Profonde est la terreur que suscitent les goules
Et la répulsion qu’inspirent leurs festins
Faits d’intestins
Farcis aux vers, et d’os pourris ; elles sont foules
Aux lieux maudits ; mais ne se fient à leurs instincts
Que les crétins !
Ces charognards, vous les jugez pires qu’ignobles,
Et digne d’un démon leur diète de chacal
Vil, bestial ?
Que vous les méprisez ! Vous croyez-vous plus nobles
Quand en chacun dansent tango - bal infernal -
Le bien, le mal ?
Sachez, c’est en ce nœud à l’intime de l’âme
Qu’est la prison où l’ennemi tient votre sœur ;
Vous le vaincrez si vous pouvez vaincre sa flamme
En votre cœur.
Le combat se tiendra au creux d’un labyrinthe
Où tout humain se perd ; la goule, en sa candeur,
Ne connaît ces tourments ; ce guide, en cette enceinte,
Ne craint l’horreur
- Merci pour ces avertissements, Sire, nous en tiendrons compte et rechercherons les Goules pour nous en faire des alliés ; mais quel est le chemin ? Comment pourrons-nous trouver Xura, et les goules ?
- Il y a deux chemins, tous deux remplis de péril. Le chemin le plus long passe par Dylath-Leen ; c'est une ville humaine, vous trouverez à Céléphaïs des bateaux pour vous y conduire ; mais c'est néanmoins une ville sombre et mal famée, car, poussés par l'appât du gain, les hommes y commercent avec des marchands venus de tous les pays maudits, et même avec Xura ; aucun navire à proprement parler humain n'acceptera de vous mener en Xura, mais vous pourrez trouver un embarquement sur les ignobles galions verts qui commercent avec ce pays. Prenez garde ! Ils sont presque aussi dangereux que Xura lui-même, et nul homme censé n'accepterait de s'y rendre, de même que nul homme censé n'accepterait d'aller en Xura ! Mais pourtant, tel est votre chemin. À moins que…
- Un autre chemin existe, un raccourci, peut-être plus périlleux encore… Mais si vous êtes pris par le temps, peut-être devrez-vous le prendre ? Le voici : Les faibles Dieu de la Terre ont coutume de danser sur certains des plus hauts sommets des contrées du rêve, et notamment sur le sommet du Mont Aran, qui domine Céléphaïs. Or ils sont extrêmement soucieux de leur tranquillité. Ils ont donc placé de redoutables gardiens pour interdire à quiconque de venir les déranger : Les maigres bêtes de la nuit. Mais, ce qu'ignorent les humains, c'est que les maigres de la nuit ne font pas de mal à ceux qu'elles interceptent : Elles se contentent de les mener dans les contrées souterraines du rêve, en vallée de Pnath…
- Sombre et dangereuse est la vallée de Pnath ! Imaginez un lac d'ossements où ne brille jamais ni soleil, ni lune, ni étoiles, profond de plusieurs centaines de mètres, composé des restes des repas des goules au long de plusieurs milliers de millénaires… Y sévissent les redoutables bholes, d'immenses vers fouisseurs, dont la longueur peut atteindre la taille d'une petite ville… Oui, c'est certes un endroit fort dangereux, vous devrez y être d'une prudence absolue ! Mais non loin de là est la demeure des goules, et elles connaissent des chemins secrets pour, à partir de là, vous conduire jusqu'en Xura…
- Une chose encore : Vous n'êtes plus très loin du réveil suite à votre première nuit de rêve, mesuré en temps des terres de l'éveil… En temps des contrées du rêve, il vous reste peut-être deux semaines, mais guère plus… Or, en vous réveillant, il est tout à fait possible que vous ne vous souveniez pas de votre rêve. Si tel est le cas, il faudrait que vous refassiez toute votre quête… Or, le temps vous est conté, et il est d'une importance vitale, pour nos deux mondes, que vous réussissiez ! Je vais donc vous faire un cadeau d'une valeur inestimable ; rêver ces deux objets m'a donné autant de travail que de rêver Céléphaïs tout entière.
Il nous tend deux pendentifs en bois, de quelques centimètres carré de côté.
- Ces objets n'ont l'air de rien, mais ils sont précieux car ils sont capables de passer du monde du rêve au monde de l'éveil, et retour ; de tels objets sont exceptionnels. Voici mon conseil : Tant que vous êtes encore dans les contrées du rêve, notez par le détail toute votre quête. Laissez vos notes en lieu sûr - Par exemple, une taverne à Dylath-Leen. Ainsi, quand vous vous réveillerez, si vos souvenirs de votre voyage ici sont flous, ou si vous doutez de leur réalité, ces objets vous en démontreront la réalité ; et, la nuit suivante, une fois endormis, ces objets vous rappelleront de vous rendre en Dylath-Leen, et pourquoi. Dylath-Leen n'est pas loin du Bois Enchanté, tout juste une semaine de marche ; ainsi, vous aurez tout le temps de terminer votre quête dans les temps, alors que si vous deviez reprendre toute votre enquête et repasser par ici, vous n'auriez jamais le temps de conjurer la catastrophe qui s'annonce…
Sur ce, je me prosterne devant le Roi pour le remercier de ces présents, et nous les enfilons autour de notre cou ; toutefois, avant de prendre congé, je lui dit :
- Sire, une ultime requête… Je vois bien que pour le combat final, rien ni personne ne pourra nous aider, si ce n'est nous-même ; ceci étant dit, d'ici là, de nombreux dangers nous attendent… Auriez-vous un maître d'arme qui pourrait nous former au combat, afin d'augmenter nos chances de parvenir jusqu'à cette épreuve finale ? D'après ce que j'ai cru comprendre, en Céléphaïs le temps ne s'écoule pas ; nous pourrions donc y rester indéfiniment pour nous former et ne repartir qu'une fois prêts, sans que le temps nécessaire à l'exécution de notre quête ?
- Cela ne se passe pas ainsi : Puisqu'en Céléphaïs la même journée est éternellement répétée, vous pourriez y rester aussi longtemps que vous le souhaitez, vous n'arriveriez pas à apprendre plus que ce que vous serez capables d'apprendre en une journée… Croyez-moi, pour échapper à ces dangers-là, faites plutôt confiance à vos alliés, ils vous seront précieux !
Toutefois, je vous adresse une lettre de recommandation pour le meilleur des maîtres d'armes de Céléphaïs ; vous avez raison, tout ce qui sera appris pendant cette journée sera autant de chances que vous mettrez de votre côté…
Sur ce, nous le quittons, avec encore une fois force révérences et remerciement.

