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Compte-rendu

MessagePublié: Ven Mai 24, 2013 12:33 pm
par Oggzyatra
En 1920, l'expédition Carlyle a disparu au milieu d'un voyage qui les avait mené de New York au Kenya, en passant par Londres et Le Caire. Cette expédition est constituée de Roger Carlyle, le playboy millionnaire, de Robert Penhew, le célèbre égyptologue, Robert Huston, psychanalyste réputé de Carlyle, Jack « Brass » Brady, le garde du corps de Carlyle, d'Hypathia Master, photographe, et de diverses personnes sans importance. Leur disparition a eu lieu au Kenya, mais bien que des suspects aient été arrêtés et condamnés, les corps des disparus n'ont jamais été retrouvés.

Re: Compte-rendu

MessagePublié: Ven Mai 24, 2013 12:34 pm
par Oggzyatra
26 février 1925

Suite à divers événements étranges à New York, l'affaire Carlyle refait surface (le lien entre l'expédition Carlyle et les événements de New York semble être un journaliste du nom de Jackson Elias), et six personnes se retrouvent afin de découvrir la vérité :
- Mary Davidson, qui connaissait bien Carlyle et Master et dont le luxueux appartement accueille cette réunion ;
- le Dr. Jacques-Henri Delabatte, qui collabore déjà avec Miss Davidson sur une autre affaire ;
- le Pr. Kenneth Ian, qui cherche à laver l'honneur de la fondation Penhew, principale source de financement de son département ;
- le Dr. Georges Pincher, qui est là pour les mêmes raisons et parce qu'il est intéressé par tout les phénomènes étranges liés à l'Egypte ;
- Natalia Denekine, qui soupçonne que son mari, Alexandr Stropov soit responsable des événements du mois dernier à New York et cherche à le retrouver ;
- Ghillian Mac Pheet, qui trempe dans tellement d'affaires louches qu'il connaît personnellement presque tous les protagonistes de cette affaire.


Pendant la soirée, la conversation dérive sur l'incendie de la boutique Ju-Ju qui a eu lieu le mois précédent à Harlem. Cet incendie a été accompagné de violentes émeutes, avec d'un côté 40 noirs, et de l'autre des policiers, des membres de la mafia russe dont Natalia Denekine affirme qu'ils étaient sous les ordres de son mari, ainsi que des membres d'une secte appelée le Feu Stellaire (on parle aussi d'un assaut mené par un aviateur). Ian affirme bien connaître ce dernier groupe, car une de ses élèves Martha Rossland, ne cesse d'y faire référence. C'est apparemment un groupe de fanatiques convaincus qu'ils sont déjà damnés et que tout ce qu'ils peuvent faire est de combattre les « démons » (mais la définition de ce terme n'a jamais été très claire). Ils sont menés par le père adoptif de Martha, Sebastian Rossland. Mais le Pr. Ian ne voit pas le rapport avec Elias et serait d'avis de recentrer la conversation sur ce sujet, jusqu'à ce que Mac Pheet lui apprenne que cette boutique était impliquée dans du trafic d'objet d'art africain antique : qu'il y ait effectivement un lien ou non, il faut absolument se rendre sur place pour vérifier si des artefacts peuvent encore être sauvés des cendres. Mac Pheet obtient d'un coup de fil au commissariat des autorisations de fouiller les liens pour deux jours plus tard. Il apprend aussi que le suspect décapité au commissariat était en fait Silas N'Kwane, le gérant de la boutique Ju-Ju. Par contre, ce n'était pas un Russe qui tenait l'arme, mais un petit Chinois. Apparemment sans raison, Mac Pheet demande aux autres de parler de leurs religions respectives, mais à son habitude, il ne révèle rien sur ses propres croyances.

Re: Compte-rendu

MessagePublié: Ven Mai 24, 2013 12:35 pm
par Oggzyatra
27 février

Mac Pheet et Delabatte vont proposer gratuitement leurs services de médecins dans un dispensaire de Harlem (Delabatte a tout appris sur le tas pendant la Grande Guerre, et Mac Pheet connait des méthodes de soins traditionnelles de Chine). Leurs patients sont très heureux de cette offre, mais quand les deux blancs (ou assimilés blancs) commencent à se faire insistants dans leurs questions sur l'émeute de la boutique Ju-Ju, ils se font jeter dehors. Pendant ce temps, Marie Davidson a plus de succès auprès de son ancienne nourrice qui vit à Harlem. Elle apprend que des noirs ont régulièrement disparu depuis trois ans, et que ces disparitions étaient toujours suivies de réunions de Kényans à la boutique Ju-Ju. On parle même de sacrifices humains. Le point de vue des habitants est que l'équipe A (dont on ne connaît toujours pas les membres) sont un groupe de justiciers aux méthodes expéditives qui intervient là où la police n'ose plus se rendre. La dite équipe A rigolerait bien en apprenant ça.

Après s'être assuré qu'il pourrait emprunter du matériel d'archéologie auprès de l'université de New-York pour la fouille de la boutique Ju-Ju, Kenneth Ian retrouve les autres, moins Natalia Denekine. Un coup de fil à son hôtel leur apprend qu'elle est souffrante (ce qui est louche, parce que malgré son gabarit, elle n'est pas du genre à être souffrante), et une visite montre qu'elle est absente. C'est donc à cinq que l'équipe B se rend à Prospero Press pour rencontrer Jonah Kensington, l'éditeur de Jackson Elias. Il leur apprend que vers la fin de sa vie, Elias était de plus en plus étrange comme en témoignent ses lettres dont il a gardé des copies. Il donne aussi aux enquêteurs une photo du corps d'Elias qui montre bien le symbole gravé sur son front par ses agresseurs (même Kenneth Ian ne peut en dire plus que « c'est probablement un symbole africain »), ainsi que les rares extraits de son journal qui sont déchiffrables. Il peut aussi leur communiquer la liste des éléments qu'il a fourni à l'équipe A, mais bien que détaillée, il est difficile d'en tirer quoi que ce soit sans disposer des éléments eux-mêmes : il semble clair qu'Elias a suivi l'expédition Carlyle, et pour une raison ou pour une autre, il est aussi passé par Shanghai et Hong Kong. Il faut donc localiser l'équipe A pour aller plus loin.

Heureusement, Kensington est en mesure de révéler les identités de ses membres :
- Alexandr Stropov qui dirige la mafia russe à New York et à qui Natalia Denkine veut faire payer de l'avoir laissée derrière. Il espère que les « armes » qu'il trouvera dans cette enquête lui permettront de renverser les Bolcheviks.
- Le révérend Sébastian Rossland, qui dirige le culte du Feu Stellaire. Par l'intermédiaire de la fille adoptive de celui-ci, Kenneth Ian peut confirmer que l'équipe A était récemment à Londres mais qu'elle se préparait à partir pour Le Caire.
- Miss Betsie. Avant sa disparition, Natalia Denekine avait appris au groupe que son mari avait tenté de lui cacher qu'il fréquentait son club, le Multiplex Liberty.
- Jiah-Shin-Moon, un guérisseur chinois que Ghillian Mac Pheet connait un peu.
- Lienhart, un aviateur français. Probablement celui qui pilotait l'avion pendant les émeutes de la boutique Ju-Ju.
- Le prêtre Patrick Mahoney, l'une des victimes de l'attaque sur le manoir Gavigan d'après l'article du Scoop.
- Jay Miller, un chirurgien.

D'après les personnes identifiées, les enquêteurs s'étonnent que ce soit à ceux-là qu'Elias avait choisi de faire confiance aux portes de la mort, plutôt que Ghillian Mac Pheet par exemple, qu'il connaissait bien aussi. En tout cas, les quelques informations obtenues confirment qu'il y a un lien entre les événements du manoir Gavigan et le meurtre d'Elias : le journaliste aussi était convaincu que les membres de l'expédition Carlyle étaient encore en vie (il affirme même qu'ils sont tous en vie). Miss Davidson décide donc de se faire passer pour une journaliste new-yorkaise pour obtenir plus d'informations de ses « confrères » à Londres. Elle n'apprend rien de plus que ce qui était déjà dans le journal, sinon que l'équipe A avait effectivement enquêté sur le sujet. Elle appelle donc le New York Times en tant que journaliste française cette fois et découvre le lien qu'ils ont fait ente les affaires Penhew et Elias : une lettre écrite par Gavigan a été trouvée sur place : elle était adressée à Aubrey Penhew et lui confirmait la mort d'Elias, précisant que « cet homme pouvait faire obstacle à [leur] puissant seigneur » (la lettre n'indiquait malheureusement pas les coordonnées de Penhew).

Pendant ce temps, Mac Pheet a proposé à Pincher de l'accompagner à Miskatonic afin de lui montrer la bibliothèque interdite ; Ian préfère rester sur place pour être sûr de pouvoir effectuer les fouilles de la boutique Ju-Ju le lendemain, il cherche pendant plusieurs heures à croiser le peu d'informations dont il dispose mais ne trouve rien, sinon que les activité du Culte de la Langue Sanglante semblent se concentrer sur une montagne de la Vallée du Grand Rift. Ceux de Miskatonic par contre trouvent plus d'informations en y passant la nuit entière et en s'enfoncant dans les profondeurs du Mythe : le Culte de la Langue Sanglante, dont Elias prétend qu'ils sont les vrais responsables du massacre de l'expédition Carlyle a pour symbole celui retrouvé sur le front d'Elias. La Langue Sanglante est l'un des nombreux noms de Nyarlathotep, dieu d'un panthéon inconnu mais qui apparaît un peu partout dans le monde sous divers avatars : le Vent Noir (aussi mentionné par Elias), le Pharaon Noir, la Femme Boursoufflée, la Chauve-Souris des Sables, Jack O'Lantern... D'après le peu d'informations qu'il peut trouver sur lui, Mac Pheet y voit un lien avec les dieux Hermès et Toth : Nyarlathotep est le messager des dieux, donneur de la chance, l'inventeur des poids et des mesures, le gardien des routes et des carrefours, le dieu des voyageurs et des voleurs. Il guide les héros et conduit leurs âmes aux Enfers... Son culte pratique souvent le sacrifice humain et a partout très mauvaise réputation. Les créatures ailées auxquelles fait référence Elias pourraient être des Shantaks ou des Maigres Bêtes de la Nuit. Avant de repartir à New York, ils demandent au bibliothécaire d'approfondir les recherches concernant les rituels de protection contre les rêves (mais c'est un professionnel : il sait à combien d'étudiants déléguer le travail afin de minimiser les crises de folie). Le bibliothécaire apprend à Mac Pheet qu'Elias était déjà venu le consulter à ce sujet (et effectivement, son journal parle de rêves dont il se demandait s'il s'agissait des mêmes que Carlyle). Carlyle par contre n'est jamais passé par cette partie du Miskatonic. Le bibliothécaire conseille aux enquêteurs d'aller interroger la sœur de celui-là, Erica Carlyle.

N'ayant rien à faire de la soirée, les trois enquêteurs restés à New York décident de se rendre au Multiplex Liberty pour voir ce qu'ils pourront y apprendre. Marie Davidson veut y aller déguisée en homme afin de s'assurer qu'elle ne sera pas reconnue et préserver sa réputation, mais après de longs débats, Kenneth Ian parvient à la convaincre qu'il sera moins dangereux et plus efficace d'y aller avec le même genre de tenues que les autres clientes, voire celles des employées.

À l'intérieur du club, les enquêteurs n'ont aucun mal à accéder à la partie clandestine. Les charmes de Marie font leur effet, peut-être même trop au goût de la demoiselle. Ian tente de repousser les avances trop insistantes des clients en se collant à elle. Davidson fait de son mieux pour sembler à son aise dans ce lieu de débauche, mais est parfaitement dégoûtée intérieurement (plus encore quand elle aperçoit son père en charmante compagnie. Heureusement, celui-ci ne se rend pas compte de sa présence).

Le Pr. Ian commande une vodka, et oriente la conversation vers leurs fournisseurs, et particulièrement Stropov. Il apprend que Natalia Denekine n'est pas passée par ici (ou sinon il y aurait probablement du sang un peu partout sur les murs). Mais il se montre maladroit dans ses interrogations, et il est préférable de détourner la conversation vers Miss Betsie. Cette fois, il laisse Marie faire la conversation, mais il est clair qu'elle ne sait pas y faire. Il devient évident que là aussi, il va falloir consommer pour ne pas paraître suspect, et Kenneth, ce héros, se dévoue pour l'équipe : si la cravache de Miss Betsie est actuellement à Londres, celle d'Irina est disponible est parfaitement fonctionnelle, comme celle-ci s'empresse de le lui prouver. Mais à raison d'un point de vie par coup de fouet, Kenneth doute qu'il finisse la nuit entier et demande une femme plus dans ses goûts. Le Liberty sait satisfaire ses clients, et le mac lui amène cinq africaines. L'une d'elles semble être Masaï, et Marie, qui parle Swahili, peut apprendre sans que le mac le sache qu'elle est arrivée ici il y a huit mois. Après avoir félicité le mac de la qualité de la marchandise, il demande si les connaisseurs qui savent apprécier ce genre de choses sont principalement des voyageurs revenant d'Afrique. C'est ainsi qu'il peut enfin confirmer qu'Elias fréquentait effectivement le Liberty, et que c'est probablement là qu'il a connu les autres (d'après des discussions entendues précédemment, Jiah-Shin-Moon aussi travaille ici). Delabatte quant à lui n'est pas intéressé par les Africaines et cherche quelque chose de plus exotique. La devise du Liberty est de satisfaire tous les désirs du client, et on lui propose donc des extrêmes-orientales (ce à quoi Delabatte répond qu'il préfèrerait des femmes venant de plus loin à l'est. Ah, l'exotisme new-yorkais !). Finalement, le médecin décide plutôt de se rendre à la fumerie pour voir s'il ne peut pas en apprendre plus sur Jiah-Shin-Moon, mais il s'avère incapable d'enquêter en étant stone.

De son côté, Kenneth enquête en profondeur. Étonnamment, il apprend quand même des choses : bien qu'Elias n'ait jamais rencontré cette fille, puisqu'il enquêtait aux quatre coins du monde ces huit derniers mois, et bien qu'elle n'ait pas quitté le Liberty depuis son arrivée, elle dispose d'informations utiles : elle a quitté le Kenya par peur du Culte de la Langue Sanglante. Il s'agit d'un ancien culte en activité autour d'une montagne maudite, la Montagne du Vent Noir (aussi mentionnée par Elias) mais qui est réapparu il y a quelques années et est devenu un fléau contre lequel les autres tribus ne peuvent rien (les blancs ne s'en occupent pas, et si plusieurs tribus s'alliaient pour combattre, ce sont elles que les colons extermineraient, dans le doute). La Langue Sanglante a sacrifié des villages entiers et a maintenant envahi Nairobi. Kenneth affirme souvent passer dans cette région et qu'il pourrait glisser un mot au gouverneur à ce sujet, et la fille accepte alors de lui dire tout ce qu'elle sait, précisant notamment les coordonnées de la Montagne. Plus inquiétant, elle tient d'une collègue qui l'a appris de Miss Betsie que le Culte serait en activité à New York également. Interrogée sur l'équipe A, elle juge parfaitement crédible la version selon laquelle ils seraient des héros qui seraient intervenus pour protéger les faibles. Au même moment entre Londres et le Caire, six personnes sont prises d'un grand fou rire.

Après cette enquête fructueuse, Kenneth va retrouver Marie, qui pendant ce temps n'a pas appris grand chose en se contentant d'écouter. Puisque Delabatte n'a pas encore fini à la fumerie (mais il ne s'est apparemment pas encore effondré non plus), Kenneth discute avec Marie, lui suggérant qu'elle obtiendra plus « satisfaction » si elle se montre plus « ouverte à de nouvelles expériences » ; n'étant pas certaine d'où il veut en venir, elle l'entraîne dans une alcôve où ils pourront parler plus librement.

Kenneth explique à Marie qu'elle devrait profiter de cette visite dans les bas-fonds pour améliorer la crédibilité de son personnage : elle est la plus à même d'obtenir des réponses, mais son comportement de jeune fille de bonne famille fait que c'est presque impossible (vu le peu de séduction qu'elle est prête ou capable d'employer), et s'il s'avère nécessaire de renouveler l'expérience dans les endroits les plus sordides du Caire, ça risque même d'être carrément dangereux pour tout le monde. Marie lui demande donc des conseils sur la bonne manière de se comporter, mais Kenneth n'est pas un spécialiste ; puisqu'elle se trouve en compagnie des meilleures, autant demander directement aux filles comment se comporter avec les hommes. Comme ils n'apprendront de toute façon rien de plus ici, elle peut laisser tomber cette mascarade et se montrer honnête avec le personnel (à part pour ce qui est du motif originel de leur visite évidemment) : elle est une jeune fille de bonne famille qui souhaite découvrir autre chose que son environnement ultra-sécurisé, et elle veut apprendre comment séduire les hommes tout en leur résistant, obtenir d'eux ce qu'elle veut sans leur donner plus que nécessaire. Après tout, n'était-ce pas pour ça qu'elle était aller trouver Natalia Denekine pour qu'elle lui apprenne à se battre ? Qu'elle porte ces étranges talons si fins qu'ils en deviennent des armes ?

Marie se montre réticente mais accepte néanmoins. Kenneth demande quelle est la meilleure pour manier la cravache (après Miss Betsie, s'entend), et il laisse la jeune vierge entre les mains expertes de Miss Annie. Celle-ci se montre très compréhensive (après tout, Marie est prête à payer, et n'est-elle pas censée exaucer ses moindres désirs ?) et lui apprend les bases de l'art de l'effeuillage, lui apprend à caresser, à embrasser, lui apprend les caresses plus intimes sur un membre (sans jeu de mot) du personnel, à déshabiller l'autre, à simuler l'amour... à ne pas rougir... Marie est de plus en plus gênée, mais Miss Annie sait se montrer convaincante et la jeune fille va jusqu'au bout de cet apprentissage, se demandant ce qui est nécessaire, ce qui va lui servir, et espérant que ça ne lui serve jamais. Elle refuse uniquement la proposition de stage d'un mois de la prostituée qui y prend évidemment un malin plaisir.

Pendant ce temps, Kenneth surveille Delabatte un verre à la main, se demandant comment cela se passe avec les deux filles. Il est impressionné en constatant que Davidson a tenu les deux heures. Elle paye la soirée pour eux trois (une nuit au Liberty correspond à trois mois de salaire du médecin ou du professeur ; celle de Marie a coûté beaucoup plus), et il la raccompagne chez elle. Aucun mot n'est échangé sur le chemin. En raccompagnant Delabatte chez lui (il tient encore presque debout), l'anthropologue confie à son compagnon qu'il est surpris de ne pas s'être pris un coup de talon aiguille en plein front.

Après avoir raccompagné le médecin chez lui et l'avoir bordé en s'assurant qu'il ne s'étoufferait pas dans son vomi pendant la nuit, Kenneth retourne à sa chambre d'hôtel, où il a la surprise de trouver Mary Davidson en petite tenue sur son lit. Comme ça paraît trop gros, il commence par demander à la jeune femme si elle est venue pour discuter de ses expériences de la soirée, mais celle-ci demande pourquoi elle lui raconterait cela puisqu'elle peut le lui montrer directement ? Impressionné par la transformation qui s'est opérée si vite chez la jeune millionnaire, il la rejoint avec enthousiasme. Mais les choses ne se passent pas comme Mary le souhaitait, et Kenneth l'informe qu'elle a gaspillé son argent, car elle n'a manifestement pas compris les bases du sexe, et il entreprend de lui montrer la bonne façon de procéder. Avant que la scène ne tourne au viol, Mary parvient à reprendre le dessus et commence à simuler de façon plus crédible. Puis quand Kenneth est au bord de l'orgasme, elle prend ses affaires et part en courant, s'habillant dans l'ascenseur, tandis que l'homme trébuche dans les draps en tentant de la rattraper.

Re: Compte-rendu

MessagePublié: Ven Mai 24, 2013 1:00 pm
par Oggzyatra
28 février

Au matin, Mary Davidson se rend au point de rencontre, et est gênée de s'apercevoir que Jacques-Henri Delabatte est absent, l'archéologue est seul à l'attendre. Elle ne se démonte pas et commande un café en s'installant à sa table. Ian préfère ne pas aborder le sujet de la nuit précédente et parle plutôt de la soirée de la veille. Mary ne lui donne aucun nouveau détail, affirmant qu'elle lui a déjà montré l'essentiel, et elle espère qu'il a maintenant compris à quel point il est désagréable d'être manipulé. Sauf que Kenneth ne lui en veut absolument pas pour la nuit précédente, il a au contraire été impressionné par l'aisance avec laquelle la jeune vierge a séduit un homme, les risques qu'elle était prête à prendre et le point auquel elle semble avoir dédramatisé le sexe (l'expérience est donc un succès inespéré). Par contre, il l'engage à travailler sa compréhension de la psychologie masculine afin de mieux savoir quand tenter ce genre d'approche.

En attendant, il a prévu tout un programme en attendant le retour de Ghillian Mac Pheet et de Georges Pincher de Miskatonic (et que Delabatte dessoûle). Mary obtient donc un rendez-vous avec Erica Carlyle pour le surlendemain afin qu'elle les aide à faire taire les rumeurs concernant son frère, puis il partent demander des compléments d'informations à Jonah Kensington. Celui-ci ne connaît aucune relation de Jackson Elias à New-York en dehors du groupe du Multiplex Liberty, mais il se souvient de noms qui n'étaient pas mentionnés dans les documents qu'il a donné aux enquêteurs de l'équipe B : à Londres, l'inspecteur Barington de Scotland Yard et Mickey Mahoney, rédacteur en chef du Scoop. D'autre part, Elias se méfiait d'un marchand égyptien, un certain Tewfik al-Sayed. Au Caire, Elias connaissait Auguste Loret, un archéologue qui a travaillé momentanément avec l'expédition Carlyle mais dont Ian sait qu'il n'a rien publié depuis, et Faraz Najir, un antiquaire qui a vendu des objet découverts par Carlyle. Enfin, Kensington apprend aux enquêteurs que personne n'est venu récupérer les effets personnels d'Elias, qui doivent donc encore être entre les mains de la police.

Le prochain objet sur la liste de Kenneth Ian est la libération de Natalia Denekine, mais l'entreprise est jugée trop dangereuse maintenant qu'ils sont passés par le Liberty et qu'ils savent que la mafia russe est très certainement impliquée. De même, quand il vont retrouver le dr Delabatte, on leur apprend que celui-ci a quitté l'hôtel sans leur laisser de message. Son passage au Liberty lui a fait se découvrir une passion pour l'opium et il abandonne l'enquête.

Ensuite, il est impossible d'obtenir un plan des fondations de la boutique Ju-Ju auprès du cadastre (Ian était persuadé que les réunions massives qui y avaient lieu prouvaient que la petite boutique contenait un sous-sol), et l'autorisation d'accéder aux ressources de la police ne sera pas disponible avant quelques heures. Mary accepte donc la proposition de Kenneth de visiter ensemble le musée d'archéologie, et regrette immédiatement tant celui-ci peut se montrer pédant.

Après deux heures qui semblent avoir duré une éternité, ils vont accueillir leurs collègues à la gare. Ian et Mac Pheet partagent leurs découvertes respectives. L'anthropologue est d'avis de partir directement pour le Caire dès la fin de leur enquête, de façon à repartir vers Londres après. En effet, ils seront plus efficaces à Londres quand ils auront pris connaissance des éléments découverts par l'équipe A, et si les méthodes expéditives de celle-ci ont l'avantage d'éliminer la plupart des dangers, elle détruit aussi beaucoup de preuves et d'artefacts précieux, sans parler des vies humaines. Mais les autres sont d'avis de continuer à les suivre. Encore une fois, Ian demande aux autres quelles sont leurs motivations réelles, et il semble que sa visite dans la bibliothèque interdite a rangé Pincher aux idées de Mac Pheet : si tout le monde est d'avis qu'une secte aussi dangereuse que la Langue Sanglante doit être arrêtée absolument, eux pensent que le danger dépasse leurs victimes directes et que le risque qu'ils détruisent le monde est réel, c'est pourquoi Londres est loin d'être l'aboutissement de l'enquête et qu'il est essentiel de découvrir toute la vérité sur l'expédition Carlyle, et pas seulement sur les événements du manoir Gavigan.

S'ensuit alors une nouvelle dispute entre le croyant et le sceptique, en arabe pour ne pas terroriser les gens dans le métro (on est encore à une époque où entendre parler arabe à New York fait moins peur qu'entendre parler de dieux anciens cherchant à détruire le monde). Mac Pheet déclare que ces cultes contrôlaient déjà des villes entières bien avant la construction des premières villes connues, ce qui signifie d'après Ian qu'il s'agit de cultes originaires d'une époque où la moindre bête un peu féroce était considérée comme divine, et que le danger avait dû encore diminué avec le temps. En outre, si ces cultes étaient aussi puissants, pourquoi n'en trouve-t-on aucune trace ? Mac Pheet lui répond que justement, si tant d'efforts ont été faits pour dissimuler ces cultes, c'est bien qu'ils étaient plus dangereux que les autres, ce à quoi Ian répond que c'est une pratique usuelle de l'église qui complique beaucoup le travail des historiens, mais que si des chrétiens superstitieux ont cherché à éliminer la concurrence, ça ne veut pas dire que les entités vénérées par ces cultes étaient réelles. Mac Pheet rétorque qu'il a lui-même vu ces phénomènes inexplicables, et demande à l'anthropologue ce qu'il penserait s'il voyait les morts se relever. Sa réponse est que certains sorciers vaudous sont capables de ce genre de prodige en préparant les corps d'une façon que la médecine ne sait pas encore expliquer, mais ça démontre avant tout une faiblesse de la médecine, c'est d'ailleurs pour cela que des gens se font parfois enterrer vivants, et il n'y a rien de surnaturel là-dessous. Dans d'autre cas, on pourrait rapprocher ça des poules qui continuent à courir après s'être fait couper la tête. Mac Pheet lui parle alors de rituels visant à attacher une âme à un objet, chose qui existe dans de nombreuses traditions d'après Ian, mais comment expliquer alors que le livre commence à parler dans la tête du lecteur (effets de la fatigue sur un esprit impressionnable, et c'est pourquoi il ne faut pas lire les ouvrages de la bibliothèque interdite de nuit dans l'ambiance lourde de ce bâtiment), et que les voix continuent le lendemain ? Ian ne peut que lui conseiller de rencontrer un psychiatre, il arrive qu'ils disent autre chose que des âneries. Excédé, Mac Pheet lui crie que les couvertures de certains livres étaient en peau humaine, mais Ian insiste pour mettre les choses au clair : il ne doute pas que la Langue Sanglante est constituée de dangereux psychopathes sans aucune morale qui pratiquent réellement le sacrifice humain et croient sincèrement en leurs dieux, mais ça ne veut pas dire qu'il faut les imiter. Mac Pheet prétend que le fait que la Langue Sanglante soit mentionnée dans les livres de la bibliothèque interdite prouve qu'ils font partie de ces phénomènes étranges dont il faut se méfier, Ian rétorque que certains apocryphes de la Bible sont parfaitement ridicules, et que même si on admet que Nyarlathotep était un danger réel, rien ne prouve que ces livres ne sont pas des faux contemporains de l'apogée de ces sectes, mais ne recouvrant aucune réalité.

Mary cesse vite de porter attention à cette dispute à laquelle elle ne comprend un traître mot, et son attention finit par se porter sur deux voyageurs qui discutent en Swahili : elle vient de comprendre les mots « grand-prêtre » et « Langue Sanglante » ! Laissant les autres, elle s'approche des deux noirs et n'entendant rien de plus sur le sujet, elle tentent de les fouiller discrètement avant qu'ils ne quittent le métro, ce qui est sûrement la première fois qu'une riche blanche tente de faire les poches à des noirs dans le métro. Évidemment, elle se fait prendre et Mac Pheet lui sauve la mise en prétendant qu'ils avaient parié qu'elle n'oserait pas vérifier la réputation de la virilité des noirs. Les deux suspects laissent donc Mary morte de honte dans le métro, et ne s'aperçoivent pas qu'ils sont filés par Georges. Ils finissent par se douter de quelque chose à Harlem, et entrent dans un café pour voir s'il va continuer à les suivre ; Georges préfère abandonner.

Tout le monde se retrouve donc devant les ruines de la boutique Ju-Ju, dont les planches sur les fenêtres les mettent heureusement à l'abri des regards indiscrets. Il n'a malheureusement pas été possible de se faire accompagner par un des policiers qui a participé aux premières fouilles du lieu. Contrairement à l'avis de l'archéologue, il est décidé de commencer les fouilles par le rez-de-chaussée avant d'entrer dans le trou béant derrière le comptoir (sachant que si les passants voient du mouvement dans le bâtiment condamné, ils auront alors tout le temps de les attendre à la sortie pendant qu'ils seront au sous-sol). La fouille révèle des masques africains authentiques (occultes, mais pas dans un sens que Ghillian juge pertinent) et que Ian n'est pas certain de pouvoir restaurer. Dans le comptoir, le livre de comptes n'a pas survécu à l'incendie et les seuls mots encore lisibles sont « Emerson Imports ». Finalement, la fouille du rez-de-chaussée n'aura pas duré longtemps et les enquêteurs descendent les 7m les séparant du sous-sol. Les symboles gravés en bas de l'escalier appartiennent à la culture Kikuyu. Ce sont des malédictions, et il est étrange qu'ils aient étés gravés à l'intérieur du bâtiment, comme s'ils étaient une bénédiction pour les occupants... Ces symboles ont apparemment été gravés à la construction du bâtiment cinquante ans plus tôt, ce qui laisse supposer une implantation du culte bien plus ancienne que ce qu'on pensait.

Le couloir mènent à une grande salle où on devine encore les traces de combats : tous les corps ont été retirés, mais on devine que plusieurs ont été tués au lance-flamme, parfois après avoir été décapités (pour Ian, ça prouve juste que l'équipe A sont des bourrins, et pas du tout que leurs ennemis étaient encore debout après décapitation. Ou encore une fois, c'est le même principe que pour les poules, c'est juste qu'il n'ont pas attendu que les muscles puissent se détendre avant d'arrêter de frapper). Les gravures sur les murs représentent des créatures à tentacules, une à trois jambes avec un pédoncule sur la tête, des hommes poissons, des créatures ailées... Bref, des créatures qui n'apparaissent nulle part dans les mythes Kikuyus et que Ghillian et George n'identifient pas formellement, mais dont ils sont sûrs qu'il s'agit de créatures du Mythe.

Une lourde dalle est posée dans un coin de la pièce, et le mécanisme pour l'ouvrir semble encore fonctionner. Encore une fois, Kenneth préférerait procéder méthodiquement et finir cette pièce avant de passer à l'étage suivant (surtout que c'est probablement la fosse où sont jetés les sacrifices), mais Pincher et Mac Pheet n'ont aucune patience et entre-ouvrent la trappe. Mary Davidson ne voit rien dedans, mais sent une forte odeur de chair brûlée. La trappe est finalement soulevée suffisamment haut pour pouvoir y descendre, ce qui permet à Mac Pheet et Pincher de découvrir la créature qu'elle contient : une sorte de ver géant (2m de long et 1m de diamètre) incrusté de crânes humains, et manifestement brûlé au lance-flamme. Une fois le choc passé, Mac Pheet invite Kenneth Ian à le rejoindre, sans lui préciser ce que la fosse contient. Pour l'archéologue, c'est un faux grossier : la créature n'a aucune structure, aucune bouche si ce n'est celles des crânes ni d'anus, les muscles sont pêle-mêle et ne permettent aucun mouvement... Autant il serait prêt à croire que les dragons aient existé s'il en voyait en squelette*, mais ici, la créature est tellement monstrueuse qu'elle n'en est même plus crédible. Elle a néanmoins des aspects étranges : on ne trouve aucune marque de couture sur la créature comme si elle était d'un seul tenant. Depuis près d'un mois, elle n'a pas de moisissure (mais il est vrai qu'il ne connaît pas encore le Happy Meal) contrairement aux flaques de vomi séché qu'on laissé les policiers : cela indiquerait que les muscles sont synthétiques (comme un Happy Meal donc), sauf que c'est une excellente imitation. Mac Pheet commence à trancher dans la créature pour atteindre la face inférieure et voir l'état des crânes en dessous (la créature est trop lourde pour être soulevée), et celle-ci se met à saigner, alors qu'aucun vaisseau sanguin n'est visible. Kenneth fait des prélèvements, certains qu'il pourra trouver un biologiste que cette énigme passionnera.

Il finit par trouver au département de biologie de l'Université de New York (pas grand monde un samedi soir) une laborantine, Erin Teak, qui accepte de s'en charger. Après avoir fait envoyer des véhicules et du matériel de manutention sur place, il retourne à la boutique Ju-Ju.

De son côté, Mary Davidson part faire un tour de voisinage à Harlem (seule) afin d'obtenir des témoignages concernant les émeutes et les pratiques de la Langue Sanglante, mais n'apprend rien de plus. En retournant dans les ruines de la boutique Ju-Ju, elle se fait remarquer par un noir en costume trois pièces. Elle tente de justifier sa présence, mais l'homme ne la croit pas. Alors qu'il ne semble rien faire de particulier, une grande panique prend Marie qui reste prostrée sur place.

Quand Georges remonte, il constate qu'un portail vers un autre monde s'est ouvert dans le ciel, et une sorte de dragon en sort. Instinctivement et avec l'aide de Ghillian, il tire sur la créature jusqu'à ce qu'elle s'effondre. Pendant ce temps, Marie, qui a retrouvé ses esprits, en vient aux mains (et aux talons) avec le sorcier. Celui-ci commet l'erreur de s'exposer à McPheet qui le paralyse de quelques aiguilles bien placées.

À son retour, Ian voit la vouivre et prend plutôt bien cette confrontation avec le Mythe. Il rationalise qu'Emerson Import doit avoir envoyé ce serpent géant à la Langue Sanglante, que l'« invoqueur » doit avoir des talents d'hypnotiseur pour avoir fait s'effondrer Miss Davidson, et que le portail que Pincher a cru voir devait être une hallucination. Il n'est pas certain de croire aux dragons mais il faut avouer que même lui commence à avoir du mal à croire à ses explications. Il prend une photo de la créature.

D'après son portefeuille, leur adversaire s'appelle Mukunga M'Dari, et sa carte le présente comme grand-prêtre de la Langue Sanglante (c'est important d'avoir un bon département de relations humaines quand on est cultiste). Son carnet d'adresses contient les noms et adresses de : Gavigan (Londres), Omar Shakti (Le Caire), Tewfik al-Sayed (Londres), Ahja Sigh (Mombasa), M'Weru (poste restante à Nairobi), Ho Fong Import (Shanghai), le Tigre Trébuchant (Shanghai). Robert Huston et Robert Penhew sont présents eux aussi, avec des adresses en poste restante respectivement à Port Hedland en Australie et à Shanghai, ce qui confirme qu'ils sont vivants et impliqués.

Considérant qu'ils sont quatre blancs (et assimilé) à Harlem qui tiennent en joue un noir, Kenneth décide d'aller chercher immédiatement la police. Quand il revient, il n'y a miraculeusement pas eu d'émeutes, même si les enquêteurs n'ont pas pu empêché les badauds de se tailler des morceaux du serpent ailé, pensant que ça doit être un porte-bonheur (ou à la limite, que ça peut se revendre comme porte-bonheur). Le serpent est en train d'être chargé dans un camion (qui est heureusement assez grand pour accueillir les deux monstres, c'est l'université qui va être contente !) et M'Dari est toujours paralysé et sous bonne garde. Une fois arrivé au commissariat, et malgré l'heure tardive, Mac Pheet convainc l'officier Smith (en charge de l'affaire de la boutique Ju-Juen l'absence de l'officier Martin Pool) de venir immédiatement tenir l'interrogatoire.

En attendant son arrivée, les enquêteurs vont se changer, surtout ceux qui ont des tripes de monstres partout sur leurs vêtements. Le Pr. Ian en profite pour faire un crochet par le Multiplex Liberty. Là, il rencontre Sergeï Talinn, le bras droit d'Alexandr Stropov. Il l'informe qu'il a entendu des rumeurs comme quoi son patron serait impliqué dans l'émeute d'Harlem en janvier, et que si tel est le cas, il sera sûrement intéressé de savoir que la Langue Sanglante est toujours en activité. Après avoir été assuré que Sergeï passera bien le message (et avoir incidemment appris que l'équipe A était effectivement au Caire), Kenneth demande au Russe s'il a eu des nouvelles de Natalia Denekine ; on lui répond qu'elle est souffrante. Saisissant le message, Kenneth retourne au commissariat pour informer Mary qu'il convient de laisser la mafia russe régler ses affaires de couple elle-même et que Natalia n'est pas en danger immédiat.

L'officier Smith arrive au commissariat peu après le retour des enquêteurs. La photo prise par Kenneth est maintenant développée, et elle montre bien à Smith l'importance de l'affaire. C'est lui qui va mener l'interrogatoire, pendant que les enquêteurs observeront.

Mais M'Dari ne parlera qu'en présence de son avocat. Pendant que Smith tente de le faire craquer, Kenneth fait signe aux autres de sortir. Il leur propose d'impliquer la mafia russe, pour qu'elle fasse en sorte que l'avocat de M'Dari ait un empêchement momentané et qu'elle leur fournisse un commis d'office conciliant. Le plan semble bon, et Sergeï l'accepte avec grand plaisir. Quand ils retournent à la salle d'interrogatoire, M'Dari est toujours attaché mais Smith s'est évanoui, et Mac Pheet est incapable de le ranimer avant quelques heures.

L'avocat commis d'office est Sergeï lui-même. Comme il n'explique pas la vraie nature de l'empêchement de son avocat à M'Dari (à savoir qu'il a un cours de natation nocturne dans l'Hudson avec palmes en béton – heureusement que Kenneth avait demandé un « empêchement momentané »), le grand-prêtre accepte de se faire défendre par le Russe, mais ne lui apprend rien.

Smith est maintenant sur pieds, mais même après un café, il n'est pas en état de mener l'interrogatoire lui-même et se contentera de vérifier qu'il n'y ait pas de vice de procédure (comme la décapitation du suspect par exemple ; deux fois dans le même commissariat, ça ferait mauvais genre). C'est donc Kenneth qui pose les questions. Il interroge le suspect sur son nom (que le suspect confirme), sur sa profession (docker), sur Silas N'Kwane (un ami à lui), sur les émeutes (il n'était pas présent et ne se souvient pas de ce qu'il faisait, alors qu'il se souvient très bien de la date...) et sur la Langue Sanglante, dont le suspect prétend qu'il ne fréquente pas ce culte. Pour lui « La Langue sanglante déchiquettera les infidèles » est un juron classique de son pays. Kenneth s'étonne néanmoins qu'il ait instantanément traduit cette expression, d'autant que « Langue Sanglante » n'est pas un terme qu'on utilise souvent en anglais, et même le fait d'être bilingue n'est pas une explication suffisante : comment se fait-il qu'il ait instantanément traduit le nom swahili, Nyarlathotep ?

En fait, le bluff n'était même pas utile, car il réagit très fortement sur ce nom, et accuse l'interrogateur de blasphémer sur le nom de la Langue Sanglante. Maintenant qu'il a prétendu que ce culte était tabou pour son peuple, Kenneth lui montre sa carte de grand-prêtre de la Langue Sanglante. M'Dari tente de lui jeter un sort mais échoue. Il ne peut que bredouiller que c'est un faux, mais Kenneth déclare que le document a été trouvé sur lui et qu'il porte ses empreintes (sans avoir pris la peine de vérifier cette dernière affirmation). L'avocat de M'Dari lui conseille de dire la vérité, car aucun jury n'acceptera cette version, mais il continue à nier. Kenneth aborde maintenant le sujet du serpent, en lui en montrant la photo. M'Dari prétend avoir été autant surpris que tout le monde, c'est juste qu'il est capable d'un sang froid exceptionnel, ce qu'il prouve en fulminant dès que Kenneth lui répond « Nyarlathotep ! ». Il retente même de lui lancer à nouveau un sort, sans plus d'effet.

M'Dari est finalement forcé d'avouer qu'il est effectivement le grand prêtre de la Langue Sanglante, mais cela n'a rien d'un crime. D'après lui, la Langue Sanglante, ce n'est qu'un groupe d'Africains cherchant à faire perdurer les coutumes de leur pays en se retrouvant pour des danses et des chants rituels. Sauf que d'après un expert en archéologie et d'anthropologie que nous ne nommerons pas, les traces dans le sous-sol de la boutique indique un culte bien plus important ; M'Dari prétend que lui, leur grand-prêtre, n'était pas au courant. Aussi, il n'y a jamais eu de sacrifice, que ce soit humain ou animal, et il ne s'est jamais demandé à quoi servait la dalle dans le coin. Il tente une dernière fois de marabouter Kenneth quand celui-ci l'informe que les crânes des disparus de Harlem ont été retrouvés sous cette dalle et qu'ils ont été identifiés. C'est encore un échec. À partir de là, il refuse de répondre aux questions.

Ghillian trouve la méthode quasi-légale inefficace et veut le faire sortir. Il empreinte de uniformes et propose à son équipe de transférer le suspect dans un endroit plus pratique, mais Kenneth lui propose un plan plus sûr. Après avoir rangé les uniformes, Mac Pheet plante une aiguille discrète mais particulièrement douloureuse dans le grand-prêtre : il faut interrompre l'interrogatoire et l'emmener dans un hôpital (de préférence russe). Malheureusement, la procédure exige une escorte de deux policiers, et un seul est dans la combine : il est impossible d'empêcher le transfert vers un hôpital honnête. Sergeï demande donc à ses hommes d'enlever M'Dari à l'hôpital : pendant la nuit, le grand-prêtre sera kidnappé puis séquestré dans un endroit discret, pour être interrogé avec des méthodes plus... russes.


* Pour information, cette phrase a été écrite avant la troisième partie. Ah, ironie !

Re: Compte-rendu

MessagePublié: Mar Juin 25, 2013 8:54 am
par Oggzyatra
1er mars

Il est décidé de reporter l'interrogatoire au lendemain en fin de matinée, de façon à ce que les enquêteurs soient frais et dispos, et le cultiste moins. Après avoir réservé quatre places luxueuses vers Londres pour le 5 mars sur un des bateaux de son père (elle-même s'étant réservée la suite présidentielle), Marie Davidson, accompagnée de Ghillian Mac Pheet et de George Pincher, va tirer Kenneth Ian de son lit. Dans les caves du Liberty, Mukunga M'Dari n'a pas eu trop à souffrir de sa nuit (en tout cas de la part des Russes : les aiguilles que lui a placées Mac Pheet la veille sont toujours présentes). Afin d'éviter ses plaisanteries de la veilles, le grand-prêtre est ligoté et on lui a bandé les yeux.

Davidson insiste pour commencer à l'interroger par la méthode douce avant que ses collègues n'aient recours à la torture, mais elle n'obtient rien : maintenant qu'il est débarrassé du fardeau d'avoir à prouver son innocence, il n'est plus tenu de rien donner à ses interrogateurs, et il compte se montrer digne de Nyarlathotep, le prêtre des dieux, qui récompense les forts et punit les faibles. Pour Pincher et Mac Pheet, le message est clair : il faut l'affaiblir.

La victime a déjà les pieds plongés dans un seau d'eau glaciale, Mac Pheet rajoute diverses massives pièces métalliques à l'installationet au cultiste, puis branche divers appareils électriques qu'il commence à charger. Comme M'Dari s'obstine à ne pas vouloir répondre aux questions de Pincher, Mac Pheet commence à jouer avec ses aiguilles, stimulant les centres de la douleur. L'africain tente d'impressionner ses interrogateurs en affirmant que quand Nyarlathotep viendra le chercher, il ne viendra pas que pour lui, mais personne ne s'en préoccupe. Au contraire, Pincher demande jovialement si ça dérange quelqu'un si on lui coupe des bouts. Davidson a déjà quitté la pièce, mais Ian prétend s'y opposer, justifiant que l'officier Smith apprécierait certainement de retrouver son prisonnier plus ou moins intact. Il commence à l'interroger pendant que les deux autres continuent la torture, mais l'anthropologue a moins de succès qu'au commissariat (la seule information nouvelle est que l'annélide géant trouvé à a boutique Ju-Ju est ce qu'il appelle un chakota). À court d'idées, il laisse ses camarades poursuivre la torture, sans qu'aucune nouvelle question ne soit posée : électrocution avec une batterie de camion, arrachage de dents, décollement de la peau avec une poêle portée au rouge... M'Dari finit par s'évanouir, mais est brutalement réveillé par un seau d'eau glacée et salée lancée sur ses plaies. Voyant qu'il n'en a plus pour très longtemps, Ian provoque le grand-prêtre en le regardant droit dans les yeux, et celui-ci saisit l'occasion : bien qu'affaibli, il parvient cette fois-ci à terroriser Ian d'un seul regard sans que celui-ci n'ait rien appris de plus sur la méthode. N'ayant plus rien à faire ici, les deux tortionnaires quittent la pièce en portant leur collègue, après que Mac Pheet ait stabilisé M'Dari (il sera néanmoins nécessaire de l'amputer car les câbles électriques qui lui courraient le long du corps, cachés sous les cordes pour pouvoir l'électrocuter discrètement, étaient trop serrés).

Davidson, qui n'a fait qu'entendre la scène, est choquée de l'attitude de ses collègues mais s'en remettra sans avoir à recourir au réconfort prodigué par Miss Annie, que Ian, toujours prévenant, avait prévenue que Marie pourrait bien avoir besoin de ses talents après l'interrogatoire. En fait, même s'il n'en montrera rien par la suite, c'est l'anthropologue qui s'avère être le plus choqué par ce qu'il s'est passé dans la cave du Multiplex Liberty. À son réveil trois heures plus tard, il se montre surtout déçu que Miss Davidson ne lui ait pas pris une compagne en plus de la chambre. En descendant, il trouve le corps de M'Dari mort, achevé par les Russes.

En début de soirée, Ghillian reçoit la visite d'une jeune femme visiblement excitée. C'est Erin Teak, qui vient lui faire part des résultats qu'elle a déjà obtenus (elle y a passé tout son dimanche). La première observation faite sur le chakota est qu'il s'agit bien d'une créature vivante (d'ailleurs, certaines cellules l'étaient encore et elle a commencé à en faire une culture en boîte de Pétri pour en étudier le métabolisme). Ses cellules sont apparemment humaines, et il semble que les cadavres aient été absorbés par la créature et que celle-ci pouvait dans une certaine mesure contrôler les mouvements des têtes qui dépassaient encore (Teak se demande si cela signifie que les différents cerveaux pouvaient communiquer entre eux). C'est d'après elle un exemple extraordinaire de parasite, car il a complètement modifié le métabolisme de ses proies, qui ont développé de puissantes mâchoires, clairement non-humaines. Il semble qu'à part ce détail, les têtes étaient en parfait état et totalement fonctionnelles (avant d'être passées au lance-flamme bien entendu) : d'après Teak, c'est à travers leurs organes sensoriels que la créature percevait son environnement. Le réseau nerveux est anarchique et il ne semble pas y avoir de cœur pour assurer la circulation sanguine, mais après avoir tenté un Frankenstein, Teak est en mesure d'assurer que la créature était capable d'une grande amplitude de mouvements, même si elle ne peut évidemment pas être formelle sans avoir observé un spécimen vivant (et si jamais les enquêteurs tombent sur un nouveau, qu'ils n'hésitent pas à le lui envoyer).

Le deuxième spécimen (que Ghillian a identifié comme étant une horreur chasseresse) est d'après Teak encore plus intéressant. En effet, il semble qu'à l'instar de la première, c'est à l'origine une créature de nature parasitique comme en témoigne sa structure cellulaire se rapprochant autant de l'animal que du végétal et du champignon, mais la cohérence de l'ensemble montre que cette fusion s'est produite il y a très longtemps, car la morphologie générale de la bête semble bien plus cohérente que celle du Chakota et ne peut donc qu'être l'aboutissement d'une évolution sur des millions d'années. Elle fait part à Mac Pheet de son hypothèse concernant le fait que cette créature n'ait jamais été observée jusqu'ici : d'après elle, les organes sensoriels de la bête qui sont complètement inconnus prouvent qu'elle vient d'un autre monde très différent du nôtre, ce qui est cohérent avec les témoignages affirmant que l'horreur chasseresse a été vomie d'une ouverture dans le ciel : en d'autres termes, il s'agirait d'un démon, et la biologiste se ferait une joie d'accompagner les enquêteurs pour pouvoir observer ces fascinantes créatures in-vivo.

Réalisant qu'elle vient de lui demander l'autorisation de les accompagner, Mac Pheet fait tout pour ne pas se retrouver avec cette folle entre les pattes et tente de la convaincre que c'est trop dangereux. Il ne parvient qu'à exciter encore plus sa curiosité (elle accepte comme faits toutes les révélations du médecin, et extrapole ses métaphores quand elles ne sont pas assez extraordinaires à son goût), et elle affirme que le danger ne lui fait pas peur, que ce serait même un honneur si elle devait être appelée à mourir pour la Science comme Copernic. Finalement, il accepte de la faire entrer dans la Bibliothèque Interdite et que les futurs spécimens lui soient envoyés, mais il s'assure que Teak ne puisse pas avoir accès aux livres de sorts.

Il se rend ensuite au salon privé qu'a réservé Marie Davidson où il retrouve les trois autres, à qui il raconte son entrevue avec Erin Teak. Kenneth, qui l'a déjà rencontrée la veille, n'est absolument pas surpris du comportement de la jeune femme : c'est une femme, une ex-nonne de surcroît, et il est certain qu'en tant que telle, elle ne sera jamais une grande scientifique et que ces fantasmagories vont lui monter à la tête (mais elle devrait être satisfaisante pour de la basse besogne de laborantin). Marie est scandalisée par tant de misogynie et rappelle au Pr. Ian que Marie Curie, l'un des plus grand génie de ce siècle, était une femme, mais Ian ne voit pas pourquoi il devrait être impressionnée par une femme qui est morte bêtement parce qu'elle dormait avec le poison qu'elle a découvert ; au contraire, Marie Curie est un excellent exemple du danger que représentent l'implication des femmes dans la science. Davidson tente de la défendre, rappelant à l'anthropologue qu'on ne connaissait pas encore le danger du radium à l'époque, et qu'après tout, il n'y a aucun moyen de savoir comment lui-même réagirait s'il faisait une découverte aussi dangereuse. Sauf qu'il sait très bien comment il réagirait, parce que dans cette exacte situation, il a délégué l'étude à Mlle Teak.

Choquée, Marie quitte la table et en profite pour téléphoner à la compagnie de son père de façon à ce que le ticket de Ian ne lui permette que de voyager dans les conditions les plus inconfortables possibles. Quand elle revient, Ian et Mac Pheet sont à nouveau en train de discuter du meilleur ordre pour visiter leurs prochaines destinations : malgré les nouveaux éléments découverts sur M'Dari, Londres l'emporte à nouveau par trois voix contre une. Ian proteste que les enquêteurs ont là une occasion de prendre leurs ennemis par surprise et peut-être même de retrouver des membres vivants de l'expédition Carlyle, mais Mac Pheet affirme que Ian n'est pas conscient du danger qu'ils affronteraient en se rendant directement dans les terres de leurs ennemis avant que l'équipe A n'ait commencé à nettoyer la zone ; dans le futur, des dangers bien plus grands que le chakota et l'horreur chasseresse se présenteront, et si Ian ne commence pas immédiatement à ouvrir son esprit et à accepter l'existence de ce genre de dangers, alors quand il y sera confronté dans toute leur horreur, l'effet sur son esprit sera similaire à [description extrêmement graphique, violente et pornographique].

Dans l'immédiat, la seule évolution qui s'est produite dans les croyances de l'anthropologue (à part la confiance qu'il accordait à Robert Penhew évidemment) est l'existence des créatures du Mythe, qu'elles viennent d'un endroit très différent de la surface de la Terre, et que leur présence dans des mythes anciens prouvent que certaines civilisations y ont déjà été confrontées, ce qui donne du crédit à l'existence des peuplades décrites dans les livres de la Bibliothèque Interdite. Tout le reste, dieux anciens, peuples extraterrestres, invocations et sorts, ne sont que des fadaises (s'il s'est évanoui plus tôt, c'est parce qu'il manquait de sommeil et que les odeurs de sang et de chair grillée lui montaient à la tête).

Mac Pheet n'arrive pas à croire à quel point Ian peut rester borné dans ses convictions initiales. Il lui demande comme une boutade s'il est maintenant au moins prêt à concéder que la femme est l'égal de l'homme, mais quand Kenneth répond que l'idée est grotesque, Marie le prend personnellement. Alors que le ton monte, Pincher et Mac Pheet payent leur part et fuient les invectives de leurs collègues.

Kenneth affirme que la supériorité de l'homme est une évidence qui est admise par quasiment toutes les cultures au monde ; il n'y a que dans cette société dégénérée que se pratiquent des traditions aussi stupides que la galanterie, et que s'il avait le choix, il irait plutôt vivre avec les Masaï, chez qui les femmes restent à la place qui est la leur. En fait, le seul intérêt de la culture occidentale est ses livres, qu'il utilise pour mieux connaître les cultures moins féminines que celles-ci. Et d'ailleurs, ces livres ont été écrits par des hommes. Marie rétorque que George Sand était une femme, mais pour Kenneth, c'est justement la force du système patriarcal : seules les femmes talentueuses peuvent s'élever aux dessus du lot en devenant des hommes, et on évite ainsi d'être ennuyés les idioties de la gent féminine. Marie rétorque que les femmes sont essentielles à l'humanité puisqu'elles donnent la vie, mais Kenneth ne voit pas le rapport : les vaches donnent le lait, et ce n'est pas pour ça qu'il est prêt à leur tenir la porte. Mais Marie dénonce son hypocrisie, car après tout, tous ses frais sont actuellement payés par une femme, et s'il tenait tant à son statut d'homme dominant, ce serait lui qui paierait la note. Kenneth réplique que l'argument est fallacieux car il n'y a aucun mérite à écrire un chèque, ce n'est pas comme s'il s'agissait de tuer un lion (ce qu'il a déjà souvent fait). En fait, la seule population qu'il méprise plus que les femmes, ce sont les riches, et l'attitude de Marie ce soir prouve qu'en dépit de ses paroles, elle est exactement comme les autres de sa classe.

Mais Marie n'en démord pas : puisque Kenneth n'est pas prêt à lui présenter ses excuses, elle part sans payer et sans que personne ne tente de l'arrêter, car après tout, ce n'est pas à la femme de payer le restaurant. Kenneth assume son machisme et paye la note, se montrant même grand prince puisqu'il ne demande même pas de dédommagement pour avoir dû partager sa table avec cette harpie.

Sauf qu'il manque la moitié : le restaurateur insiste pour recevoir la part de Miss Davidson, ou sinon il appelle la police. Kenneth ne tente pas de s'enfuir et maintient qu'il n'y a aucune raison pour qu'il paye pour plus que son repas, alors que le restaurateur a laissé Davidson partir quand bien même l'universitaire faisait clairement savoir qu'il ne paierait pas la part de la demoiselle. Le restaurateur refusant à nouveau de diviser le prix du repas par deux, Kenneth est arrêté pour grivèlerie et passe la nuit en prison.

Re: Compte-rendu

MessagePublié: Ven Juil 26, 2013 10:16 am
par Oggzyatra
2mars

Marie et les autres décident quand même de laisser à Kenneth une chance de s'excuser, parce qu'ils ont besoin de lui pour interroger Erica Carlyle plus tard dans la journée. Sauf que Kenneth ne voit pas de quoi il devrait s'excuser : pour lui, il a témoigné d'un grand respect pour les femmes. Après tout, c'est un fait que les femmes ont une position inférieure aux hommes dans cette société, et à partir de là, il y a trois possibilités : soit la femme est satisfaite de cette situation et il n'y a pas de raison de changer quoi que ce soit, soit la femme est effectivement égale ou supérieure à la majorité des hommes (il range notamment Erica Carlyle dans cette catégorie, elle qui a réussi à reprendre avec succès les affaires familiales après la disparition de son frère, sauvant ainsi les entreprises Carlyle de l'état désastreux où Roger Carlyle les avait plongées en s'imposant dans un monde éminemment masculin, et elle a même montré qu'elle était prête à se salir les mains en reprenant elle-même sur place l'enquête liée à la disparition de son frère) ; ces femmes méritent effectivement le plus grand respect. La troisième catégorie est celle des femmes qui veulent avoir le même statut que les hommes mais veulent continuer à bénéficier de la protection de ceux-ci, et celles-ci ne méritent que le mépris.

Marie est outrée de cette catégorisation simpliste et même qu'on puisse vouloir faire rentrer les gens dans les cases ainsi, mais Kenneth lui rappelle qu'il est anthropologue : c'est son métier de faire rentrer les gens dans les cases. En fait, contrairement à ce qu'elle semble penser, il traite toute l'humanité de la même façon, comme Georges Pincher et Ghillian Mac Pheet peuvent en témoigner. Il accepte finalement de s'excuser pour les propos qu'il a tenu envers les femmes, d'une certaine façon. Il tend à Marie une série de hiéroglyphes (la troisième ligne de la page de gauche), lui affirmant que ses propos ont dépassé sa pensée, et que ces hiéroglyphes présentent mieux qu'il ne le pourrait son réel point de vue sur les femmes. Marie ne voit pas ce qu'elle en ferait, étant la seule du groupe à ne pas lire le hiéroglyphique, ni pourquoi elle apprendrait quelque chose que les autres connaissent déjà. Elle tend la note à Mac Pheet qui en dépit de la volonté de Kenneth, la traduit pour la cantonade :
« La femme guidant la noblesse, glorieuse en son palais,
parfaite dans son apparence, belle coiffée de la double plume,
maîtresse de joie, unie avec grâce,
dont la voix réjouit le peuple,
glorieuse femme du roi, sa bien-aimée
maîtresse des deux terres, Neferneferuaten
[beauté des beautés d'Aton]
Néfertiti [la belle est venue], puisse-t-elle vivre pour toujours et pour l'éternité. »
(traduction approximative d'une traduction assez douteuse d'un texte loin d'être clair. Vu ce que ça donne, on peut comprendre que Kenneth n'ait pas daigné en donner une traduction, l'égyptien ancien est vraiment une langue étrange).

Une dernière fois, Marie offre à Kenneth de le libérer s'il lui présente de vraies excuses personnellement, mais encore une fois, Kenneth ne semble pas comprendre : ses propos étaient peut-être offensant pour l'ensemble des femmes, mais il s'est excusé vis-à-vis d'elles ; alors pourquoi devrait-il maintenant s'excuser vis-à-vis de Marie, alors que c'est elle qui l'a fait jeter en prison, en profitant en toute impunité des avantages que lui offre la société ? Marie lui répond qu'elle espérait lui apprendre ainsi l'humilité et à se comporter correctement en société, ce à quoi Kenneth lui rétorque qu'il ne voit pas pourquoi il devrait apprendre quelque chose qu'elle-même connaît déjà, mettant ainsi la connaissance des hiéroglyphe sur un même plan que le plus basique des savoir-vivre. Face à ce troll, les personnes raisonnables décident de conclure cette conversation : Kenneth accepte de présenter formellement des excuses pour ses propos de façon claire et en anglais (mais pas vis-à-vis de Marie elle-même), Marie s'excuse de l'avoir fait jeter en prison, et on se met d'accord pour ne plus aborder les sujets qui fâchent, que ce soit la condition féminine ou l'existence du surnaturel (comme si c'était possible à Cthulhu).

Les quatre enquêteurs décident donc autour du déjeuner (dans un restaurant parfaitement quelconque où chacun paye sa part) de la stratégie à aborder avec Erica Carlyle et se rendent à sa luxueuse demeure.

Marie demande à son amie si les récentes rumeurs concernant l'expédition Carlyle ne l'ont pas trop atteinte, mais celle-ci répond qu'elle s'est contentée d'éviter les journalistes et qu'elle espère que ces rumeurs se tairont d'elles-mêmes d'ici quelques semaines. En revanche, elle a effectivement reçu un journaliste, Jackson Elias, avant l'apparition de ces rumeurs, ainsi qu'un groupe assez hétéroclite quelques jours plus tard. Elle leur a parlé des états d'âmes de son frère, de ses motivations pour lancer cette folie d'expédition, et de la « poétesse » Anastasia Bunay, M'Weru de son vrai nom. C'est au moment où Roger l'a rencontrée qu'il a commencé à faire des rêves étranges et à lire des livres incompréhensibles, tels que Les Manuscrits Pnakotiques ou le recueil de poèmes Le Peuple du Monolithe, ouvrages qui, comme à peu près tous les indices dans cette affaire, ont été emportés par l'équipe A.

Le Pr Ian apprend à Erica que son frère lui avait proposé de rejoindre l'expédition, mais qu'il avait refusé du fait du manque de professionnalisme de la démarche. La millionnaire lui répond que l'expédition était très certainement l'idée de M'Weru, et que c'était elle qui avait requis l'aide du Pr. Penhew et de sa fondation. Pour en savoir plus sur ses motivations, elle suggère à l'équipe de se procurer le dossier psychiatrique de son frère, pour lequel elle leur rédige une autorisation. Elle conseille aussi de rencontrer Auguste Loret au Caire et Horace Starret au Kenya, pour qui elle leur rédige une lettre d'introduction (l'écriture de la femme d'affaire ne présente aucun des signes associés à la rencontre de créatures du Mythe. Notamment, elle peut écrire deux pages sans utiliser les mots « cyclopéen », « indicible », « squameux », etc.).

Après avoir félicité Erica Carlyle pour sa magnifique bibliothèque et s'être extasié sur les reliures de ses livres, Ghillian demande à voir la chambre de Roger Carlyle, mais celle-ci a été entièrement réaménagée. Kenneth demande à la millionnaire de leur parler de la découverte des corps : il semblent que la raison pour laquelle ils n'avaient pas été découverts avant est simplement la superstition des Kényans, pour qui l'endroit était maudit. Par contre, il semblerait que ces terres étaient fertiles peu avant la venue de l'expédition, et que la transformation du sol ait été si brusque qu'elle ne voit pas comment cela aurait pu se produire. Elle non plus ne croit pas à la culpabilité des Nandis qui ont été accusés uniquement parce qu'ils vivaient près du site, mais apprenant que l'anthropologue soupçonne des Kikuyus, ça ne lui évoque pas grand chose. Avant que ses invités ne partent, Erica confie à Marie que la rumeur prétend qu'Hypathia Masters avait suivi Roger pour fuir un scandale, et que Jack Brady aussi semblait se méfier de M'Weru. Elle fait aussi comprendre à demi-mot à son amie qu'elle préférerait que son frère ne revienne pas.

La visite chez Carlyle était le dernier point sur l'agenda d'ici le départ, et l'équipe discute donc des contingences du voyages. Kenneth annonce qu'il compte transporter une grande quantité de livres, à savoir tous les ouvrages qu'il aura pu trouver sur l'histoire, les cultes et les cultures des lieux qu'ils seront amenés à visiter. Pour Ghillian, c'est une mauvaise idée : les bagages pourront facilement suivre jusqu'à Mombasa, mais après, il vaut mieux se contenter du strict nécessaire, des objets facilement transportables même dans les milieux les plus difficiles. Marie est horrifiée : comment est-elle censée survivre avec moins de cinq malles de vêtements ? Il lui faut absolument plusieurs tenues pour toutes les situations envisageables, c'est capital pour le succès de l'enquête ! Malheureusement, elle ne voit pas qui pourrait l'apprécier suffisamment pour lui servir de larbin et de garde du corps et qui ne l'abandonnerait pas à la première rencontre avec des créatures du Mythe. Il est finalement décidé de ne pas se limiter en matière de bagage, et on avisera quand il s'avérera impossible de les transporter. Avant de se séparer, Kenneth fait part aux autres du fruit de ses réflexions en cellule (sans mentionner ce fait, puisqu'on a dit qu'on évitait les sujets qui fâchent), et il a identifié plusieurs autres pistes qu'il conviendrait d'étudier avant le départ pour Londres : en plus des divers documents et informations à obtenir à Miskatonic, il faudrait aussi étudier les motivations des différents membres de l'expédition Carlyle, enquêter sur l'entreprise Emerson Import, fouiller l'appartement de Mukunga M'Dari et enquêter sur celui-ci. Un planning est décidé pour réussir à faire tout cela d'ici le départ.

Pendant que Marie va demander à son cordonnier de lui concevoir des bottes à talons aiguilles rétractables pour la jungle, Ghillian et Georges vont se procurer « le strict nécessaire » (à savoir : la totalité des munitions en ventes à New York, ou peu s'en faut), puis se rendent aux archives des hôpitaux et obtiennent sans difficulté le dossier psychiatrique de Carlyle, qui doit donc être le deuxième indice que l'équipe A ne leur a pas piqué sous le nez. Ce dossier décrit notamment les rêves de Carlyle, que lui-même ne qualifie pas de cauchemars même s'ils l'empêchent de dormir, qui sont antérieurs à sa fascination pour l’Égypte, et dans lesquels un homme grand, maigre et sombre portant une croix ansée inversée s'adresse à lui par son second prénom (que Carlyle lui-même est normalement le seul à utiliser) et lui montre ses mains, qui comportent, l'une le visage de Carlyle, et l'autre une pyramide asymétrique. L'homme lui montre plusieurs créatures monstrueuses, au milieu de laquelle se trouve une boule lumineuse qui est en fait un autre avatar. En entrant dans cette boule, Carlyle voit à travers les yeux de quelqu'un d'autre la pyramide, et entend une voix lui disant : « et devient avec moi un dieu ».

Le dossier confirme aussi l'obsession que M'Weru exerçait sur Carlyle, au point que le Dr. Huston la considérait comme un obstacle à son autorité sur son patient. Enfin, le document en dit plus sur les motivations du docteur à suivre son patient : lui-même ne croyait pas qu'il puisse poursuivre de façon efficace la thérapie pendant le voyage, mais la vraie raison de sa présence est que sinon, Carlyle menaçait de le dénoncer. De quoi ? Les enquêteurs quitteront les États-Unis avant d'avoir pu étudier cette question (le cabinet du docteur n'étant pas situé à New York). Ils peuvent en revanche s'intéresser aux motivations d'Hypatia Masters, mais ils ne trouvent que des parents éplorés, qui semblent croire que seul le défi photographique que constituait cette expédition intéressait leur fille.

En début de soirée, l'équipe se rend au commissariat, où l'inspecteur Smith répond à leurs questions et demandes : ils apprennent ainsi que tous les éléments de l'enquête sur Jackson Elias et Silas N'Kwane ont disparu avec le lieutenant Poole et l'équipe A, qui sont maintenant recherchés avec un mandat international. En fait, Smith avoue même à demi-mot que la théorie comme quoi N'Kwane avait introduit une arme dans le commissariat et a été tué en légitime défense est bidon. Il obtient un mandat pour Emerson Import pour le lendemain (un policier les accompagnera pour légitimer tout ça) et leur confie les clés de l'appartement de Mukunga M'Dari (raisonnant probablement que si quelqu'un vient se plaindre de cet abus, ça leur fera un nouveau suspect).

Après un bon dîner (parce qu'il est essentiel d'avoir le ventre plein quand on va affronter le Mythe), ils se rendent chez M'Dari, où ils ne trouvent personne. Il semble en effet qu'il n'avait pas de proches, et sa seule correspondance était avec M'Weru, Penhew et Huston. Ces lettres expliquent en détail ce qu'Elias voulait dire quand il affirmait qu'ils étaient tous vivants et cherchaient à ouvrir un Portail : celui-ci recouvrirait une zone allant du Kenya à Shanghai à Port-Darwin, soit plus de 83 millions de kilomètres carrés si mes calculs sont exacts, ce qui est un peu juste pour Azathoth mais permet de faire passer n'importe quel autre Grand Ancien sans difficulté. Ce portail pourrait être ouvert quand les étoiles seront dans la bonne configuration (soit très précisément, « le Grand Jour »), et son ouverture serait permise par d'importants sacrifices à ses trois sommets, en utilisant une certaine machine dont la construction aurait lieu à Shanghai à l'aide de pièces en provenance de Londres en suivant des plans situés au Kenya. Autant dire que s'ils n'avaient accès qu'aux technologies de 1925 comme seuls moyens de communication, le monde serait déjà sauvé.

Les lettres parlent aussi de la naissance du fils de leur Seigneur, et les enquêteurs trouvent quelques prangas, le livre Unaussprechlichen Kulten (mais pas dans l'allemand original, c'est une mauvaise traduction anglaise) ainsi que des parchemins décrivant des sorts permettant d'envoyer des rêves de Nyarlathotep, de créer un Chakota, d'invoquer une horreur chasseresse, et surtout le sort de déflagration mentale, rencontré maintes fois jusqu'ici et probablement bien plus encore par la suite. On supposera que les clés auront été rendues à Smith le lendemain et que celui-ci n'aura pas fait de difficultés pour que Mac Pheet conserve les pièces à conviction.

Re: Compte-rendu

MessagePublié: Ven Juil 26, 2013 10:16 am
par Oggzyatra
3 mars

La perquisition chez Emerson ne révèle rien de particulier : la boutique Ju-Ju n'échangeait que des « objets d'art » dont on ignore la nature, et essentiellement avec Ajah Sigh et un peu avec le Tigre Trébuchant, soit des complices déjà identifiés grâce à M'Dari. Mais ce n'est pas comme si les employés d'Emerson s'étaient montrés très coopératifs, et la police de New York va tâcher de les surveiller par la suite.

Pendant que Marie finit de remplir son appartement de malles et de valise, les autres enquêteurs se rendent à Miskatonic. La Bibliothèque Interdite dispose de copies des livres de Carlyle, mais seul Le Peuple du Monolithe est disponible à l'emprunt. Apparemment, Les Manuscrits Pnakotiques serait un livre plus vieux que l'humanité dont les copies les plus anciennes en langage humain remontent à plus de mille ans. C'est un ouvrage extrêmement ardu qu'il n'est pas possible d'étudier en trois jours. Kenneth rencontre Erin Teak toujours plongée dans ses tomes indicibles et blasphématoires et lui demande ce qu'elle pense de la mort de toute végétation sur le site du carnage de l'expédition, mais les connaissances en biologie de la jeune femme sont suffisante pour pouvoir affirmer que c'est a priori impossible, et sa connaissance du Mythe n'est pas encore assez développée pour pouvoir expliquer comment ça s'est produit. Enfin, Kenneth demande à rencontrer des spécialistes des différents cultes des avatars de Nyarlathotep, mais il n'y en a apparemment pas. Tout ce qu'on peut lui dire est que le Pharaon Noir a régné directement ou peut-être en possédant un autre pharaon, jusqu'à son renversement par Snéfrou, et que le but de leur culte est de ramener leur dieu en ce monde, soit en l'invoquant, soit en ranimant l'une de ses momies.

Avant de quitter le pays, Mac Pheet informe l'officier Smith de tous les éléments en leur possession.

Re: Compte-rendu

MessagePublié: Ven Juil 26, 2013 10:18 am
par Oggzyatra
4 au 9 mars

Les quatre enquêteurs quittent donc les États-Unis, abandonnant définitivement le Dr. Delabatte et Natalia Denekine. Pendant la croisière, chacun s'occupe comme il peut : Kenneth (qui n'a pas été mis au courant de l'échange de billets demandé par Marie, celle-ci l'ayant annulé à temps) étudie ses livres et commence à apprendre le mandarin en prévision de Shanghai, Georges s'entraîne au tir et joue à cache-cache, Ghillian étudie ses ouvrages occultes, Marie noue des relations avec les autres passagers, et tous ceux qui croient au Mythe apprenne la Déflagration Mentale, histoire qu'il n'y ait pas que les cultistes qui puissent s'amuser à faire les gros yeux. Les autres sorts leur semblent moins utiles ou trop malsains (« si vous n'avez pas voulu apprendre à invoquer une horreur chasseresse pour porter vos bagages, c'est votre problème »).

Le paquebot arrive à Londres dans le nuit du 9 au 10 mars. Les quatre Américains sont contrôlés par la douane dès leur arrivée, mais la fouille ne révèle rien : chacun a ses permis de port d'arme en règle, et l'édition des Cultes Innommables n'est pas suffisamment vieille pour être considérée comme un objet d'art. Après avoir déposé Marie à son hôtel, les autres se rendent à leur chambre à l'ambassade.

Re: Compte-rendu

MessagePublié: Ven Juil 26, 2013 10:18 am
par Oggzyatra
10 mars

Marie Davidson occupe sa matinée en faisant du shopping et Kenneth se rend à la fondation Penhew mais se voit refuser l'entrée par la police. Tous deux remarquent les policiers en civil qui les observent tout au long de la matinée. Parce qu'il faut que ce manège cesse, il est décidé de se rendre au commissariat dans la journée. Un peu avant le départ, Ghillian Mac Pheet reçoit un télégramme de Miskatonic lui annonçant que le Grand Jour pourrait être le 14 janvier 1926, date à laquelle une éclipse solaire sera visible successivement des trois sommets du portails. Les lettres parlaient d'« étoiles dans la bonne configuration », mais après tout, aucun des cultistes n'est astronome.

À Scotland Yard, Ghillian n'a aucun mal à obtenir un entretien avec l'inspecteur James Barrington en montrant sa carte (de la CIA cette fois, puisqu'on est en dehors des États-Unis. Il a probablement aussi une carte de la NSA, même si elle ne sera pas fondée avant 27 ans). Parmi les avis de recherches, Américains reconnaissent les noms d'Alexandr Stropov, de Sébastian Rossland, de Marilyn Boop, alias Miss Betsie, de Jiah-Shin-Moon, de  Georges Frédéric Lienhart, de Jay Miller, de Martin Poole et d'Edward Gavigan. Après avoir contrôlé leurs passeports, Barrington interroge les Américains sur ce qu'ils savent de l'affaire des meurtres égyptiens. Ils n'ont rien à répondre à ce sujet, mais parlent d'une affaire similaire à New York. La conversation dévie sur l'équipe A, que Barrington ne semble pas tenir en haute estime. En fait, sa courte collaboration avec eux l'a amené à se méfier des enquêteurs américains, et il n'est pas prêt à les autoriser à accéder aux sites sous scellé immédiatement. Il leur propose un essai : s'ils sont capable de faire avancer l'affaire Shipley (sans avoir à décapiter un suspect en plein interrogatoire, exemple choisi complètement au hasard), il autorisera une collaboration sur les affaires qui les intéressent. Avant de se séparer, Barrington les invite à se rendre au service des papiers d'identité pour obtenir une autorisation à séjourner sur le territoire britannique, car il n'est pas prêt à leur rendre leurs visas. Marie est scandalisé par cet abus de pouvoir manifeste, mais Barrington lui explique que tout sera fait dans les règles, et que leurs papiers devraient leur être rendus d'ici quelques jours au maximum. Et même, s'il apparaît que cette confiscation était abusive, l'officier responsable recevra un avertissement. Marie n'est pas prête à accepter ce manque de confiance, elle qui est l'héritière de Davidson International, mais Ghillian lui fait comprendre le point de vue de l'inspecteur : passant derrière l'équipe A, il est normal qu'il se montre méfiant envers eux et souhaite les empêcher de quitter de pays avec des preuves après avoir semé le chaos dans la ville. L'inspecteur demande aussi à voir leurs permis de port d'arme, ne doutant pas qu'ils en aient. Il leur rend immédiatement par contre, préférant qu'ils l'aient sur eux à tout moment : même s'il est formellement interdit de sortir une arme à feu en Angleterre en dehors des endroits prévus à cet effet, c'est autorisé en cas de légitime défense, et quand l'occasion se présentera (quand, pas si), Barrington préfère que les enquêteurs aient leurs papiers en règle sur eux.

Les quatre enquêteurs se rendent donc au domicile des Shipley accompagnés de deux bobbies. Il s'agit d'une affaire dévoilée par l'équipe A, suivant une piste identifiée par Jackson Elias. Miles Shipley est un peintre à la mode malgré la morbidité de ses tableaux, vivant seul avec sa mère rue Holborn. On a retrouvé chez eux les têtes de prostituées du quartier disparues ces deux dernières années (les disparitions n'avaient pas été reportées auprès de la police), découpées au couteau de cuisine et conservée dans des bocaux d'alcool (conformément au souhait de Barrington, les deux policiers observent avec attention la réaction des civils quand ils leur présentent les têtes dans les bocaux). La première victime était apparemment Bertha Shipley elle-même, tuée il y a deux ans. Quand la police est arrivée sur place, l'équipe A avait disparu, de même que celle qui s'était fait passer pour Bertha Shipley ces deux dernières années. Miles Shipley tenait des propos incompréhensibles et a été interné.

La perquisition commence. L'odeur reptilienne qui avait était relevée lors de la première perquisition est encore facilement détectable, surtout à la cave. Première observation : les tableaux de Shipley sont très inspirés du Mythe (l'un des tableaux représente même des cultistes prosternés devant la Langue Sanglante). Shipley a commencé à les peindre il y a environ deux ans. Marie reconnaît sur un tableau des plantes du crétacé, mais en observant bien, elle distingue des constructions dans le fond du décor.

Il est observé que le jardin a été aménagé de façon à ne pas être visible de l'extérieur ; une enquête de voisinage montrera que cet aménagement date lui aussi d'il y a deux ans. Le jardin n'ayant pas été fouillé auparavant, des empreintes de pattes de reptile sont repérée qui avaient échappé aux fouilles précédentes. Leur position montre qu'il s'agit d'une créature qui vivait ici.

À la cave, Ghillian trouve diverses fioles, que Marie et lui identifient comme de la drogue plutonienne et les ingrédients pour la synthétiser (je trouve que deux réussites critiques sur un même test, c'est du gâchis). Il s'agit d'une substance permettant de voyager dans le temps. Il y a aussi des grimoires écrits dans une langue qu'on pourrait rapprocher d'une écriture hiéroglyphique, si Kenneth et Georges n'y voyaient pas une absence totale de points communs avec les langues anciennes connues (pour Kenneth, c'est simplement un code).

Après avoir empêché Ghillian de se faire un thé avec la vaisselle des suspects, les policiers vont compléter les précédentes enquêtes de voisinage, et apprennent que les habitudes d'achat de Miles Shipley ont changé il y a deux ans : il n'achète plus sa nourriture que pour une personne. Un coup de fil à Miskatonic confirme à Mac Pheet que les homme-serpents ont existé un peu avant l'apparition des dinosaures, et que leur peuple comptait de puissants sorciers. Il est temps de faire un rapport à Barrington.

Vu l'énormité de leur théorie, Mac Pheet commence par tâter le terrain en demandant à Barrington si le nom de Nyarlathotep lui évoque quelque chose. Celui-ci répond par l'affirmative, mais dit qu'il ne voit pas le rapport. Pour Mac Pheet, Pincher et Davidson, il semble qu'un homme-serpent soit arrivé à Londres depuis le passé il y a deux ans (probablement à l'aide de la drogue plutonienne), ait mangé Bertha Shipley et pris sa place, et Shipley, devenu complètement fou, a accepté de l'héberger en secret. Les victimes servaient probablement à nourrir la créature, mais il est impossible pour l'instant de dire à quelle fin il conservait les têtes, ni quel était le but de l'homme-serpent. Barrington les déclare fous (mais il prend la peine de s'assurer que les analyses des peintures du peintre ne révélaient aucune des substances inconnues présentes dans les fioles), ce qui confirme que les enquêteurs sont bien les personnes qu'il cherchait : en effet, leurs conclusions rejoignent les siennes. Kenneth est abasourdi par tant d'absurdités, qui dépassent même le niveau auxquels ses collègues l'avaient habitué. Barrington lui répond qu'il est un esprit rationnel, qui va à l'explication la plus simple, et qu'après avoir été confronté lors des enquêtes récentes à de la flore disparue depuis des dizaines de millions d'années, des roches qui selon les plus grands experts n'existent pas sur Terre, ou encore à des voyages sur des milliers de kilomètres plus rapides que les meilleurs prototypes de l'armée (et si l'Allemagne avait disposé de ce genre de moyens pendant la guerre, celle-ci se serait terminé autrement), et surtout à des suspects capables de rendre des policiers aguerris fous d'un simple regard, ou de convoquer un serpent géant des profondeurs de la Terre afin de faire s'effondrer la prison dans lequel il était retenu, il convient d'élargir la définition du mot « possible ». Kenneth trouve tout cela complètement grotesque, et Barrington lui ordonne de quitter son bureau (il obtient néanmoins de pouvoir participer à l'étude des artefacts de la fondation Penhew).

Une fois le gêneur parti (à la grande satisfaction de tout le monde, personnages et joueurs), Barrington invite les autres à l'accompagner à l'hôpital psychiatrique de Bedlam. Sachant qu'il vient de les traiter de fous, les Américains sont peu rassurés à cette perspective, mais ils acceptent. En fait, Barrington souhaite leur faire rencontrer un patient arrivé la veille : Ahmed Abdul, de la police du Caire. Suite à l'avis de recherche international lancé par Barrington envers l'équipe A, on lui avait demandé, ainsi qu'à quatre collègues d'aller fouiller leur avion, où il trouva un tableau étonnamment réaliste d'une jungle, où il se retrouva dès qu'il posa les yeux dessus. Ses collègues entrèrent derrière lui et tombèrent sur Rossland, Miller et Poole qui étaient cachés dans l'avion. Les suspects parvinrent à assommer l'un des policiers, mais furent appréhendés par les autres, qui commirent alors l'erreur de regarder le tableau. Les membres de l'équipe A n'eurent aucun mal à se libérer et placèrent le tableau juste devant le dernier policier, de façon à ce qu'il rejoigne ses collègues dès son réveil.

Dans le tableau, les policiers furent attaqués par une dizaine hommes-serpents, combat qui se solda par la mort de deux humains et de neuf hommes-serpents, le dernier devenant le prisonnier des survivants. En effet, il s'avéra qu'en traversant le tableau, ils avaient acquis la capacité de comprendre et de parler la langue des hommes-serpents. C'est ainsi qu'ils apprirent que les hommes-serpents jugeaient que Sathassaa les avait trahis, envoyant des démons dans leur pays (voulant parler des humains). Comme les humains ne demandaient qu'à partir, l'homme-serpent accepta de les guider vers un passage vers leur monde, dans un temple au sommet d'une immense pyramide noire. Malheureusement, le groupe fut attaqué par ce qui s'avérera être un T-Rex et Ahmed en sera le seul survivant (la bête n'ayant plus faim après deux primates et un reptile). Ahmed parvint finalement à atteindre le temple sans se faire repérer, et trouva le passage : un tableau animé représentant Tower Bridge. C'est ainsi qu'il se retrouva moitié fou à Londres moins d'un jour après sa disparition du Caire.

Entre temps, l'homme-serpent prisonnier avait eu le temps d'expliquer à Ahmed que Sathassaa était leur grand-prêtre, qu'il avait vu en vision la fin de leur civilisation sous les assauts des grandes bêtes qui commençaient à pulluler, et qu'il cherchait une époque d'exil pour son peuple.

Barrington précise aux autres que tous les éléments vérifiables de ce témoignage ont été contrôlés ainsi que toutes les explications rationnelles alternatives, et tout concorde, même si la police du Caire refuse encore d'y croire. En tout cas, cette histoire montre bien le danger que représente l'équipe A : ils n'hésitent pas à utiliser les objets du Mythe sans aucune précaution et sans d'inquiéter du sort des victimes, et alors qu'on ignore encore quels autres artefacts ils ont obtenus, rien que celui-ci représente un danger immense, pouvant faire croire aux hommes-serpents à une déclaration de guerre, alors qu'ils disposent d'un passage vers Londres simple d'utilisation et à sens unique, et Londres n'a pas les moyens de faire face à une telle guerre, surtout pas maintenant.

Ahmed s'étant un peu calmé depuis la veille, Barrington lui propose de l'aider sur une enquête importante. Il y a dans une cellule à côté un homme qui ne cesse de répéter le nom de Sathassaa : Barrington propose donc à Abdul d'interroger Shipley en lui parlant dans la langue des hommes-serpents.



Alors qu'ils se dirigent vers la cellule de Miles Shipley, le Dr. Pincher est pris de convulsions et se met à incanter des psaumes à Nyarlathotep et doit donc être interné pour quelques jours. Bon, ce n'est pas vraiment ce qu'il s'est passé, Pincher n'a rien fait de particulier de la semaine. Mais vu les commentaires désobligeants de Wolfman sur mon retard annoncé, c'est comme ça que ça aurait dû se passer.

Comme le pensait Barrington, Shipley est beaucoup plus réceptif à la langue des hommes-serpents. Il apprend aux enquêteurs par l'intermédiaire d'Ahmed Abdul que Sathassaa est arrivé à Londres à l'aide de la potion trouvée chez Shipley. Le peintre prétend que le tableau avait été conçu comme un piège pour les curieux qui s'intéresseraient à eux de trop près, il a été peint par Sathassaa lui-même. En fait, le prêtre serait le seul à connaître cette magie, mais Shipley ne peut confirmer avec certitude qu'il n'existe aucun autre tableau à part les deux déjà identifiés (par contre, le dernier tableau peint par Sathassaa est bien celui qu'Abdul a trouvé au Caire).

Shipley est incapable de se souvenir de l'arrivée de l'homme-serpent : pour lui, Sathassaa a toujours été sa muse. Il a aussi oublié quels ingrédients le prêtre lui avait fait acheter pour sa potion, alors que cette liste de course avait été gravée dans son esprit ; étant donné la façon dont il parle de son regard, Marie[b] pense que l'homme-serpent dispose de pouvoirs hypnotiques. Le [b]Dr. York, à qui Barrington a confié tous les cas psychiatriques liés au Mythe, pense qu'il n'y a rien à tirer du peintre dans l'immédiat, et que même des années de traitement ne donneront peut-être aucun résultat.

Après avoir ramené Abdul à sa chambre, Barrington félicite les Américains de leur travail et accepte de collaborer avec eux officiellement sur l'affaire des meurtres égyptiens. Il leur suggère aussi une collaboration moins officielle, s'ils se sentent capables de garder un lourd secret. Il ne s'agit pas de secret-défense, car le secret-défense signifierait qu'en cas de trahison, ils seraient condamnés puis exécutés, alors que s'ils révélaient ce secret, ils seraient simplement assassinés. Les trois américains acceptent néanmoins de se soumettre à une évaluation psychiatrique par le dr. York afin d'apprendre de quoi il retourne (même si Davidson y va en traînant les pieds).

Satisfait des rapports du docteur, Barrington les prend à part et leur raconte sa rencontre avec le Mythe. Alors qu'il venait de prendre son poste à Scotland Yard, succédant à son prédécesseur disparu dans des circonstances mystérieuses, l'inspecteur reçut la visite d'une personne se faisant appeler « Johnson » (certainement un faux nom, même s'il a préféré ne jamais vérifier ce fait). Celui-ci présenta au policier sa théorie sur les meurtres égyptiens. Comme cette théorie était proche de la vérité, Barrington le prit bien sûr pour un fou. C'est alors que l'inspecteur reçut une effroyable vision : il vit Azathoth, menaçant à chaque instant de se réveiller et détruire l'univers, le Grand Cthulhu, attendant son heure dans les abysses, Yog Sothoth et ses terribles secrets, les mille manigances de Nyarlathotep... Quand cette vision s'arrêta, Barrington était bouleversé, et Johnson impassible. Le policier lui demanda comment on pouvait seulement espérer combattre de si monstrueuses entités, mais l'inconnu lui répondit qu'on ne pouvait pas. Le secret est qu'eux non plus ne peuvent pas agir directement, et on peut lutter contre leurs cultistes. C'est pourquoi avait été créée l'organisation que l'homme représentait, une sorte d'Interpol secret indépendant de tout gouvernement et dédié à la lutte contre le Mythe : c'est cette organisation que l'homme était venu lui proposer de rejoindre, offre que Barrington étendait maintenant aux trois enquêteurs ; en leur tendant à chacun un triangle vert, il leur dit : « Bienvenue chez Delta Green ».

En pratique, l'organisation est tellement secrète qu'il ne peut pas leur révéler ses contacts dans l'immédiat, mais par son intermédiaire, ils pourront accéder à certaines personnes et certaines informations sur le Mythe et ses cultes. Aussi, malgré les importants moyens de l'organisation, il est encore impossible de financer les opérations du groupe pour des raisons de traçabilité, et ils devront donc se contenter des ressources de Davidson encore quelques temps. Pour la suite de l'enquête, l'inspecteur leur suggère trois pistes : retrouver Gavigan (mais si la police le cherche sans succès depuis deux semaines, il y a peu de chances qu'eux le retrouvent), interroger Tewfik al-Sayed, le patron de la Pyramide Bleue, ou enquêter sur Punji Chabout, un armateur louche qui trafique avec la compagnie maritime Randolf et Ho Fong Export.

Barrington présente aux Américains le rapport d'interrogatoire d'Al-Sayed, leur expliquant qu'il a des soupçons sur l'implication de celui-ci dans l'expédition Carlyle (il en connaissait des détails logistiques précis), même s'il n'était apparemment pas en Égypte à ce moment. Par contre, il est clair qu'il ne trahira jamais les siens d'aucune façon que ce soit (ce par quoi il entend que la torture est proscrite. Il n'a par contre aucune objection contre la magie qui présente un intéressant vide juridique), que ce soit pour se protéger, ou même pour protéger un autre cultiste. Aussi, Barrington insiste pour qu'ils ne témoignent pas à Al-Sayed le moindre soupçon d'un éventuel lien avec l'affaire des meurtres égyptiens, pensant que c'est précisément la raison pour laquelle ils n'avaient rien pu tirer de Mukunga M'Dari. Ghillian ne voit pas comment ils pourraient aider Barrington sur cet aspect en particulier, et il propose donc de se concentrer sur Chabout.

Pendant que Scotland Yard surveille leurs entrepôts, Barrington emmène ses invités au British Museum, où il leur montre les différentes pièces de sa collection : photo du monolithe noir du manoir Misr, les instruments de torture trouvés là-bas, des statuettes de Cthulhu, du Pharaon Noir, et de la Femme Boursoufflée, divers accessoires de cérémonie et autres objets ornés d'ankhs inversées, le laboratoire d'alchimie de Gavigan avec la composition de la drogue utilisée à la Pyramide Bleue, les tableaux de Shipley, deux fioles en grès, une tunique en soie créée sur mesure pour Al-Sayed, un papyrus contenant des hiéroglyphes, deux sceptres en métal noir, l'un se terminant par un crochet et l'autre par une ankh inversée, les livres Les Fragments de G'harne (sur les fouilles de l'explorateur Widrow dans le Sahara), le Liber Ivonis et le livre de Dzyan, 6 parchemins en arabe, 4 en latin, 3 en hiéroglyphes, 2 en ancien français, 1 en vieil anglais, une urne scellée, un coffret en bois de santal décoré de bas-reliefs en argent représentant un vagabond dimensionnel et contenant deux dagues en argent.

Les enquêteurs sont en mesure de déterminer que la poudre noire que contient la fiole en grès trouvée chez Al Sayed permet de voir ce qu'on veut à travers le miroir magique de celui-ci. Le miroir est donc un objet très puissant dont Barrington hésite à se défaire, mais Marie finit par le convaincre d'envoyer deux agents avec eux pour surveiller le miroir au Caire. Les hiéroglyphes sont en fait le mode d'emploi du miroir, qui explique que la pâte rouge permet d'attaquer une victime à travers le miroir. Les dagues en argent sont enchantées, et permettraient d'invoquer un vagabond dimensionnel pour qui disposerait du sort nécessaire. Barrington fait moins de difficultés pour les laisser partir avec, de mêmes que les différents parchemins de sorts (les livres par contre resteront à la bibliothèque secrète du British Museum).

Re: Compte-rendu

MessagePublié: Jeu Sep 05, 2013 11:14 am
par Oggzyatra
Au British Museum, Barrington laisse les autres à leurs activités et retrouve Kenneth, occupé à étudier et insulter divers documents issus de la fondation Penhew.

– Pr. Ian. Vos travaux avancent ?
– Oui. Sans surprise, il semble que tous les artefacts qui étaient exposés étaient des antiquités légitimes, et il n'y a que la réserve que vous avez découverte qui contenait des objets liés au culte de Nyarlathotep et de ses différents avatars.
– C'est logique en effet. Si Gavigan avait rendu public certains de ces objets, ça se serait su, Gavigan serait devenu le plus célèbre archéologue, sa renommée dépasserait largement celle de Carter. Selon vous, pourquoi n'a-t-il pas rendu ces objets publiques ?
– … Vous savez, je me suis rendu au manoir Misr aujourd'hui. Enfin, sur l'île du manoir, je n'ai évidemment pas pu franchir le cordon de police.
– Et vous avez vu le monolithe.
– Apparemment, aucun des spécialistes qui l'étudient ne savent encore quoi en penser. J'imagine que Mac Pheet vous dira que ce monolithe vient d'un autre monde ou je ne sais quelle sornette, mais en tout cas, il est certain qu'il vient du même endroit que ce créatures étranges, où que ce soit.
– Et qu'il a été placé là il y a longtemps. Savez-vous que ce manoir appartient à la famille de Gavigan depuis toujours ?
– Ça veut dire qu'il a toujours été l'un d'entre eux... Quand j'ai appris ces accusations envers Edward et Aubrey, je n'ai même pas imaginé un seul instant qu'elles pouvaient contenir ne serait-ce qu'un fond de vérité. Mais quand j'ai vu le nom de mon ami sur le carnet de M'Dari, puis ces lettres... J'étais effondré. Je ne comprenais pas comment un tel homme avait pu tomber aussi bas, et j'ai voulu l'arrêter, ne serait-ce qu'en mémoire de l'homme qu'il avait été.
– Un grand homme, issu d'une famille honorable.
– C'est ce que je croyais. Mais Erica Carlyle nous a affirmé que c'est cette M'Weru qui a contacté Aubrey, pas Carlyle. Et si Gavigan a toujours été dans ce culte lui aussi...
– Ça ne peut pas être une coïncidence.
– Non. Je dois me rendre à l'évidence : ces deux confrères que j'estimais et que je considérais comme mes amis... ces deux hommes n'ont jamais existé.
– Vous vous sentez trahi ? Je sais ce que vous ressentez. Quand l'archiduc s'est fait tuer, mon fils aîné venait de naître. – Cinq semaines plus tard, l'Empire Britannique entrait en guerre, et j'ai accepté mon devoir. Pas un jour ne s'est passé dans les tranchées sans que je ne pense à ma femme et mon fils en souhaitant être à leurs côtés, mais je savais que si mon pays exigeait de moi ce sacrifice, c'était parce qu'il était nécessaire. Pourtant, au fur et à mesure que j'ai vu mes camarades tomber et que je me faisais à la certitude que mon fils grandirait orphelin, jamais je n'ai perdu foi en mon pays. Mais la vérité est qu'il n'y a jamais eu de plan de bataille, chacun des pays a envoyé ses enfants se faire massacrer, en espérant que l'ennemi céderait avant eux.
– Vous avez quand même survécu.
– Oui, et je continue à aimer mon pays ; si c'était à refaire, j'y retournerait. Si... La guerre pour mettre fin à toutes les guerres... J'y ai cru à ça aussi. Mais au plus profond de moi, je sais que j'ai été trahi par ce pays qui est tout pour moi.
– Et malgré ça vous continuez à vouloir le servir ?
– Oui, malgré toutes les horreurs que j'ai vu ébranler petit à petit les convictions les plus enracinées dans mon âme, et bien que je savais qu'elles n'avaient plus aucun sens après cela, j'ai continué à m'y accrocher... Comprenez-moi bien, quand je dis que je sais ce que vous ressentez, je ne parle pas de Gavigan et de Penhew.
– Où voulez-vous en venir ?
– Vous pouvez peut-être vous mentir à vous-même, mais pas à moi. Vous vous accrochez à vos croyances soi-disant parce que vous êtes un esprit rationnel et scientifique, mais la science ne demande-t-elle pas de revoir ses hypothèses quand elles ne correspondent plus aux faits ?
– Vous rendez-vous compte de ce que vous me demandez d'accepter ? Certes, en plus de l'horreur, ces affaires présentent un certain nombre d'éléments difficilement explicables, mais si on arrête de chercher une explication rationnelle, il n'y a plus qu'à accepter que nous vivons dans un monde incompréhensible, en proie au chaos, qui peut s'arrêter du jour au lendemain juste parce qu'une poignée d'illuminé en a décidé ainsi !
– Oui, et que pourrions-nous faire face à des fous qui n'ont rien à perdre et ont les moyens et la volonté de tordre comme ils le désirent toutes les lois de notre univers...
– Vous comprenez, si on accepte que ce que ces fous prétendent est vrai, ça veut dire qu'il n'y a plus qu'à abandonner, car comment pourrions-nous espérer les combattre ?
– Mais justement, je ne crois pas que leurs soi-disant dieux les rendent tout-puissants. Après tout, si tel était le cas, ils auraient déjà atteint leur but, non ? Il est certain que nos ennemis opèrent à un niveau que la science ne peut pas expliquer, mais ça ne veut pas dire qu'ils ne sont pas soumis à certaines règles. Vous avez vu leurs livres : tout est question de rituels difficiles, requérant que les étoiles soient dans une certaine configuration... Leurs pouvoirs nous impressionnent parce que nous ne les comprenons pas, mais en réalité, ils sont bien plus limités que nous ne le croyons.
– Vous pensez vraiment qu'on peut les vaincre ?
– J'en suis convaincu. Et c'est pour cela que j'ai besoin de votre aide. Vous êtes anthropologue, vous faites profession d'étudier les règles étranges auxquelles se soumettent différents cultes ; aujourd'hui, votre expertise pourrait sauver des vies.
– Mais si je dois accepter tout ce qu'on prétend sur ces cultes... Vous savez ce qu'on dit des gens qui ont étudié leurs livres ?
– Ce ne sont pas que des on-dits malheureusement, j'ai déjà vu l'effet que ces livres pouvaient avoir : je n'ai jamais dit que cette mission serait sans danger. Mais rassurez-vous, on a établi un protocole fiable pour les étudier : la consultation est limitée à des séances de deux heures, et des infirmiers sont prêts à administrer des sédatifs à ceux qui ne sont pas prêts à respecter les temps de pause obligatoires (on a aménagé une pièce à côté de la bibliothèque pour qu'ils puissent se calmer en toute sécurité). De plus, chaque lecteur est soumis à un suivi psychiatrique quotidien pour s'assurer qu'il tienne le choc. Au besoin, chacun peut être remplacé à tout moment par un autre chercheur prêt à reprendre son travail. C'est éprouvant, mais jusqu'ici, il n'y a pas eu d'accidents.
– Mais si vous avez déjà tant de personnes occupées à ces recherches, pourquoi avez-vous besoin de moi ?
– C'est justement parce que je ne veux pas je ne veux pas que vous acceptiez aveuglément tout ce qu'on prétend sur ces cultes. Comme vous le savez, ces ouvrages ont été rédigés par d'étranges personnages à moitié fous, et malgré les précieuses informations qu'on peut y trouver, il faut se rendre à l'évidence, l'essentiel est probablement constitué des élucubrations insensées d'un esprit dément, incapable de faire la différence entre une réalité atroce et ses hallucinations obscènes. J'ai besoin de vous pour votre scepticisme, mais si vous n'êtes pas capable d'ouvrir votre esprit, vous ne m'êtes d'aucune utilité.
– Je comprends. Vous souhaitez que je fasse la différence entre ce qui semble fou et ce qui l'est vraiment.
– Exactement. Je veux que vous fassiez appel à votre sens critique, et que pour chaque phénomène inexplicable recensé, vous décidiez de l'explication la plus probable, qu'elle vienne de la physique ou de ces anciens tomes, de la psychiatrie ou de vos rêves. Car, je dois vous l'avouer, c'est votre sommeil que je vous demande de sacrifier. Les personnes qui se plongent dans ces ouvrages se mettent à redouter leurs songes et ne passeront plus jamais une bonne nuit. Je conçois que c'est un lourd sacrifice, mais je ne vous l'impose pas : c'est à vous de décider si cette guerre vaut la peine menée.
– Je vois. Je verrai ce que je peux faire.