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Re: L'histoire...

MessagePublié: Jeu Août 29, 2013 3:26 pm
par stellamaris
Kristen

Pendant la soirée, nous discutons de notre destination. Ils nous expliquent que, une fois dans le pays de Xura, il nous aurait été impossible de le rencontrer, lui, ou de retrouver Alwena sans leur aide. En effet, nous désirons les trouver, non ? Or, Xura est le pays des désirs inaccessibles : Aucun de nos désirs ne peut y être satisfait ; c’est pourquoi nous aurions erré indéfiniment, jusqu’à en mourir de folie, sans jamais atteindre notre but. Pour éviter cela, à la demande du roi Kuranès - qui leur a été transmise par les chats - ils nous guettaient, pour nous remettre sur le droit chemin dès qu’ils nous auraient trouvés. Maintenant que nous sommes avec eux, nous ne risquerons plus ce péril, ils nous mèneront directement à bon port.

Nous discutons aussi des maigres bêtes de la nuit. Ils nous disent qu’elles sont aussi en connivence avec eux. C’est pour cela qu’elles nous ont déposé en un lieu relativement sûr, près des goules, pas trop loin du bord et suffisamment loin de la bhole la plus proche pour que nous ayons le temps de rejoindre le bord sans risque… Mais aussi, comment deviner que nous allions nous assoir et attendre, en laissant tout le temps à la bhole d’arriver ?

Arthur Maiden nous raconte aussi son histoire. Lui aussi fut humain. Devenu orphelin dès son plus jeune âge, il a pris l'habitude de se promener dans le cimetière proche, dans l'espoir d'y retrouver ses parents ; c'est là qu'il a rencontré les goules, qui sont devenues sa nouvelle famille. Un tableau célèbre d'un peintre de Boston, Richard Upton Pickman, maintenant chef d'un groupe de goules qui réside non loin, le représente d'ailleurs : Le tableau se nomme "La leçon", on l'y voit à cinq ans attablé au milieu d'un groupe de goules qui lui enseignent les bonnes manières. À l'époque, il avait fait scandale !

La forêt de champignons

Kristen


À notre réveil… Faut-il parler de matin dans la nuit perpétuelle, quand on n’a aucun moyen de mesurer l’écoulement du temps ? À notre réveil donc nous partons, guidés par Arthur, Erwan, et trois autres goules. Après deux heures de marche dans des pierriers, nous arrivons à l’orée d’une forêt de champignons phosphorescents, dont certains sont aussi imposants que des séquoias. L’ensemble baigne dans une pâle luminosité bleu-vert, maladive et glauque… L’odeur de moisi est omniprésente, d’ailleurs les moisissures sont partout et semblent dotées d’une vie propre. Les goules nous exhortent à la prudence, cet avertissement est bien superflu ! Toutefois, notre route passe par là, nous avançons donc. Des spores et d’autres substances non identifiables tombent en permanence, tantôt en pluie, tantôt par paquets. Nous essayons de nous en préserver tant bien que mal, mais nos vêtements en sont maculés et commencent bientôt à pourrir.

Surmontant notre dégoût, nous avançons cependant, en faisant bien attention où nous mettons les pieds… Mais pas suffisamment cependant. Après une heure où deux, Arthur et moi nous prenons les pieds dans un collet de lianes qui se serre autour de nos chevilles. Nous nous en défaisons sans problème avec un couteau, Arthur, protégé par sa fourrure, n’en garde aucune séquelle… Mais bien vite je me rends compte que ma jambe commence à moisir. Je serai obligé de racler ma jambe avec un couteau pour stopper l’infection.

Nous continuons à avancer prudemment, l’environnement est toujours aussi hostile, de temps à autre un paquet de moisissures tombe des hauteurs, nous avons du mal à en esquiver certains… D’ailleurs, en fin de journée, Gwendal s’apercevra que son bras est nécrosé et ma chevelure ressemblera à une boîte a essais de pénicilline, dans les deux cas il sera trop tard pour tenter quoi que ce soit. Mais pour les moments, nous avons des soucis plus immédiats : Un champignon insectoïde volant, un fungi, nous prend en chasse, et attrape Gwendal. En se débattant, il arrive à se dégager, mais il était déjà à cinq mètres d’altitude et, même s’il ne s’est rien cassé en tombant, il est quand même sonné… Nous l’aidons à se mettre à couvert.

Il était temps : Le fungi a ramené cinq de ses camarades ! Ils nous harcèlent et tentent de nous acculer vers la droite, alors que notre route continue à aller tout droit. Nous refusons d’aller là où ils veulent nous emmener ! En restant à couverts, nous réussissons à confectionner des mannequins relativement ressemblants, et même un système pour les animer… Les fungis se laissent un instant leurrer, ce qui nous permet de prendre trois cent mètres d’avance, mais ils réussissent bien vite à nous rattraper, et tentent à nouveau de nous rabattre vers la droite.

Héléna

Cauchemar ou pas, il n’est pas questions que nous nous laissions dicter notre conduite par des espèces de champignons volants ! Je tente le tout pour le tout, et pars en courant, en zigzaguant de couvert en couvert. Hélas, j’avais oublié ma blessure de la veille ! Assez vite, je m’effondre, hurlant de douleur : Rendue malhabile par ma foulure, je n’ai pas vu un autre collet de lianes, particulièrement résistant. Emportée par mon élan, je crois bien que j’ai la jambe cassée, ils n’ont plus qu’à me cueillir… Tandis qu’ils m’emmènent, je crie à mes camarades : « Ne vous souciez pas de moi, continuez votre route, la mission d’abord ! »

Arthur

Nous discutons ensemble pour savoir quoi faire… Gwendal serait partisan de partir à la rescousse d’Héléna, Kristen lui rappelle que seul son corps onirique est en danger, tandis qu’Alwena risque aussi sa vie physique. Finalement, je leur propose que je continue à les mener vers Xura, tandis qu’Erwan et une autre goule vont tenter de sauver Héléna. Tous acquiescent.

Héléna

Ils me déposent dans une clairière où trois sorcières accompagnent un homme de grand taille, de teint noir mais de faciès caucasien, avec des pieds de chèvre… Celui-ci fait signe à ses compagnes de nous laisser, m’immobilise d’un geste, puis m’adresse la parole avec un grand sourire :
- Quelle joie de te rencontrer, Héléna, j’étais désolé de ne pas vous voir à notre dernier rendez-vous ! Mais rien n’est perdu, puisque te voici ! Certes, j’aurais préféré que tes compagnons soit là… Mais ce n’est pas grave, tu leur retransmettras mes propos, n’est-ce pas ?

À ce moment, Erwan et une autre goule rentrent dans la clairière. Il les immobilise d’un geste, puis poursuit :
- Alwena est heureuse, pourquoi voulez-vous interférer avec son bonheur ? Elle a enfin trouvé la paix !
- Comment pouvez-vous dire cela ? elle était désespérée et suicidaire !
- Oh oui, Je comprends que son journal vous ait fait peur, elle était sous le coup de la mort d’Erwan… Mais rassurez-vous, maintenant que son corps est soigné, elle vous sera rendue dès qu’il aura éliminé la drogue !
- Et à l’hôpital, cette entité qui nous demandait de la tuer ?
- Que cette scène vous ait terrorisés, je le comprends parfaitement ; elle était alors en plein combat… Mais elle est forte ! Elle a vaincu, et elle est maintenant la maîtresse et la reine de Xura ! Vous le verrez de vos yeux si vous persistez dans votre projet insensé d’aller là-bas, les deux ne font qu’un maintenant… Elle l’a absorbé, car elle l’a vaincu !
Je sais que le conseil que vous ont donné certains fous, comme Kuranès : Tuer son corps onirique… Voulez-vous vraiment la priver de ce pays enchanté, maintenant qu’elle l’a découvert ? À propos, ce Kuranès en qui vous mettez votre confiance, savez-vous de quoi il est mort ? Il s’était drogué pour que son corps terrestre meure, c’est ainsi qu’il est devenu roi de Céléphaïs ! C’est un jaloux, il ne veut pas qu’Alwena devienne la reine de Xura, c’est pour ça qu’il veut que vous l’assassiniez !

Ces propos sont intolérables, Je veux lui répondre, mais il m’arête d’un geste. Je suis paralysée et ne puis plus ni bouger, ni parler. Il poursuit :
- C’est vrai, en arrivant en Xura, vous aurez quelques visions dérangeantes… Ne vous inquiétez pas, c’est normal, elle vient tout juste d’être couronnée, il faut du temps pour que son pouvoir s’étende à tout le pays ! Ayez confiance !
À propos de confiance, d’ailleurs, regardez en qui vous l’avez mise ! En des chats, ces petits salauds égoïstes et cruels, qui ne pensent qu’à torturer les proies qu’ils arrivent à attraper… Ils doivent bien rire maintenant de vous voir dans les contrées inférieures, entre les mains des goules !
Et les goules, vous les croyez fréquentables ? Ces charognards puants ? Oh, ils n’oseront pas vous attaquer tant que vous vivrez, mais voyez les dangers des chemins par où ils vous font passer, et imaginer le festin pour elles quand vous aurez succombé !… Tiens, Erwan nous as rejoint ! Tu sais que c’est à cause de lui que tout est arrivé, et qu’après avoir perdu tes jambes de l’éveil tu es en train de perdre aussi tes jambes du rêve ? Tiens, je vais te venger, et par la même occasion tu verras comme ton amitié envers les goules est bien placée !

Il agite mollement sa main en direction d’Erwan qui s’effondre, raide mort. Puis il disparait ; aussitôt, le charme qui nous tenait paralysés, la goule est moi, est levé… Mais ma jambe est toujours cassée.

La goule, Croc d’Acier, fonce vers moi pour voir comment je vais. Voyant que je suis hors de danger, il se tourne vers Erwan :
- Un brave compagnon, il a finalement donné sa vie pour vous, comme il vous l’avait promis…

Et, se tournant vers moi :
- Je peux en manger un morceau ? J’ai besoin de reprendre des forces après cette course pour te rattraper… Et nos provisions ont été gâtées par la moisissure, autant les asticots sont bons pour la santé, autant ces champignons peuvent être mortels, même pour nous… Je ramènerai le reste pour le groupe, ils ont faim aussi ! Pas de souci pour Erwan, il n’est plus là, et de toutes manières c’est ce qu’il aurait voulu, il voulait par-dessus tout se rendre utile, il en a là une bonne occasion !

Je suis un peu choquée, mais je m’abstiens de critiquer. Je sais que c’est leurs coutumes, autre peuple, autre moeurs… Par contre, même si j’ai aussi faim que lui, je refuse poliment quand il m’en propose !

Sur ce il me dit :
- Et maintenant, en l’honneur de cet excellent ami et repas, en route !

Après avoir re-fixé mon attelle pour que je ne souffre pas trop, il me prend sur ses épaules ; et le cadavre d’Erwan sous le bras (moins l’avant-bras dont il s’est régalé), il court. En chemin, il prends le temps de discuter avec moi :
- Rares sont les humains qui acceptent notre compagnie… Ça nous fait toujours plaisir. Nos moeurs sont donc si bizarres à vos yeux ?
- Nous sommes très attachés à nos morts, et nous avons toujours l’impression qu’un peu d’eux reste dans leurs corps, même quand ils nous ont quittés.
- J’aurai toujours du mal à vous comprendre ! Ils ne sont plus là, puisqu’ils sont morts, ce n’est plus que de la viande ! Bon, qu’on n’apprécie pas les asticots, je peux le comprendre, les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas… Quoique tu devrais essayer, c’est délicieusement épicé, rien de tel comme condiment ! Mais de la bonne viande, pourquoi s’en priver ?
Une autre de vos coutumes que j’ai du mal à comprendre : En visitant vos tombes, on voit parfois des sommes d’argent, ou d’autres menus objets. Déjà, je n’ai jamais réussi à comprendre l’argent : Vous lui accordez tant de valeur, alors que ça ne se mange pas ! Mais en donner à des morts, qui n’en auront clairement jamais l’usage… Ça me dépasse ! Vous êtes fous, vous les humains !
- Arthur et Erwan étaient nés humains. Et toi ?
- Non, moi je suis une goule de naissance. C’est peut-être pour ça qu’ils vous comprenaient un peu mieux... Mais il n’ont jamais regretté de nous avoir rejoint, la vie est tellement plus simple pour nous ! Nous ne nous compliquons pas l’existence pour un oui ou pour un non, avec votre - Comment appelez-vous ça, déjà ?...  - Ah oui, votre psychologie ! Encore une chose que je n’arriverai jamais à comprendre, je le crains !
J’admets que ce n’est pas simple...

En devisant ainsi agréablement, nous atteignons enfin l’orée de la forêt, où nos amis ont dressé un campement au pied d’une grande falaise percée de grottes et de terriers…

Arthur

La dernière partie de notre voyage en forêt se déroule sans plus de soucis ; nous arrivons enfin, épuisés, au pied de la falaise qui clôt le monde souterrain. Nous établissons un campement, quand je vois Croc d’Acier arriver, avec Héléna sur les épaules et le cadavre d’Erwan sous le bras...
- Croc d’Acier, Héléna, ça va ? Qu’est-il arrivé à Erwan ?
- Nous avons recentré Nyarlathotep, c’est lui qui a tué Erwan… Je me suis dit que vous auriez faim, c’est pour cela que je l’ai ramené.
- Merci, c’est une attention délicate ! Héléna, comment vas-tu ?
- Je vais bien, merci, mais avec ma jambe cassée, je ne pourrai plus marcher…
- On trouvera une solution, ne t’inquiète pas. Raconte-nous plutôt.
- Oh, c’est un menteur, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Il a essayé de m’embobiner avec des salades comme quoi Alwena aurait vaincu Xura, comme quoi Kuranès, les chats et vous seraient indignes de confiance… Tout ce qu’il a réussi à faire c’est à renforcer ma détermination ! On y va ?
- Du calme, il faut nous reposer d’abord, nous aurons besoin de forces demain face à Xura !

Héléna

Sur ce nous nous rendons compte que nos vêtements ont tellement pourri que nous sommes quasiment nus… même si, avec la couche de crasse qui nous enveloppe, nous ne sommes guère indécents. Tout notre équipement est inutilisable. Utilisant le pouvoir que nous avions testé l’autre soir à la taverne de Dylath Leen, nous invoquons tout d’abord une bassine d’eau et du savon, puis des vêtements ; quelle joie de ne plus avoir toute cette moisissure sur nous ! Mis à part, pour Kristen et Gwendal, celle qui s’est incrustée dans leur chair bien sûr, hélas…

Nous nous procurons de la même manière un repas, puis un couteau dont Gwendal se sert pour me fabriquer, à partir de bois de champignon, une planche à roulette qui me permettra de les suivre… Il est toujours aussi bricoleur, c’est impressionnant !

Enfin, écroulés de fatigue, nous nous endormons...

Re: L'histoire...

MessagePublié: Ven Août 30, 2013 8:45 am
par stellamaris
Arthur

Le lendemain, je les guide, à travers nos terriers, jusqu'au pays de Xura. L'ascension prend bien plusieurs heures mais ne présente pas difficultés particulières, les galeries sont en pente douce, même la planche à roulettes d'Héléna n'a aucun mal à se frayer un chemin…

Le seul réel danger serait de se perdre, mais comme c'est nous qui avons creusé ce dédale, je le connais parfaitement, il n'y a rien à craindre !

Enfin, nous arrivons en Xura. À mes yeux c'est un pays comme un autre, ni plus féérique ni plus dangereux que la plupart. Il y a certes des embranchements, mais la route principale est bien tracée, je n'ai pas la moindre difficulté à leur montrer le chemin. Mais je vois à leur réaction qu'ils ne doivent pas voir la même chose que nous. Les chats ne m'avaient pas menti, il règne bien ici un sortilège auquel nous sommes immunisés !

Gwendal

Mais qu'est-ce que c'est que ce pays de fous ? Le paysage, au loin, semble toujours absolument idyllique : Ici, un champ de fleurs, là, un bois enchanté où nous voyons danser des fées, là encore un pré majestueux où s'ébattent des licornes… Mais ces visions sont toujours à la limite de nos perceptions, et s'évanouissent quand nous avançons vers elles. Et, uniformément, nous avançons dans un dépôt d'ordures, en écrasant de nos pieds - ou de nos roues, pour Héléna - des monceaux de vermine et de chairs en décomposition… Et l'odeur ! C'est bien simple, dès que nous sommes sortis des tunnels, nous avons tous vomi ! Pire encore que dans la forêt de champignons, et ce n'est pas peu dire !

Arthur ne semble pas affecté, et n'a aucun mal à s'orienter. Pourtant c'est un véritable labyrinthe, sans lui je crois bien que nous aurions été irrémédiablement perdus !

Il n'y a pas que le paysage qui, de féerique, devient cauchemardesque quand nous nous rapprochons. Nous avons aussi des visions de scènes historiques, qui, toutes commencent comme un rêve et finissent dramatiquement :
• Dans la préhistoire, un clan se réjouit d'avoir enfin domestiqué le feu. Il échappe à leur contrôle, et brûle tout leur campement, ainsi que la forêt avoisinante.
• Alexandre le Grand triomphe, il est aux rives de l'Indus, jamais empire n'a été plus imposant ni armée plus puissante… Il meurt soudainement, ses généraux se déchirent, son armée se divise en trois factions qui s'entre-tuent.
• César triomphe, il monte les marches du Sénat, il va enfin se faire couronner empereur… Quand Brutus jaillit de derrière une colonne et le poignarde dans le dos.
• Un village au moyen-âge, tout le monde est famélique car la dernière récolte était mauvaise, mais c'est la fête, demain la moisson et elle promet d'être abondante… Survient un orage, des grêlons gros comme le poing, pas un épi ne reste sur pied.

J'ai remarqué une chose. Plus nous avançons, plus ces visions se rapprochent dans le temps. Est-ce parce que nous approchons ? Arthur est véritablement un guide incroyable, pour réussir à trouver son chemin dans ce dédale ! Mais, plus elles se rapprochent dans le temps, plus je suis mal à l'aise… Mais les hallucinations continuent :
• Marseille, 1720. Le Grand Saint-Antoine entre en rade, les consuls de la ville se réjouissent, c'est la fortune qu'amène ce navire ! En fait, c'est la peste noire qui en débarque, la moitié de la ville est condamnée...
• 1939, la drôle de guerre, les soldats vont au front la fleur au fusil… Puis c'est la débâcle.

Quand nous arrivons enfin devant une petite maison sans prétention, notre moral est déjà bien entamé. Arthur nous dit : Voici la maison de Xura, nous devons vous laisser ici… Il n'y a pas à dire, il sait se défendre, le bougre !

Re: L'histoire...

MessagePublié: Ven Août 30, 2013 12:55 pm
par stellamaris
Dans l'antre de Xura

Gwendal



Nous rentrons ensemble dans la maison, et pourtant, sitôt franchi le seuil, je suis seul, dans un espace indéfini, pas vraiment une pièce, plutôt au milieu de nulle part... La fantasmagorie continue... Le décor change, et je suis maintenant dans une salle de boxe. Je vois un autre moi-même monter sur le ring. Le combat est acharné, mais il se donne à fond, y mettant toute sa rage, toute sa combativité, toute sa colère… Et, in extrémis, il vainc ! Il monte sur le podium, est champion du monde ! Il me regarde et me sourit… J'aurais envie de l'étrangler ! De m'étrangler moi-même, pour toutes ces occasions perdues ! Qu'est-ce que j'ai pu être bête, de me laisser entraîner ainsi ! Ma colère s'étend aussi à celui qui m'a trahi, me coupant ainsi cette voie… Si je le rencontrais, celui-ci, il passerait un mauvais quand d'heure, c'est certain !

Héléna

Sans savoir comment, je me retrouve à une fête, à Brest… Je me vois moi-même, debout, entourée de mes fils et mes filles, riant et dansant avec eux… La vision se tourne vers moi, je la repousse : Arrière, Xura, tu ne m'auras pas avec tes illusions ! Oui, j'aurais pu être cela, mais je suis ce que je suis, et tout ce qui compte, c'est de sauver Alwena ! N'espère pas m'en distraire avec tes illusions !

Kristen

Je tiens à préciser, puisque je ne l'ai pas dit auparavant, que j'étais ingénieur en contrat à durée déterminée à DCNS, la principale entreprise de la ville, jusqu'il y a deux mois, mais que, quand Alwena a disparu, j'allais tellement mal que j'ai fait n'importe quoi. Du coup, mon contrat n'a pas été renouvelé, et mon épouse a demandé le divorce… Xura nous connait bien, c'est certain ! Je me vois directeur de DCNS Brest, tous mes souhaits professionnels sont comblés… Je ne me laisserai pas avoir par une manipulation aussi grossière. De toutes façons, j'ai des capacités, quand j'irai mieux je pourrai rebondir, c'est certain ! Tout ce qui compte maintenant, c'est de sauver Alwena, rien ne doit me distraire de cet objectif !

Gwendal

Le décor change, et je suis désormais chez moi, à Brest. Alwena, mon unique, amour, me dit "Protège-moi !". Je suis plein de fougue pour la protéger, prêt à utiliser pour cela toute la force de mes poings ! Mais je me mets à accepter de faire des livraisons… Je ne sait pas que, dans ces paquets, il y a la drogue qui sera fatale à mon amour ! Je prends maintenant de la distance par rapport à la scène dont j'étais acteur, je la regarde d'un oeil extérieur, et je connais le contenu des paquets, j'essaie de stopper l'autre moi-même, celui qui accepte les livraisons, mais rien à faire, il ne m'entend pas, ne me vois pas… Le dealer à qui je remets la drogue prend le visage de Erwan… Puis de La Capuche… Puis de Nyarlathotep, qui éclate de rire ! Je m'effondre de désespoir devant ce gâchis, un désespoir incurable… C'est comme si j'étais emprisonné dans une larme, j'ai beau hurler et cogner contre les parois de ma prison, rien n'y fait, je suis totalement impuissant !

Kristen

Je suis maintenant devant mon frère aîné, resplendissant de beauté et de fierté… Il me donne un ordre : "Protège ta famille !". Il me transmet sa force intérieure, je n'ai jamais été aussi puissant pour les protéger ! Je me noie dans les études, je crois que mes diplômes seront un bouclier invincible… Et je revois, impuissant, mon frère aîné mourir sous les coups de Papa ; puis mon petit frère dans son lit d'hôpital, attendant que le cancer l'emporte ; en sortant de l'hôpital, je croise Azilis, ma soeur ainée, camée, en train de faire le tapin… Pour finir, je vois Alwena recluse dans sa cave, puis possédée dans son lit d'hôpital… Au fil de ces visions que tu m'envoies, Xura, ma colère croît. Ah, c'est ainsi ? Tu crois qu'en me faisant revivre mes échecs, tu vas réussir à me détourner de mon but ? Je te vaincrai, tu peux en être certain, et tu seras bien obligé de libérer Alwena !

Héléna

Je vois Alwena, ma meilleure amie, me dire "Protège-moi". Je jure de la protéger, j'y mettrai toute la force que j'ai retirée de mon accident ! Je lui montre la joie de me battre, d'affronter les difficultés de la vie… Je lui montre les dangers de la drogue, aussi… Elle ne m'écoute pas, s'enferme dans sa cave, dans le rêve, devient prisonnière de de Xura… Tiens bon, Alwena, tout n'es pas perdu ! Tu souffres, en ce moment, comme j'ai souffert après mon accident… Mais tu t'en sortiras plus forte, comme je m'en suis sorti plus forte ! Du pire jaillit toujours le meilleur, et d'un voyage aux portes de la mort, une résurrection !

Kristen

Le décor change encore… Et je vois Alwena ! Enfin, si l’on peut dire… Je dirais plutôt un tas de chair informe arborant le visage d’Alwena au désespoir, couronné de tentacules. Nyarlathotep n’avait pas totalement menti quand il a dit à Héléna qu’Alwena était couronnée, mais son sens de l’humour est plutôt douteux ! Si je le tenais celui-là, tout dieu qu’il est, je ne me gênerai pas pour lui passer l’épée au travers du corps !

Héléna est là aussi, ainsi que Gwendal, mais lui semble en proie au désespoir le plus profond, il se débat vainement dans une prison en forme de larme…

Que se passe-t-il maintenant, Xura n’a pas encore fini avec son petit jeu des illusions ? Voilà qu’il a le toupet de me présenter la plus belle femme du monde… Et il croit que je vais gober ça ?
Bon, il voit que ça ne prend pas, la vision se dissipe… L’espèce de blob se retourne, et je vois enfin son visage ! Visiblement, sur ce point aussi Nyarlathotep n’a pas totalement menti, Alwena et Xura ont bien fusionné… Mais visiblement, ce n’est pas Alwena qui a vaincu !

C’est impressionnant, comme il sait mêler le vrai avec le faux... Je suis désolé Alwena, puisque tu le partages désormais avec Xura, je n’ai pas d’autre choix que de tuer ton corps onirique, mais au moins, au pays de l’éveil, tu seras libérée ! Je fonce, le couteau en avant…

Mais, que se passe-t-il ? Je ne peux plus bouger ! Je suis enfermé dans une espèce de bombe… Sûrement un symbole de ma colère. Et totalement impuissant. Qu’est-ce qu’il est fort ! Héléna arrivera-t-elle à le vaincre ? Sinon, tout est perdu… Mais que pourrait-elle faire ?

Re: L'histoire...

MessagePublié: Lun Sep 02, 2013 10:49 am
par stellamaris
Face à Xura

Héléna


Enfin, je vois Alwena… Tout du moins, ce qu’elle est devenue dans son cauchemar. Quelle pitié ! Kristen est là, ainsi que Gwendal, mais lui est prisonnier de sa tristesse et ne peux plus combattre.

Qu’est-ce qui se passe, encore une vision ? Xura me présente un garçon magnifiquement beau ! C’est un peu facile, il en faudrait beaucoup plus pour me distraire ! Bon, il a compris, la vision se dissipe, et Alwena se retourne… Et je vois enfin le visage de Xura. Que de malignité dans son regard, mais que de désespoir, surtout ! C’est sa détresse surtout qui me transperce le cœur, en un clin d’œil je l’ai compris, c’est un puits de douleurs, et tout le mal qu’il fait n’en est que le trop plein…

Du coin de l’œil, j’entraperçois Kristen qui fonce vers lui, le couteau à la main ; il est arrêté net dans son élan… Il est maintenant prisonnier, lui aussi. Ah les garçons, toujours aussi fougueux, et longs à comprendre ! Tous les mêmes ! Bon, Xura, à nous deux.

Sur ce, Xura m’adresse la parole :

- Bienvenue, Héléna, grande est ta force pour que tu sois parvenue jusqu’ici ! Je suis si désespéré… Qui sait, peut-être arriveras-tu à me distraire de mon désespoir ? Ou, au contraire, arriverai-je à te faire voir le monde comme je le vois, et viendras-tu te fondre en moi, me renforçant ainsi de ta force ? C’est toujours une joie dans mon affliction, de pouvoir discuter avec ceux qui parviennent jusqu’ici… Ils sont si rares, hélas !

Je m’avance et m’assieds devant lui, confiante. Mon intuition se confirme, je sais exactement ce qu’il faut faire… Je lui adresse à mon tour la parole :

- Bonjour Xura, je suis heureuse d’enfin te rencontrer et faire ta connaissance… Peux-tu me parler plus de toi, me dire qui tu es ? Je te sens plus désespéré que mauvais, et j’ai l’impression que, si la tristesse et la douleur se répandent autour de toi, c’est moins par malignité qu’indépendamment de ta volonté...

- Tu as vu juste, humaine ; je suis l’agrégation de millions de vos désespoirs. Les contrées du rêve ne sont autres qu’une projection des joies et des peurs des hommes, et c’est en moi que se coagulent leurs pires tristesses… Pourquoi te raccrocher à cette folie que vous nommez espérance ? Tout en moi le dit, chacun de ceux qui sont maintenant moi, l’espoir n’est que folie, une illusion qui ne sert à vous rendre plus malheureux encore quand vous vous en réveillez… Viens te reposer en moi, dans la paix des pleurs ! Tu y trouveras le repos des larmes.

- Sais-tu, Xura, que j’ai beaucoup souffert, moi aussi ? Oui, tu le sais, tu me connais aussi bien que je me connais moi-même… J’ai perdu tout ce qui faisait ma vie : Mes amies, ma santé, mes jambes, la possibilité de donner la vie… J’ai cru toucher le fond, et j’ai voulu mourir, moi aussi. Tu peux donc me croire quand je te dis que je te comprends ! Il y a quelques années, peut-être t’aurais-je dis oui, prends-moi en toi, il est doux de pleurer ensemble… Mais j’ai rebondi ! Et regarde-moi, je suis tellement plus forte et plus vivante que si je n’étais pas passée par ces épreuves ! Tu le sais, mais ne le comprends pas… C’est ce qui t’intrigue et t’attire à la fois, je l’ai bien senti dans le ton de ta voix, quand tu m’as conviée à discuter.

C’est comme Alwena : Connaissant sa faiblesse, Nyarlathotep l’a appâtée avec le faux Erwan pour te l’amener… Et là, quand elle s’est rendue compte qu’elle l’avait perdu, elle a en été si bouleversée qu’elle a cru trouver le repos en se fondant en toi… Mais elle sortira, elle aussi, grandie et fortifiée de cette épreuve ! Tout comme Gwendal et Kristen, que tu tiens en ton pouvoir pour le moment ; ils ne pas loin d’accepter de devenir une partie de toi, eux aussi, comme tous ceux que tu prends ainsi au piège… Mais ils en sortiront oh combien plus forts que s’ils ne t’avaient pas rencontrés !

Excuse-moi, je parle de mes amis, je me disperse… J’avais oublié que, quand on est au fond du trou comme je l’étais, comme tu l’es, comme chacun de ceux que tu fus l’es, on est incapable de regarder plus loin que soi-même et sa propre peine… Pardonne-moi, pardonnez-moi, vous tous, pour ce manque de tact si cruel.

Écoute-moi, Xura, écoutez-moi, vous-tous qui êtes lui ! Jusqu’à présent, tous ceux qui sont venus jusqu’à vous ont baissé les bras, et on accepté de te, de vous rejoindre… Ça vous a conforté dans votre conviction que votre malheur était sans remède, que mieux valait chercher le repos dans son acceptation… Mais regarde-moi, regardez-moi ! Je me tiens devant vous, après avoir traversé des épreuves aussi terribles que chacun de vous, et je suis devant-vous, toujours debout, avec le sourire et la joie de qui a traversé les portes de la mort et en est ressorti !

Que chacun de vous vienne se reposer sur mon cœur ; il sera délivré, il renaîtra, il pourra vivre à nouveau, au moins dans ces contrées si celles de l’éveil lui sont désormais fermées !

Quand Xura répond, ce n’est plus avec cette voix de haine et de désespoir, si lugubre, que j’avais entendue à l’hôpital ; c’est un chœur qui me répond, composé de multiples voix qui se répondent, s’interpellent, se coupent la parole… J’y reconnais distinctement la voix d’Alwena, mais aussi celle d’Alexandre le Grand, celle de Jules César, celle de ce révolutionnaire de 1989, celle de ce soldat de la dernière guerre… Toutes celles que j’avais entendues dans les visions qui nous ont assaillies durant notre traversée du pays :

- Qu’est-ce qui se passe ?
- Ça fait des éternités que j’avais froid, si froid… Quelle est cette chaleur qui m’envahit ?
- Un sourire ? Cela existe donc ? Depuis des millénaires je n’y croyais plus !

Et, petit à petit, au milieu de ce concert, ce fragment de chair immonde se dissout,explose silencieusement en autant de bulles que de voix ; je vois clairement que chaque bulle est une âme… Chacune se pose fugitivement sur moi, le temps d’une caresse, avant de s’envoler ; une immense sensation de paix illumine la scène…

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(Héléna)
Qui donc es-tu, Xura, pour vouloir te repaître
Ainsi de nos douleurs, parsemant nos chemins
De ta terreur ?
Devant toi, tout est vain, et l’on voit disparaître
Toute joie en fumée ; ah, cruels examens
Pour notre cœur !

(Xura)
Je ne suis que vos pleurs agrégés en un être,
Somme des désespoirs de tant et tant d’humains,
De leur malheur !
Je suis votre miroir, ne me nommez donc traître
Si le désir est vain et n’a de lendemains,
Si meurt la fleur !

Nous avons trop souffert de vaines espérances,
Mieux valent les sanglots, ils sont encor moins rances !
Tous le disent en moi, tous ceux-ci que je fus,
En chœur confus ;

Viens donc te fondre en nous, la ténèbre est sagesse
Et seule véridique, accueille son ivresse,
Viens donc boire à foison au vin noir de ses futs
Toujours profus !

(Héléna)
Xura, je te comprends ; mais regarde plus loin ;
Sache donc, mon ami, je connais la souffrance
Autant que toi ;
Pourtant, je suis debout ! Je t’en prends à témoin !
J’ai perdu mes amis, mes jambes, et la danse ;
De bon aloi,

Pourtant, fut l’accident ; je ne regrette rien,
Mais j’en fais mon appui, c’est ainsi que j’avance,
Avec la foi
Que de l'adversité surgit un plus grand bien,
Que vivre est un miracle, encor plus qu'on ne pense
Ou qu’on ne voit !

Je pourrais te haïr mais je te tends les bras,
Reposes-toi donc sur mon sein ; tu renaîtras,
Et tu verras le prix inouï de ta vie
Te faire envie !

(Xura)
C’est vrai ? Je n’ose y croire… Et pourtant, ta chaleur
Fait fondre le glaçon qui fut toujours mon cœur ;
Je me dissous dans cette extase inassouvie,
L’âme ravie !

Re: L'histoire...

MessagePublié: Mar Sep 03, 2013 6:48 pm
par stellamaris
Brest, le 5 août 2013

Héléna

…Et je me réveille, paisible, avec une grande joie et une intense sensation de plénitude. Quel ne sera pas mon effarement devant les péripéties à venir ! Sans conséquences tragiques, heureusement, puisque je suis encore là pour vous en parler… Mais j'anticipe.

Après l'heureuse conclusion de ce rêve, je suis pleinement confiante pour Alwena. En attendant, selon mon habitude, je peints un tableau pour me rassembler les idées : "La délivrance de Xura".

Un peu plus tard, je reçois un appel de Kristen : L'hôpital l'a appelé, Alwena est réveillée ! Je jubile ! Nous nous y rendons tous. Elle nous accueille, encore faible suite à son coma, mais son expression est complètement détendue, illuminée par un sourire que je lui avais jamais vu :
- Quelle joie de vous voir, tous les trois ! Le rêve s'était transformé en cauchemar, j'étais enfermée dans mon désespoir, avec des millions de semblables ; mon corps terrestre m'était devenu tellement indifférent qu'il m'était égal de le laisser mourir… Je savais que, quand il mourrai, ce désespoir s'étendrait d'abord sur Brest, puis sur toute l'humanité, mais il me semblait tellement juste et raisonnable, que je ne voyais plus pourquoi me battre et m'y opposer… Puis, j'ai ressenti très fortement votre présence, à tous les trois ! Et là, je ne sais pas ce qui s'est passé, mais alors que j'étais transie de froid depuis mon arrivée en Xura, j'ai senti une merveilleuse chaleur, douce et enveloppante, émaner de toi, Héléna… Et mon désespoir s'est envolé, j'étais libérée, une grande paix m'a envahie… Xura avait disparu. Et je me suis réveillée, apaisée et heureuse, avec une intense soif de vivre ! Je ne sais ce que vous avez fait, tous les trois, vous me le raconterez quand j'aurai repris des forces… Mais je ne voulais pas attendre pour vous remercier, et vous partager ce bonheur que je n'avais jamais connu !

Nous ne pouvons rester longtemps, nous sentons qu'elle se fatigue déjà ; mais imaginez ma joie en quittant sa chambre ! Une seule chose la ternit : Je ne comprends pas pourquoi le visage de Kristen reste fermé. Je me demande ce qui peut bien le préoccuper ainsi ?

Je ne terminerai pas sans mentionner un détail nettement moins important, mais qui m'ôte un poids : Les séquelles que Kristen et Gwendal avaient gardées de leur traversée de la forêt de champignons ne sont pas passées dans le monde réel. Je m'en doutais, mais c'est quand même un réel soulagement !

Kristen

Je me suis réveillée peu de temps après avoir été enfermé dans ma violence, je n'ai donc pas pu voir ce qui s'est passé entre Héléna et Xura ; en sortant de la chambre d'Alwena, je suis perplexe… Ça ressemble à un conte de fées… Mais ça fait longtemps que j'ai cessé d'y croire. L'expérience m'a montré que ce n'est qu'en s'attendant toujours au pire que l'on n'est jamais déçu… L'angoisse me taraude. Je me réjouis pour Alwena, bien sûr, mais j'ai peur…

Pour essayer d'y voir plus clair, il faut que j'aille voir sur place. Dans quel état sont les contrées du rêve ? Je veux en avoir le cœur net… Je fais une petite sieste. Dès que j'arrive à la caverne de la flamme, Nasht et Kaman-Thah m'accueillent en me félicitant chaleureusement :

- Gloire aux vainqueurs ! Grâce à votre aide précieuse, Héléna a pu aller jusqu'en Xura… Et elle l'a vaincu, il l'a disparu ! C'est comme s'il n'avait jamais existé ! Des marins ont pu, pour la première fois depuis des éternités, débarquer dans ce pays, et ils l'ont confirmé, c'est extraordinaire, il n'ont plus ressenti le moindre sortilège ! Les répercussions sur toutes les contrées du rêve sont immenses !

D'ailleurs, quand vous la verrez, vous direz à Héléna que son exploit a tellement impressionné le roi Kuranès que, si elle l'accepte, il sera ravi de lui offrir sa main, et de la couronner Reine du Rêve ! C'est bien peu de chose par rapport à ce qu'elle a pu réaliser !

Tandis qu'ils me parlent, ils s'enthousiasment ainsi de plus en plus… Mais j'y lis la confirmation des doutes qui me rongent et, au lieu de descendre les escaliers du sommeil profond, je remonte ceux du sommeil léger, jusqu'à me réveiller.

De retour à Brest, après avoir fait une certaine course, j'invite Héléna et Gwendal.

Héléna

Kristen nous invite à passer chez lui pour que nous récapitulions ensemble ce qui s'est passé. Sa voix m'effraie, qu'est-ce qui peut bien l'inquiéter ainsi ?

Il me demande de lui raconter mon face à face à Xura. Gwendal est très intéressé aussi, visiblement ils n'ont pas assisté à la scène… Je leur raconte, avec tout mon enthousiasme ; si Gwendal semble me croire et se réjouit avec moi, tout en étant frustré de n'avoir pu y participer. Kristen reste toujours aussi froid et glacial. Je ne l'avais jamais vu ainsi…

À la fin, il met un coffret sur la table :
- Ouvrez-le

Je l'ouvre… Quel n'est pas mon effarement ! Il contient deux pistolets !
- Tu es fou ? Qu'est-ce que tu veux que nous fassions avec ça ?

Il me répond, la voix blanche :
- Je ne sais pas ce qui s'est vraiment passé cette nuit, je n'ai que ton témoignage… N'est-ce pas encore une illusion de Xura, qui te manipule comme il nous a tous manipulés ? Alwena est délivrée, c'est certain, nous en avons été témoins. Héléna, merci. Il est tout aussi certain que Xura n'est plus dans les contrées du rêve. Pour m'en assurer, j'ai fait une sieste afin d'interroger Nasht et Kaman-Thah, ils me l'ont confirmé, c'est la liesse dans tous les pays des songes. Mais le bougre est rusé, il nous l'a montré. Alors, je vous le demande : S'il n'est plus dans les contrées du rêve, où est-il ? N'a-t-il pas réussi finalement à s'infiltrer dans notre monde, en prenant possession de l'un de nous trois ? Dans ce cas, pour éviter qu'il déclenche des catastrophes dans notre monde, il n'y aurait qu'une solution : Nous suicider tous les trois… Qu'en pensez-vous ?

Je suis atterrée. Après ce que j'ai vécu, je suis tellement persuadé que Xura n'existe plus ! Mais il est vrai que ni Gwendal, ni Kristen ne l'ont vécu… Gwendal, pour sa part, balance entre les arguments de Kristen et les miens, il ne sait pas trop où se positionner… Comment lui faire partager mon intime conviction ?

Il m'explique qu'il a tellement vécu de désillusions dans sa vie qu'il a pris l'habitude de toujours anticiper le pire : ainsi il n'est jamais déçu, et, de temps en temps, très rarement, il a une bonne surprise… Après une discussion tendue, nous finissons par convenir qu'il serait trop bête, sur ces seules bases, de poser un acte aussi irréparable qu'un triple suicide ! Pas vraiment convaincu, il finit par se ranger à ces arguments, mais garde cette option reste ouverte si Xura montrait le moindre signe qu'il essaie de se manifester à travers l'un de nous…

FIN de la campagne
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Si l'histoire s'était arrêtée là, cette fin ne m'a pas totalement satisfait... Je me suis plu à imaginer que c'est Alwena, quelque temps plus tard, qui a pu, enfin, lui montrer l'absurdité de son raisonnement. Pendant sa convalescence, les personnages et Alwena ont passé de longues soirées ensemble, à se raconter leurs aventures respectives dans les contrées du rêve… Elle lui a dit :

- Quand Xura m'a pris sous ma coupe, il vous a demandé de me tuer pour pouvoir rentrer dans notre monde. S'il avait pris possession de l'un de vous, le tuer serait lui ouvrir le chemin ! C'est tout ce qu'il désirerait !

Mais regardez-vous, aucun de vous n'est sous sa coupe, c'est évident ! Xura, c'est le désespoir le plus absolu, je suis bien placée pour le savoir… Aucun de vous n'est dans cet état ! Héléna rayonne de lumière, mon Gwendal est toujours aussi combatif… Et même toi, tu envisages toujours le pire, mais en sachant qu'il reste possible que ce ne soit pas lui qui arrive ! Crois-moi, quand j'étais sous l'emprise de Xura, j'en étais loin !

Et c'est ainsi que, petit à petit, même lui a pu reprendre goût à la vie… Ce fut plus difficile encore que de vaincre Xura !