Je me prénomme Jay Miller, né en 1886 à Baltimore de Danny J. Miller et Mathilda Miller.
A la suite d’une infection peu après son accouchement, ma mère nous quitta, mon père, ma sœur Deborah et moi. Des souvenirs de mon enfance, c’est notre vieille mais néanmoins charmante voisine, Miss Stacy, qui aida notre père à nous élever Deborah et moi car notre père ne voulait pas se remarier. Il racontait sans cesse combien notre mère était unique au monde et que personne ne pouvait la remplacer. C’est une fois que le liquide venait à manquer dans sa précieuse bouteille que Miss Stacy venait nous chercher pour passer la nuit chez elle.
Mon père avait l’ambition pour moi que je devienne médecin, « Qu’au moins ta venue au monde serve à quelque chose » qu’il disait. Couturière de profession, Miss Stacy pris ma sœur sous son aile et lui enseigna la couture. Très vite douée, elles s’associent pour ouvrir une petite boutique.
De mon coté, je m’efforçais à travailler de manière assidue à l’école et même à suivre les cours du soir pour intégrer la faculté de médecine. Grace à une bourse d’étude, j’accède à la faculté de médecine à Hopkins où je fais la rencontre de Chris Solington et Robert Huston qui deviendront de précieux amis. A mes rares heures perdues, j’avais la chance de pouvoir compter sur ma sœur et sa patience pour m’apprendre quelques rudiments de la couture et des points les plus solides qu’elle connaissait et qui m’étaient fort utile lorsque je m’entrainais à la faculté. J’aimais aussi, je l’avoue, la compagnie de son amie Paula Curtis qui tenait la boutique avec elle suite au départ de Miss Stacy dont la vue de plus en plus déficiente devenait un obstacle pour continuer à travailler. Très vite, Paula devint plus qu’une amie et, peu de temps avant de passer mon diplôme, je lui demandais sa main.

A l’obtention de mon doctorat, et fortement aidé par le père de mon ami Chris Solington, j’ai l’ambition de devenir chirurgien et pars en compagnie de ma femme pour New York où j’effectue mon interna à The New York Hospital. Paula me donnera 2 fils, Stuart et Danny. Très vite reconnu par mes pairs, je suis très demandé pour réaliser des interventions où la minutie est de rigueur (merci Deborah !).
En 1917, la Guerre qui se prolonge en Europe atteint indirectement notre continent. Mes services sont demandés pour contribution et s’est en désaccord avec Paula que je me joins à l’armée pour aller au front.
Une boucherie ! Habitué depuis des années de pratique à la chirurgie, je ne pensais pas affronter pareil horreur. Les corps mutilés se suivent et ne se ressemblent pas. La morphine se fait rare et le trie des blessés est rapide et inhumain. L’odeur des corps calcinés me suit partout. J’apprends malgré moi à porter une arme pour défendre ma vie. Je regrette d’autant plus ma vie tranquille à New York, ma femme et mes 2 fils.
1918, la Guerre prend fin. Je rentre enfin au pays. J’ai hâte de retrouver ma famille.
Quel fut ma surprise quand à mon retour j’apprends que Paula est partie avec nos fils vivre chez ma sœur. Nos disputes d’avant mon départ prennent le pas sur la joie de me revoir sain et sauf. De plus, il faut dire que mes nuits sont hantées par les visions d’horreur du front. Tel mon père à la mort de ma mère, la bouteille devient ma meilleure amie. Paula ne voulant pas quitter Baltimore, moi voulant retrouver mes confrères, c’est seul que je retourne vivre à New York.
Sans appartement dans les premiers temps, je vis dans un hôtel pendant plusieurs semaines. Je fais la connaissance de quelques résidents permanents tels qu’un certain Jackson Elias, journaliste un peu spécial mais dont la bonne humeur m’aide à passer les soirées et finir les bouteilles lorsque je ne suis pas de garde. Même une fois que je trouve un logement, je garde contact avec lui et ne manque pas l’occasion de lire ses ouvrages un bon verre à la main pour me rappeler le bon temps.
En effet, depuis cette foutue prohibition, plus possible de noyer mes démons avec ma boisson préférée. Très vite, je découvre les joies cachées au « Multiplex Liberty » tenu par Miss Betsie. La belle comprend rapidement mes talents de chirurgie (peut être que je m’en vantais un peu trop) et me demande un soir un peu d’aide dans une entreprise périlleuse et illégale (elle doit se dire qu’au point où j’en suis avec l’alcool, je ne suis plus à ça près). Je fais ainsi la connaissance de Jia Shin Moon, un « médecin » chinois qui s’occupait jusque là des filles du cabaret. A l’aide de plantes et autre acuponcture, il soigne à sa manière et permet même l’anesthésie des jeunes femmes. Plusieurs fois, nous travaillons ensemble pour réaliser ces avortements.
C‘est en apprenant mes qualités et discrétion qu’un homme se présenta à moi un soir pour requérir mes services pour soigner l’un de ses hommes. Il s’appelle Alexander Stropoff. Mon intérêt pour lui se décuple lorsque ce dernier me parle de sa distillerie. Avec le temps, Stropoff fait de plus en plus appel à mes soins jusqu’à me demander un jour d’intervenir pour le compte de Sebastian Rossland, révérend de l’Eglise du Feu Stellaire, pour qui il entraine sa milice. Certains de ses disciples ayant besoin d’actes chirurgicaux, c’est avec l’aide de Jia Shin Moon que j’accompli ma tâche. Parfois, un certain Georges Lienhart nous prête main forte dans le ravitaillement et l’évacuation sanitaire grâce à ses compétences de pilote.
Avec toutes ces occupations, je suis de moins en moins présent à l’hôpital. Mes fils refusent même de me voir et Paula fréquente secrètement un autre homme (ce que j’apprends grâce à Deborah qui s’inquiète pour moi).
Il y a quelques temps, Elias m’a contacté pour me prévenir qu’il partait en expédition pour suivre les traces de l’expédition Carlyle sur laquelle participe le Dr Robert Huston, un nom qui m’est familier…