue ! Mais non loin de là est la demeure des goules, et elles connaissent des chemins secrets pour, à partir de là, vous conduire jusqu'en Xura…
- Une chose encore : Vous n'êtes plus très loin du réveil suite à votre première nuit de rêve, mesuré en temps des terres de l'éveil… En temps des contrées du rêve, il vous reste peut-être deux semaines, mais guère plus… Or, en vous réveillant, il est tout à fait possible que vous ne vous souveniez pas de votre rêve. Si tel est le cas, il faudrait que vous refassiez toute votre quête… Or, le temps vous est conté, et il est d'une importance vitale, pour nos deux mondes, que vous réussissiez ! Je vais donc vous faire un cadeau d'une valeur inestimable ; rêver ces deux objets m'a donné autant de travail que de rêver Céléphaïs tout entière.
Il nous tend deux pendentifs en bois, de quelques centimètres carré de côté.
- Ces objets n'ont l'air de rien, mais ils sont précieux car ils sont capables de passer du monde du rêve au monde de l'éveil, et retour ; de tels objets sont exceptionnels. Voici mon conseil : Tant que vous êtes encore dans les contrées du rêve, notez par le détail toute votre quête. Laissez vos notes en lieu sûr - Par exemple, une taverne à Dylath-Leen. Ainsi, quand vous vous réveillerez, si vos souvenirs de votre voyage ici sont flous, ou si vous doutez de leur réalité, ces objets vous en démontreront la réalité ; et, la nuit suivante, une fois endormis, ces objets vous rappelleront de vous rendre en Dylath-Leen, et pourquoi. Dylath-Leen n'est pas loin du Bois Enchanté, tout juste une semaine de marche ; ainsi, vous aurez tout le temps de terminer votre quête dans les temps, alors que si vous deviez reprendre toute votre enquête et repasser par ici, vous n'auriez jamais le temps de conjurer la catastrophe qui s'annonce…
Sur ce, je me prosterne devant le Roi pour le remercier de ces présents, et nous les enfilons autour de notre cou ; toutefois, avant de prendre congé, je lui dit :
- Sire, une ultime requête… Je vois bien que pour le combat final, rien ni personne ne pourra nous aider, si ce n'est nous-même ; ceci étant dit, d'ici là, de nombreux dangers nous attendent… Auriez-vous un maître d'arme qui pourrait nous former au combat, afin d'augmenter nos chances de parvenir jusqu'à cette épreuve finale ? D'après ce que j'ai cru comprendre, en Céléphaïs le temps ne s'écoule pas ; nous pourrions donc y rester indéfiniment pour nous former et ne repartir qu'une fois prêts, sans que le temps nécessaire à l'exécution de notre quête ?
- Cela ne se passe pas ainsi : Puisqu'en Céléphaïs la même journée est éternellement répétée, vous pourriez y rester aussi longtemps que vous le souhaitez, vous n'arriveriez pas à apprendre plus que ce que vous serez capables d'apprendre en une journée… Croyez-moi, pour échapper à ces dangers-là, faites plutôt confiance à vos alliés, ils vous seront précieux !
Toutefois, je vous adresse une lettre de recommandation pour le meilleur des maîtres d'armes de Céléphaïs ; vous avez raison, tout ce qui sera appris pendant cette journée sera autant de chances que vous mettrez de votre côté…
Sur ce, nous le quittons, avec encore une fois force révérences et remerciement.
Re: L'histoire...

Publié:
Ven Août 23, 2013 12:56 pm
par stellamaris
À Céléphaïs
Gwendal
Je viens d'arriver à Céléphaïs par un bateau en provenance de Hlanith. Je précise que ça fait des années que j'arpente ces contrées, toutes les nuits, dans mes rêves… Mais jamais, au grand jamais, il ne m'était arrivé d'y rencontrer une personne du monde de l'éveil ! Aussi, je suis estomaqué quand je vois débarquer, en provenance de Serranian, Héléna et Kristen…
- Vous ? Ici ? Mais que faites vous dans mon rêve ?
- Apparemment ce n'est pas que ton rêve, c'est un rêve partagé… Et, dans ce rêve, Alwena court un grand danger ! Viens avec nous, tu pourras nous aider !
- Ce n'est pas possible, vous devez être des projections de mon inconscient… Depuis trois mois, il est normal que je m'inquiète, ça doit être pour ça que j'ai rêvé de vous et de cette réplique…
- Non je peux te l'assurer, nous partageons bel et bien le même rêve ! Même si moi-même, je ne comprends pas trop ce qui se passe, je t'assure que c'est réel… Mais ne restons pas ici, allons plutôt dans une auberge…
Héléna
Nous allons donc dans une auberge, et nous lui racontons tout… Commence-t-il à nous croire ? Sans doute… Toujours est-il qu'il décide de poursuivre avec nous. Après un moment, je sursaute : Assis dans un coin sombre à l'autre bout de la table, je vois une silhouette en capuche… Et je m'aperçois que je l'ai déjà vue, mais où ? Sans doute dans une taverne de Hlanith. Nous suivrait-il ? A ce moment là, le fourneau de sa pipe rougeoie, éclairant un moment sa figure… C'est celle d'Erwan, telle que nous l'avions vue dans la photo qu'Alwena avait sur sa table de nuit !
Se rendant compte que je l'ai remarqué, il me salue, avec un grand sourire narquois… Je fais remarquer à mes amis que nous sommes observés, il les salue de même, toujours aussi provoquant et sur de lui… Heureusement, loin comme il l'était, normalement il n'a pas dû pouvoir nous entendre… À moins qu'il n'ait des capacités surhumaines ? Car, est-il humain ? Dans son journal, Alwena se demandait si, après leur visite au plateau de Leng, c'était bien son Erwan sous ce visage… Nous quittons donc cette auberge.
Vers Dylath-Leen
Héléna
Après une journée passée à nous entraîner, nous prenons le bateau pour Dylath-Leen. Pendant quatre jours, la traversée se passe sans encombres. Le cinquième jour, nous voyons les marins s'éloigner prudemment du bastingage. Comme nous les interrogeons, ils balbutient une explication incompréhensible, comme quoi la zone serait hantée… Gwendal, poussé par la curiosité, se rapproche du bastingage, je le suis… Dans cette zone, la mer est particulièrement claire et transparente, et nous nous voyons distinctement survoler une cité engloutie, particulièrement splendide… Serait-ce la ville d'Ys, dont j'ai tellement entendu parler depuis mon enfance ? Une sirène couronnée - Dahud ? s'en détache, vient vers nous… Et attrape Gwendal. J'échoue à le rattraper, heureusement Kristen y parvient ! De rage, elle secoue le navire dans tous les sens, nous nous retrouvons tous à rouler dans tous les sens… Mais il poursuit sa ville, et nous sommes saufs. Bizarrement, les marins nous regardent d'un sale oeil : "Je vous l'avais bien dit ! Vous rendez-vous compte que vous nous avez tous mis en danger ? ". Et même Colonel - le chat - nous fait la gueule : " Vous ne pourriez pas arrêter là vos enfantillages ? Vous ne vous rendez pas compte que c'est toute la quête que vous mettez en danger ? " Gwendal prend particulièrement mal le fait d'être réprimandé par un chat, j'ai l'impression qu'une inimitié profonde est en train de naître entre ces deux-là…
Nous continuons notre route sans encombre ; à mesure que le ciel, jusqu'ici si lumineux, s'assombrit, les marins nous disent : " Je vois que nous approchons de Dylath-Leen… Il ne fait jamais beau dans ce trou pourri ! "
Re: L'histoire...

Publié:
Ven Août 23, 2013 1:10 pm
par stellamaris
(Dessin de Totoro)

Re: L'histoire...

Publié:
Ven Août 23, 2013 1:11 pm
par stellamaris
Dylath-Leen
Héléna
Enfin, nous voyons la noire silhouette de Dylath-Leen se détacher sur l'horizon… Que cette ville est sinistre ! En basalte noir, presque sans fenêtres, écrasée par un ciel de plomb où volent des mouettes couleur sang…
Dans ses rues, l'on voit des signes évidents de richesse, mais que les habitants sont maussades !
À un moment, alors que nous errions dans une ruelle à la recherche d'une taverne, nous passons devant un temple, j'ai une vision : Je me vois, dansant dans mon corps terrestre… Aussitôt, une immense nostalgie m'envahit… Mes compagnons ont, de même, chacun une vision de leur plus cher désir inassouvi, et ressentent la même tristesse… Un peu plus loin, nous lisons sur une plaque le nom de la rue : Ruelle des larmes…. Quelles sombres divinités peuvent-ils bien vénérer ici ?
Sombre es-tu, Dylath-Leen, bien plus que le basalte
De tes cours, tes maisons, tes ruelles, tes quais.
Dans ton ciel toujours gris, croassent leurs hoquets
Des mouettes de sang qui, sans la moindre halte,
Instillent leur tristesse aux noirs reflets d’asphalte
Dans les cœurs des marins, des marchands, des laquais ;
Nul n’entend, dans tes murs, les rires des banquets !
Plus d’un temple vomit l'angoisse qu'il exalte…
Oh, l’argent coule à flots ! Telles sont les splendeurs
Que des vaisseaux maudits, des pays des horreurs,
Débarquent en ton port ! Nulle âme n’y résiste,
Mais c’est pour leur malheur ; c’est la damnation
Que vendent ces galions ; chez les hommes s’enkyste
D’un désespoir sans nom la putréfaction.
Un peu plus loin, nous trouvons enfin l'auberge recherchée… Aussi sombre et déprimante que le reste de la ville, mais bon, il faudra bien s'y faire ! L'aubergiste n'a pas l'air d'être un mauvais bougre, c'est au moins ça… Nous lui louons un coffre, comme nous l'a conseillé Kuranès, afin d'y laisser nos notes. Comme nous nous demandons quoi faire de la clef, Colonel nous propose de la garder ; nous lui fabriquons un collier sacoche à cet effet, en le remerciant grandement, car nous savons quel sacrifice c'est pour un chat que d'accepter de porter un collier… Il nous indique que, pour notre retour dans les contrées du rêve, il nous attendra avec une escouade de chat à la porte au pied de l'escalier du sommeil profond, afin que nous puissions traverser le bois enchanté sans rien craindre des zoogs ; nous le remercions encore…
Nous passons la soirée à nous entraîner à invoquer de menus objets - eh oui, c'est une des possibilités qu'offre le rêve, et qui ne nous sont pas offertes dans le monde de l'éveil - au grand agacement de Colonel, qui trouve que nous nous dispersons par rapport à notre mission. La tension atteint son comble quand Gwendal invoque un papillon de lumière, se disant qu'il serait bien utile dans les endroits sombres ; Colonel bondit, et le croque en chuchotant à l'oreille de Gwendal : "Petit con !". Ils ne sont pas prêts de s'entendre, ces deux là…
Re: L'histoire...

Publié:
Sam Août 24, 2013 3:13 pm
par stellamaris
Dimanche 4 août - Brest
Gwendal
Après cette nuit invraisemblable, je me réveille dans ma chambre à Brest. Que s’est-il passé ? Ce monde des rêves, que j’arpente depuis tant d’années, ne me serait donc pas propre ? J’ai énormément de mal à le croire… Peut-être suis-je simplement tellement préoccupé pour Alwena que j’ai intégré son frère et sa meilleure amie dans mon rêve ? Et tout ceci n’est-il qu’une illusion ? J’erre durant plusieurs heures dans les rues de Brest pour m’éclaircir les idées ; puis, ne sachant toujours que penser, je me décide à faire une requête sur Internet pour voir si, ainsi que “ me l’a dit Kristen dans cette taverne de Dylath-Leen ”, ce monde existe bel et bien et a déjà été décrit dans de la littérature… Et je trouve en effet un article sur Wikipédia concernant chacun des lieux que nous avons visités ; le plus inquiétant est celui qui parle de Xura où Alwena serait prisonnière… Tout cela aurait été décrit au début du siècle dernier par un auteur américain, H.P. Lovecraft. Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Je suis complètement perdu…
Je m’apprête à téléphoner à Kristen, quand c’est lui qui m’appelle : Nous avons rendez-vous à 14h00 avec Julie le Bihan, la personne qui a trouvé Alwena dans le coma, à côté du cadavre d’Erwan…
Kristen
Dès mon réveil après cette nuit incroyable - Je me réveille avec autour du cou la plaquette du Roi Kuranès, c’est donc que ce monde existe vraiment ! - Je me plonge dans “ À la recherche de Kadath l’inconnue ”, de H.P. Lovecraft ; c’est fou, je reconnais dans le détail les lieux que nous avons traversé, ainsi que les principaux personnages ! Je suis d’autant plus inquiet pour Alwena…
Je remarque la photo de l’auteur sur la jaquette : Il a le même visage que le ménestrel que nous avons rencontré à Thran et qui nous a déclamé son histoire du “ bateau blanc ” ! Pourtant, cet homme est mort depuis des décennies, pas loin d’un siècle !
Bon, pour en avoir le coeur net, nous devons rencontrer Julie Le Bihan… Chouette, elle est disponible cet après-midi ! Je préviens les autres.
Héléna
Je me réveille avec autour du cou la plaquette de bois du Roi Kuranès… Ainsi donc, les aventures de cette nuit se sont donc réellement produites ! Nous avons donc une chance de sauver Alwena, c'est extraordinaire ! Je passe la matinée à peindre, c'est toujours ainsi que je me clarifie les idées… Visiblement, quand je rejoins les autres, ils sont aussi déboussolés que moi, sinon plus. Nous échangeons nos souvenirs de la nuit ; ils me montrent aussi le résultat de leurs recherches sur Internet et leurs lectures, il n'y a pas de doute… Allons donc rencontrer Julie, après tout, même si c'est dans le monde des rêves, elle est la dernière personne à avoir rencontré Alwena consciente…
Alors, nous avons une chance de sauver Alwena ?
Gwendal
Nous arrivons donc chez Julie ; nous nous présentons, et nous la remercions chaleureusement pour avoir sauvé Alwena en la faisant amener à l'hôpital… Après qu'elle nous ait offert un verre, nous lui demandons :
- D'où la connaissez vous ? Et comment avez-vous eu son adresse ?
- Je suis heureuse de vous rencontrer, j'aimerai tellement faire plus pour l'aider, mais les contrées du rêve me sont fermées depuis que je m'y suis fait assassiner… Vous connaissez les contrées du rêve ?
- Pour ma part, je les connais depuis des années, mais j'étais persuadé que c'était un rêve qui m'était propre, j'ignorais totalement qu'il était possible d'y rencontrer des personnes du monde réel… Ce n'est que cette nuit que j'ai commencé à réaliser que ce monde existait, quand j'y ai rencontré Héléna et Kristen ; et je ne m'en suis convaincu que tout à l'heure, après avoir partagé mes souvenirs avec eux… Mais comment avez-vous fait la connaissance d'Alwena, et comment avez-vous pu la sauver ?
- Ça fait quelque temps que je l'avais rencontrée dans la contrée des rêves, et nous avons aussitôt sympathisé. Elle est charmante ! Mais elle me semblait bien fragile… J'ai alors décidé de les suivre, et c'est dans une taverne de Dylath-Leen que je me suis présentée à eux comme étant Brestoise ; nous avons alors échangé nos adresses…
Je me suis inquiétée d'autant plus quand, il y a quelque temps, j'ai trouvé son Erwan changé ; et plus encore quand j'ai appris qu'ils étaient allés au terrible plateau de Leng. Sur ce, son Erwan est parti avec un de ces ignobles galions verts qui desservent Xura ; Alwena en a été très déstabilisée, et elle l'a suivi dès qu'un autre galion lui a proposé le passage… J'ai bien essayé de l'en empêcher, mais sans succès. Elle était comme envoûtée… Elle était tellement heureuse à l'idée d'y retrouver son "Erwan" (je suis quasi-certaine que ce n'était pas lui), qu'elle s'était convaincue que la noire réputation de Xura n'était que superstition.
Après son départ, je suis restée un jour ou deux à Dylath-Leen, à me demander comment l'aider ; je m'apprêtais à prendre le premier bateau pour Céléphaïs pour prendre conseil auprès du Roi Kuranès, quand j'ai été poignardée dans le dos, dans une ruelle sombre. Et maintenant que mon corps onirique est mort, je ne pourrai jamais y retourner, comment puis-je l'aider !
Dès mon réveil, je me suis précipité chez eux ; m'étonnant qu'ils ne répondent à aucune heure de la journée, sur le soir je me suis décidé à forcer la porte… C'était trop tard pour Erwan, hélas. Mais elle, comment va-t-elle ? Avez-vous pu la voir depuis son admission à l'hôpital ?
Sur ce, nous lui racontons tout, depuis la visite d'Héléna et de Kristen à la Cavale Blanche. Elle est à la fois affolée par les nouvelles que nous lui donnons et par la dangerosité de notre mission, et soulagée de savoir qu'il reste encore un espoir…
Après l'avoir quittée, nous allons rendre visite à Alwena. Elle était calme dans son lit, complètement sanglée pour éviter un nouvel accès comme celui d'hier, avec un énorme hématome sur le bras… L'infirmière de garde nous dit que celle d'hier est en arrêt maladie, mais qu'Alwena n'a pas eu de nouvel accès depuis hier.
Re: L'histoire...

Publié:
Dim Août 25, 2013 4:18 pm
par stellamaris
Nuit du 4 au 5 août - Ulthar
Kristen
De mes lectures de ce matin, j'ai notamment retenu qu'un dessin magique, "Le signe des anciens", placé sur une ouverture permet d'éviter que les entités maléfiques l'empruntent. Instruit par l'exemple d'Alwena, afin d'éviter que Xura puisse tenter de faire de moi un autre portail, je me le suis dessiné sur le bras… Quand je me retrouve devant les prêtres de la Caverne de la Flamme, ils approuvent mon initiative et retouchent le dessin, là où je m'étais trompé ; ils m'indiquent aussi un tatoueur à Ulthar, ainsi le dessin sera permanent pour mon corps onirique.
Même si nous nous avons essayé de nous endormir à la même heure, j'arrive seul dans le Bois Enchanté… Comme convenu, une escouade de chats, menée par Colonel, m'attend ; je le remercie, et récupère la clef du coffre que nous avons loué à Dylath-Leen. Il en est vraiment soulagé ! Il m'accompagne à Ulthar pendant que d'autres chats restent attendre les autres. Finalement, alors que je suis arrivé dans la matinée, Gwendal est arrivé en début d'après-midi, et Héléna quand le soir commençait à tomber. Entre temps, j'ai eu le temps de faire tatouer convenablement (sur la nuque), de me munir de matériel de camping pour le voyage vers Dylath-Leen, et de louer les zèbres qui nous serviront à faire la route (ce sont les animaux de monte les plus communs en ces contrées !). Quand les autres arrivent, je leur parle du tatouage, et ils se rendent à mes arguments. Pour Gwendal, ce sera sur l'avant-bras et, pour Héléna, sur l'épaule gauche…
Le lendemain, tournant le dos au bois enchanté, nous prenons la route vers Dylath-Leen en longeant la rivière Skaï. Les premiers jours, c'est un paysage verdoyant, très semblable à "La Comté" de Tolkien, je m'attendrais presque à voir un hobbit sortir d'un trou… Mais non, les quelques fermes sont peuplées d'humains, et les rares voyageurs sont humains aussi. Et quelle paix dégagent ces lieux ! Mais peu à peu, le paysage change, d'abord sur la rive droite, qui se couvre d'une forêt luxuriante où l'on entend de temps à autre des rugissement inquiétants - Colonel nous met en garde sur les dangers cachés dans les profondeurs de cette "jungle de Parg" : Des animaux, comme le redoutable ver de feu et l'oiseau de Magah qui hypnotise ses proies par son chant, ainsi que des tribus sauvages ; mais les chasseurs d'esclaves venus de Dylath-Leen sont de loin les plus redoutables !
Quand on parle de Dylath-Leen, le temps se couvre, nous sommes donc en train d'arriver… En effet, le pu après nous apercevons au loin les murs de la cité, et le matin suivant nous y sommes. La ville est toujours aussi lugubre… En particulier, cette galère noire, dans le port, nous donne le frisson, sans que nous sachons pourquoi. Cette impression semble partagée par Colonel, qui crache et feule en la voyant… Nous allons à la taverne récupérer le contenu de notre coffre, en remerciant le tavernier.
Dylath-Leen
Héléna
Peu après - La chance nous sourit-elle ? - Un galion vert entre au port ; le journal d'Alwena ne mentait pas, je croirais voir le Hollandais Volant : Ses voiles sont en lambeaux, des concrétions immondes et des algues desséchées le maculent… Et l'odeur ! Pire encore que celle de la trirème ! J'ai beau être à l'autre bout du port, je manque en défaillir !
Comme j'en fais la remarque à un marin de passage, il surenchérit :
- Un jour, j'en ai vu sortir un espèce de ver immonde, dont la cher elle-même était putréfiée, et presque aussi grand que moi ! Il a dévoré deux ou trois poubelles, et je crois bien qu'il m'aurait dévoré aussi si je ne l'avais pas assommé avec ce qui me tombait sous la main, avant de m'enfuir à toutes jambes… On ne les tolère qu'à cause de la qualité exceptionnelle de la soie qu'ils débarquent…
- De la soie ?
- Oui madame, et pas n'importe laquelle, vous n'en trouverez nulle part de plus belle ; et pour pas cher ! En paiement, il ne demandent que de la viande pourrie, des pouces gauches, et des esclaves !
Sur ce, un autre ivrogne se rapproche :
- Mais moi, l'autre jour, j'ai vu un spectacle plus qu'étonnant : Une jeune fille, belle comme le jour, monter à bord, apparemment de son plein gré ! Et radieuse qui plus est, oui madame, on aurait cru une mariée ! Je ne vous raconte pas le sourire sadique des marins qui l'accueillaient à bord… Mais elle ne se rendait compte de rien, elle était sur un nuage, on aurait cru qu'elle vivait un compte de fées !
Nous lui faisons préciser son signalement, pas de doute, c'est bien Alwena…
Je décide donc d'interroger des marchants de soie ; s'ils sont remarquablement éloquents pour vanter la qualité - absolument remarquable, je dois le dire - de leurs produits, ils se font par contre muets comme des carpes, invoquant le secret professionnel, quand nous essayons de leur tirer les vers du nez sur la provenance de leurs produits… Nous n'arrivons à rien apprendre d'intéressant.
Dépités, nous retournons à la taverne pour manger. Qui voyons-nous au fond de la salle ? Notre vieil ami, "La Capuche", qui nous salue, toujours avec le même sourire narquois...
Re: L'histoire...

Publié:
Lun Août 26, 2013 4:05 pm
par stellamaris
La galère noire
Héléna
Et nous réveillons, ligotés au mât, à bord d'une galère noire, en pleine mer ! L'odeur est si ignoble que j'essaie de vomir, mais je m'aperçois que mon estomac est vide et crie famine…
Et qui nous accueille, avec un grand sourire ? " La Capuche " ! Il nous salue bien bas, en nous disant " Bienvenue à Bord " ! Quel toupet ! Je le giflerais, si je n'étais pas aussi fermement ligotée !
D'ailleurs, je fais mine de bouger pour essayer de desserrer mes liens, ou de m'en dégager… Aussitôt, les arcs des marins se tendent, tandis que La Capuche nous dit, toujours avec le même sourire :
- Du calme, mes amis, du calme ! Vous voulez déjà nous quitter ? Mais vous avez un rendez-vous que vous ne pouvez pas vous permettre de manquer !
Kristen
- Si ce rendez-vous est si important, ce serait sûrement un problème pour vous si vous deviez nous tuer, non ?
- Croyez que je serai désolé de devoir en arriver là, vous m'êtes fort sympathiques… Mais sachez que, si l'un de vous devait mourir pour que l'exemple aide les autres à se calmer, ce ne serait pas un problème majeur. Donc, vous allez rester calmes et tout se passera pour le mieux. Allez, détendez-vous, profitons ensemble du paysage et de la conversation ! Tenez, à propos de paysage, vous voyez ce rivage, comme magnifique ! C'est Xura, ou vous vouliez aller… Mais je crains que votre rendez-vous ne soit plus urgent, hélas ! Une autre fois, peut-être ?
Gwendal
- Comment osez-vous nous nommer "amis" quand vous nous traiter ainsi ? Vous n'avez pas honte ?
- Simple mesures de sécurité, je vous assure ! Croyez-moi, je ne vous veux aucun mal ! Simplement, il y a une certaine personne qui tient absolument à vous parler, vous alliez faire de grosses bêtises… Et il fait partie de ceux que l'on ne peut se permettre de contrarier.
- Pouvez-vous au moins nous dire qui ?
- Désolé, je dois vous garder dans l'incertitude pour le moment, mes consignes sont strictes… Mais vous le saurez bien assez tôt, je vous l'assure ! D'ici là, mis à part l'inconfort de vos liens, je vous promet de tout faire pour rendre votre votre voyage le plus agréable possible. À ce propos, n'avez-vous pas faim ?
Je me rends compte qu'en effet, oui, je défaille de faim… Mais toutefois, me rappelant parfaitement que mon dernier repas m'a conduit ici, je décline l'invitation.
- Êtes vous vraiment sûrs de ne pas vouloir manger ? Savez vous que votre dernier repas date d'il y a cinq jours ? Tenez, pour vous rassurer, je vais goûter dans vos assiettes. Quel intérêt aurai-je à vous endormir à nouveau, alors que vous êtes déjà en mon pouvoir ?
Je continue à être suspicieux ; mais voyant Kristen se décider, puis Héléna, je finis par céder à l'appel de ma faim, qui est véritablement dévorante… Il fait signe à des marins de venir nous donner la becquée.
À propos de marins, ils sont bizarres : Tellement enrubannés que l'on ne voit que leurs yeux et leur bouche - anormalement large, d'ailleurs - ; mais la forme de leur turban est telle que l'on se demande s'il ne cache pas deux cornes ! Par ailleurs, ils ont des pieds minuscules, je n'ai jamais vu des chaussures si petites…
Kristen
Je me rappelle parfaitement ma lecture de "La quête onirique de Kadath l'inconnue", et je devine où La Capuche veut nous amener : Rencontrer son maître, le Chaos Rampant, Nyarlathotep, sur la Lune… Toutefois, pour ne ne pas inquiéter mes compagnons, je m'abstiens de le leur dire pour le moment. Quand aux marins, ils correspondent exactement à la description que Randolph Carter, le narrateur, fait des hommes de Leng…
Mes soupçons se confirment quand, un peu plus tard, La Capuche fait signe aux marins d'apporter leur repas au rameurs : C'est un esclave, solidement ligoté, qu'ils jettent dans la cale !
Nous doublons maintenant une arche de cristal ; j'y reconnais l'entrée du pays de Sona-Nyl, la contrée de l'imagination… Peu à peu, les rives se rapprochent, et nous passons entre deux immenses montagnes de basalte ; la mer s'est transformée en fleuve, puis en torrent… Et se jette dans le vide, en cataracte, pendant que nous prenons notre envol. La Capuche fait signe aux marins :
- Nous ne risquons plus de rencontrer de navires terrestres, maintenant, vous pouvez ôter vos déguisements.
Aussitôt, ils se déshabillent, ne gardant qu'un pagne : Ce ne sont pas des humains, ils ont deux cornes sur la tête, des sabots à la place des pieds, une courte queue… Ce sont bel et bien des hommes de Leng ! Mes craintes étaient fondées !
Alors que, en route vers la Lune, nous nous enfonçons dans l'obscurité de l'espace profond, nous sentons plus que nous voyons des choses visqueuses nous palper. La Capuche nous rassure : "Ne craignez rien, ce ne sont que les larves des dieux, elles ne peuvent rien contre vous.
Les larves des dieux hantent, affamées,
Les vains éons de l’espace profond,
Errant sans but, aveugles, désarmées,
Tels des fétus quand rugit un typhon.
J’ai pu les voir et même, tel Buffon
Les observer, elles sont des armées,
Des légions, leur nombre me confond !
Les larves des dieux hantent, affamées
L’immensité des sphères embrumées
De cet abîme ou danse et se morfond
Leur père. Il les oublie et, malaimées,
Les vains éons de l’espace profond
Sont leur prison, sans murs et sans plafond !
Entre la Terre et Séléné, paumées
Étaient nos nefs ; et là, sur ce haut-fond
Erraient sans but, aveugles, désarmées
- Ne sont-ce des bébés ? – Ces fils pygmées,
Inachevés de l’atroce bouffon,
Le noir Azathoth ; sans but, animées
Tels des fétus quand rugit un typhon
Elles viennent, vont ; ne les satisfont
Nuls aliments ; quand même des fumées
Ont un souhait – monter – qu’elles parfont,
Elles n’ont plus de but que des camées,
Les larves des dieux !
Un peu plus tard, j'entends une musique, très ténue, venir du point le plus profond de l'espace. La Capuche fait signe à l'homme de barre :
- Pas par là, il n'est pas encore temps que nos amis entendent ce concert.
Je lui demande :
- C'est la cour d'Azathoth, n'est-ce pas ?
- Je vois que Monsieur est perspicace, toutes mes félicitations !
Quelques éternités plus tard - Comment compter le temps, au milieu de nulle part, sans aucun repère ? - Nous nous approchons de la Lune. Nous amerrissons en douceur, sur ce qui semble une mer de bitume fondu, d'un noir d'encre, mais glaciale… Nous arrivons au port d'une ville étrange, les bâtiments de pierre noire sont construits selon une géométrie impossible, et n'ont pas la moindre fenêtre… L'équipage véritable sort de l'entre-pont : D'ignobles créatures de la taille d'un homme mais ressemblant vaguement à des crapauds désossés, sans yeux mais avec une multitude de tentacules sur le groin… Elles saluent avec déférence notre geôlier, mais les hommes de Leng se mettent au garde à vous devant elles. L'une, qui semble être le chef, en désigne un de la patte. Nous le voyons verdir, blêmir, transpirer à grosses gouttes… Et balbutier : "Ce sera pour moi un honneur d'être votre sacrifice, maître" !
Sur ce, nous sommes détachés du mât mais, solidement saucissonnés, portés par des hommes de Leng entourés par des bêtes de la Lune ; notre geôlier ouvre la marche. Nous sortons de la ville et nous dirigeons vers une grotte dans une colline proche. Quand une nuée de chats, menée par Colonel, jaillit de nulle part et met en pièces notre escorte. C'est un véritable carnage… Seul La Capuche semble avoir disparu. S'est-il échappé ? Ce serait dommage ! Nous les remercions chaleureusement, ils rongent nos liens, puis ils nous disent : " Le coin n'est pas sûr, rentrons ! Accrochez-vous à nos fourrures et sautez quand vous nous verrez sauter ! " Aussitôt dit, aussitôt fait, et nous atterrissons en douceur sur un pré à proximité de Dylath-Leen.
Re: L'histoire...

Publié:
Mar Août 27, 2013 1:22 pm
par stellamaris
Près de Dylath Leen
Héléna
Nous remercions chaleureusement Colonel pour notre sauvetage ; il répond, très militaire :
- La mission d’abord ! Restez ici, je pars en reconnaissance en ville. Je vois que le galion vert est toujours au port, mais mieux vaut être prudent, nos ennemis ont prouvé qu’ils ont le bras long !
Nous l’attendons donc ; quelques heures plus tard il revient :
-J’ai vu l’équipage du galion conférer avec des hommes de Leng ; cette voie est donc fermé. Je suis désolé, mais vous n’avez pas d’autre choix que de passer par la vallée de Pnath.
Comme nous acquiesçons, il continue :
- D’ici, le plus rapide sera d’escalader le mont N’Granek, qui se situe sur l’île d’Oriab, à un jour de mer d’ici. En effet, le haut de cette montagne, sur un versant qui domine une région déserte et inhabitée, est sculpté à l’effigie d’un dieu ; les dieux, pour préserver ce secret, font garder le sommet par des maigres bêtes de la nuit, qui vous amèneront directement dans la vallée de Pnath.
- D’accord, faisons donc ainsi
- Tant que le galion vert et les hommes de Leng sont là, Dylath Leen est dangereuse pour vous. Je me suis mis d’accord avec un vaisseau qui part ce soir sur l’île d’Oriab ; une chaloupe viendra vous chercher au tomber du soir dans une crique isolée
- Comment pourrions-nous vous remercier pour tant d’efficacité ?
- Ce n’est rien, la mission d’abord... Toutefois, sachez que nous ne pourrons pas vous accompagner dans la vallée de Pnath, quand vous serez emportés par les maigres bêtes de la nuit ; mais les goules feront d’excellents guides, ils connaissent parfaitement cette contrée. Après tout, n’est-ce pas leur demeure ?
Île d'Oriab
Kristen
Au crépuscule, nous allons donc au point de rendez-vous ; la traversée se passe sans encombres, et, au soir suivant, nous approchons de Baharna, la principale ville de l’île d’Oriab. Nous avons d’abord l’impression que la ville est en feu, mais sans dégager la moindre fumée... En nous approchant, nous nous rendons compte que c’est simplement l’effet des reflets du soleil couchant sur les maisons de porphyre rouge. Quel spectacle magnifique, encore une fois !
Entrant dans une taverne, nous nous enquerrons auprès du tavernier des spécialités de l’île, des endroits à voir, des endroits dangereux...
- La grande spécialité du coin, c’est les objets sculptés dans la lave du mont N’Granek, porphyre ou basalte... Vous en trouverez facilement en ville, il y en a de magnifiques, la roche est tellement belle !
- Mmm, intéressant... Les sites de recherche de ces roches doivent être magnifiques, aussi, non ? En arrivant, nous avons vu au loin la silhouette de cette montagne, elle a l’air vraiment majestueuse !
- En effet, mais ses abords sont dangereux. Pour atteindre les lieux de collecte de la lave, vous devrez d’abord longer un immense lac, le lac Yath ; de jour, il n’y a aucun souci, mais les malheureux surpris par la nuit sur ces rives sont très souvent retrouvés vidés de leur sang au petit matin... Et, quand vous approcherez du mont N’Granek, ne montez surtout pas trop haut ! On ne retrouve jamais les imprudents qui dépassent la limite des arbres !
Le lendemain, nous faisons quelques emplettes - notamment du matériel d’escalade, une corde, et je prends une arbalète - puis nous partons. Le lac est plus grand que nous ne l’avions imaginé : Nous commençons à le longer vers midi, et nous sommes loin d’être arrivés au bout quand la nuit tombe. Continuer à le longer, ou dormir en prenant des tours de garde ? Après en avoir discuté, nous choisissons de continuer ; nous prenons néanmoins le temps de nous sustenter. Pendant que nous mangeons, nous voyons d’énormes grenouilles, d’un mètre de haut, s’approcher prudemment ; nous sortons nos armes ; mais, dès que nous faisons un mouvement, elles se reculent prudemment et restent à nous observer, à bonne distance.
Nous reprenons notre route ; nous en voyons d’autres, elles s’éloignent prudemment, en sautant, dès que nous approchons... Sauf une, qui se tenait à côté du cadavre d’un animal de bonne taille, complètement vidé de son sang. Elle était visiblement en pleine digestion, le ventre beaucoup plus volumineux que les autres, et avait visiblement les plus grandes difficultés à se déplacer ; elle a néanmoins réussi à se traîner hors du chemin pour nous laisser passer...
Vers minuit, nous arrivons enfin au bout du lac ; un peu plus loin, dans la forêt, nous voyons un feu de camp ; Colonel part en éclaireur, et revient, tout excité : C’est un campement de ramasseurs de lave, mais surtout ils ont avec eux une minette d’une beauté telle qu’il n’en avait pas vu de pareille depuis des années ! Nous lui souhaitons bonne chance, et le suivons.
Les ramasseurs de lave sont contents de notre compagnie, ils nous demandent si nous n’avons pas eus de soucis avec les hémophores :
- Non, aucun problème, ils sont craintifs et s’éloignent prudemment dès qu’on bouge... Mais nous en avons vu un en train de digérer, brrr... En effet, mieux vaut ne pas dormir sur les bords du lac !
Re: L'histoire...

Publié:
Mer Août 28, 2013 3:11 pm
par stellamaris
Le mont N’Granek
Gwendal
Le lendemain matin, nous entreprenons donc l’ascension. Nos amis nous ont avertis avec insistance de ne pas dépasser la limite des arbres, nous n’avons bien évidemment pas mentionné que notre objectif est justement de nous faire enlever !
Toute la matinée, nous montons en pente douce dans un sous-bois clairsemé, rencontrant de temps en temps des cueilleurs de lave ; en début d'après-midi, nous atteignons la lisière de la forêt. Vu l'altitude, la température s'est sérieusement rafraîchie… Assez vite, le sentier se divise en deux branches, l'une qui monte tout droit vers le sommet, l'autre, plus escarpé, qui entreprend un mouvement tournant vers la droite. Nous disant que l'endroit le plus protégé de la montagne sera le portrait du dieu, qui se situe sur le versant opposé, nous prenons celui-ci.
Petit à petit, le paysage devient de plus en plus sauvage et le versant de plus en plus escarpé, notre randonnée tourne à la progression à flanc de falaise… Nous nous encordons, et heureusement ! Chacun de nous dévisse plusieurs fois et se retrouve à faire le pendule, aucun de nous n'aurait réussi à passer seul, c'est certain ! Au-dessus de nous, nous remarquons de nombreuses ouvertures de grottes, est-ce la demeure des maigres bêtes de la nuit ?
En fin d'après-midi, après une progression exténuante et de nombreuses frayeurs, nous semblons arriver à une impasse : Impossible de continuer dans cette direction… Kristen, le moins mauvais grimpeur de notre groupe, entreprend alors d'escalader directement le ressaut, presque vertical, qui nous domine. Il passe en tête, sans problème, puis nous hisse. Il y a là un replat suffisant pour que nous campions… Mais surtout, quel choc ! Tout le flanc de la montagne au-dessus de nous, sur plusieurs centaines de mètres de hauteur, est sculptée à l'effigie d'un dieu… C'est grandiose ! Quel sculpteur cyclopéen a-t-il pu créer une œuvre aussi monumentale ?
En contrebas, le paysage que nous surplombons, composé de collines et de coulées de lave stériles, est magnifique ! Et totalement désert jusqu'à l'horizon. Je ne sais par quel sortilège ces contrées sont protégées, mais les dieux sont visiblement très jaloux de leurs secrets !
Kristen
Nous nous installons pour la nuit, chacun avec ses affaires dans un sac à dos, pour que les maigres bêtes de la nuit les prennent avec elles quand elles nous emporteront. Pour ma part, j'ai aussi sanglé mon arbalète en bandoulière.
Sur ce, le soleil se couche, et, le temps étant couvert, l'obscurité est totale. À un moment, sans avoir rien vu ni entendu, je me rends compte que je ne suis plus au sol, mais enserré par des doigts froids et caoutchouteux. Je me rend compte aussi que je n'ai plus mon arbalète. Un peu plus tard, les nuages s'écartent un moment, et j'entraperçois furtivement, à la lueur d'un rayon de lune, nos ravisseurs : Noirs comme la nuit, silencieux comme la mort, avec deux cornes recourbées et d'immenses ailes membraneuses… Le plus effrayant est leur absence totale de communication avec nous. Elles ne parlent, ne rient ni ne sourient, ni même communiquent par quelque mimique faciale que ce soit car, en dépit de leur allure générale vaguement humanoïde, elles n'ont ni bouche, ni visage qui leur permettrait de communiquer de quelque manière que ce soit… Leur seule manière de s'exprimer est de resserrer leur prise en nous pétrissant désagréablement quand nous bougeons trop à leur goût. Nous restons donc le plus calmes possible, en attendant qu'elles nous mènent à notre destination redoutée.
Sur ce, nous sentons plus que nous ne voyons qu'elles s'engouffrent dans un dédale de grottes et de tunnels, de gouffres et de cavernes, en descendant, toujours plus bas, pendant des éternités… Nous perdons tout décompte du temps. Enfin, nous sortons dans une immensité ténébreuse, où ne brillent jamais ni étoiles, ni soleil, ni Lune… La pénombre rougeoyante est seulement atténuée par les reflets fuligineux des coulées de lave d'immenses volcans, à la limite de notre perception. Des pics immenses nous dominent, mais nous descendons, toujours plus bas vers la sombre vallée dont la surface semble un lac blafard noyé dans d'éternelles ténèbres. A la fin, elles nous déposent dans le champ d'ossements, à trois cent mètres environ de la rive.
Re: L'histoire...

Publié:
Mer Août 28, 2013 7:35 pm
par stellamaris
En vallée de Pnath
Héléna
Pleinement conscients de la dangerosité du lieu, nous restons silencieux, sans faire le moindre bruit. Nous conférons en échangeant des notes sur des bouts de papier griffonnés, pour nous concerter. Je serais, pour ma part, d'avis de quitter au plus vite ce champ d'ossements, mais Gwendal et Kristen sont plutôt partisans de rester là jusqu'à ce que les goules viennent nous rechercher.
Mais, après quelque temps, nous entendons un bruissement d'abord ténu, puis de plus distinct, comme une avalanche d'os entrechoqués… Un bhole ! Il n'y a pas à tergiverser, nous devons fuir !
Nous essayons dans un premier temps de nous éclipser sans bruit, mais la marche furtive dans un champ d'ossements branlants n'est pas évidente… Nous essayons alors la course, mauvaise idée ! Le sol est tellement inégal et la visibilité si mauvaise que Gwendal et moi nous retrouvons au sol. En me relevant, je hurle de douleur : Cheville foulée, impossible de poser le pied au sol ! Gwendal me prend sur son dos et fuit au plus vite, Kristen reste en arrière pour attirer le bhole en faisant du bruit, puis s'échappe in extremis… Enfin, nous prenions pied sur la terre ferme, mais un peu plus haut, un groupe de goules nous exhorte : "Plus haut, vous êtes encore trop près !" Le bhole manque encore une fois de nous attraper en effet, il est véritablement énorme, heureusement qu'il n'est pas trop agile ! Enfin, nous voici en sécurité auprès des goules.
Chez les goules
Gwendal
Ils sont véritablement répugnants ! Imaginez des espèces d'humanoïdes velus au faciès canidé, des fragments de viande pourrie maculant leurs crocs et leur fourrure… Toutefois, même si je n'ai pas entendu les avertissements du roi Kuranès, mes amis me les ont suffisamment rabâchés pour que je ne montre pas mon dégoût.
L'un d'entre eux s'approche et nous tend la main : Bienvenue, nous vous attendions ! Nous vous guettions en Xura, mais les chats nous ont appris les contre-temps que vous avez subi, nous sommes donc revenus ici pour vous montrer le chemin… Mais permettez que je vous présente un ami.
Il fait signe à l'un d'eux d'avancer. Il sort timidement du rang ; quand il nous parle, tout en lui respire la confusion et l'embarras :
- Bonjour, je fus Erwan.
Je bous intérieurement, de colère et de jalousie mêlées ; j'arrive à me retenir plus ou moins, suffisamment en tout cas pour ne pas lui balancer direct un coup de poing en pleine figure ; mais je ne peux m'empêcher de lui cracher mon mépris :
- Ah, bravo ! C'est toi qui m'a volé mon Alwena, et tu vois où ça l'a menée !
- Tu dois être Gwendal, elle m'a souvent parlé de toi… Et vous êtes Kristen et Héléna, c'est bien ça ? Si vous saviez comme je m'en veux, sans doute encore plus que vous ne m'en voulez… J'étais inconscient, je croyais que les contrées du rêve étaient un pays de conte de fées, et j'ai voulu vivre ce conte avec elle… J'ignorai tout des dangers. Ce n'est pas pour rien que Kaman-Thah et Nasht mènent une garde si vigilante dans la caverne de la flamme ! Ah, si je n'avais pas rencontré ce chaman birman, qui m'a donné cette herbe avec laquelle nous avons les trompés !
Mais ce qui est fait est fait, rien ne sert de s'appesantir sur ce qui ne peut être défait ! Ce qui compte c'est d'agir. C'est pourquoi, quand, au plateau de Leng, j'ai été recueilli, mourant, par les goules après avoir été attaqué par celui qui as ensuite pris ma place, je leur ai demandé de m'accueillir parmi eux. J'espérai bien pouvoir ainsi avoir une opportunité de sauver Alwena ; je ferai donc tout ce qui est en mon pouvoir pour vous aider, et croyez-moi, si je peux donner ma vie pour cela, ce sera avec joie !
- Ma colère contre toi reste intacte, je pense que tu me comprends… Mais peu importe, la seule chose qui compte, c'est de sauver Alwena, si c'est encore possible. J'accepte donc ton aide, et je t'en remercie… Je vous remercie tous, d'ailleurs ! Mais sache que je n'ai pas confiance en toi, et que je te garde à l'œil.
- Je comprends, j'ai été indigne de confiance, quand j'étais humain… Mais vous venez de faire un rude voyage, vous devez être épuisés et affamés, et je vois qu'Héléna est blessée. Soignez-là, puis nous mangerons, et vous vous reposerez. Une route longue et dangereuse nous attend, demain !
Héléna
Quelle surprise, que cette rencontre avec l'amant d'Alwena ! Je comprends la colère de Gwendal, et je l'admire d'avoir su se maîtriser ; pour ma part, je suis surtout sensible au remords et au dévouement d'Erwan. En fait, il ne savait pas ce qu'il faisait, tout comme moi à quinze ans, c'est une victime de ce chaman qui ne l'a pas averti des dangers… Mais lui-même, les connaissait-ils ? Comment le savoir ? Erwan a bien raison, rien ne sert d'essayer de refaire le passé, ce qui compte, c'est d'aller de l'avant et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour sauver Alwena !
En même temps, je suis particulièrement touchée qu'il se propose de donner sa vie, car son corps terrestre étant déjà décédé, si son corps onirique meurt il ne restera rien de lui. Alors que nous, si nous perdons notre corps onirique, comme Julie notre corps terrestre perdurera… Il est sincère, j'en suis persuadée.
Sur ce, regardons ma cheville… Ouf, ce n'est qu'une foulure, apparemment pas d'entorse. J'ai ce qu'il faut pour la faire dégonfler dans ma trousse à pharmacie, avec une attelle, ça devrait aller… Justement, Gwendal est en train d'en confectionner une avec des morceaux d'os, il faut dire que ce n'est pas ce qui manque dans la région. Va-t-elle m'aller ? Oui, c'est parfait ! Après une bonne nuit de repos, je devrais pouvoir les suivre.
Bon, les goules passent à table, faisons assaut de civilités et rejoignons-les… Avec nos propres provisions, bien sûr ! Ouf, c'est vraiment une épreuve de les voir manger ! Mais ça va, je tiens le coup et j'arrive à faire bonne figure, mes compagnons aussi d'ailleurs, heureusement ! Ce serait vraiment bête, une fois arrivés ici, de risquer un incident diplomatique ! Mais quand même ! Apparemment, pour eux, les asticots sont comme un assaisonnement, quand il n'y en n'a pas la viande manque de goût… Et ces morceaux qui volent partout ! Oups, je viens d'en esquiver un de justesse !
Ceci étant dit, à part leurs manières à table, ce sont de forts joyeux compagnons, joviaux et amicaux ! Kuranès avait bien raison, de nous dire de ne pas les juger sur leur apparence ! Qui plus est, leur détermination à nous aider semble sans faille… Je ne regrette pas d'avoir fait leur connaissance !