Rossland a reçu un télégramme de New-York l'amenant à rentrer précipitamment ; il organise son exfiltration avec l'imam, et nous quitte définitivement... Snif !
Après que le reste du groupe se soit reformé, il ne nous restait plus qu'à récupérer notre avion et partir vers des cieux plus cléments. L'appareil étant gardé par des policiers locaux, nous allons voir l'iman qui s'arrange pour que ce soit des types à lui qui garderont l'appareil la nuit suivante. Le 14 mars au matin, on récupère donc l'appareil de manière pépère et on part vers Beyrouth à l'aube pour profiter du soleil. Au-dessus du Sinaï, nos yeux commencent à se voiler avec insistance. Notre pilote arrive in-extremis à poser l'avion et nous nous endormons tous.
Nous nous réveillons dans un temple, devant une statue de pharaon noir, dans une tenue vaguement médiévale, entourés par une cinquantaine de prêtres qui nous braquent avec des arcs. Le français se rebelle et se prend une flèche dans la cuisse, la première flèche tirée l'ayant raté et touché méchamment un prêtre derrière lui (c'est bien fait!). Le chinois tente aussi de résister mais on se fait rapidement maîtriser et ligoter. Les prêtres nous font alors quitter le temple et traverser la ville : on n'est plus en Egypte! La ville est en basalte noir, le ciel, où volent des mouettes rouges, est couvert. Nous passons alors devant un autre temple et tout le monde se rappelle du plus triste moment de sa vie : Miss Betsie n'ayant pas réussi à émoustiller un homme alors que sa mère si, la perte de son père adoptif pour le chinois, la mort d'amis au combat pour le pilote, la mort de sa soeur pour Walter et le fait de s'être retrouvé en prison au Caire comme un vulgaire criminel pour Poole. Une plaque au mur nous indique que nous sommes dans la "Ruelle des Larmes". Détail cocasse, la plaque est écrite uniquement dans la langue maternelle de la personne qui la lit...
On arrive ensuite au port de la ville. L'odeur est horrible. Les prêtres nous dirigent vers une galère noire et en chemin, nous apercevons un horrible ver de taille humaine descendre d'un galion verdâtre aux voiles moisies. A bord de la galère, on nous attache au mât, "les seins sur les autres" comme dit Miss Betsie. Les marins sont étranges, totalement enturbannés avec une bouche très large et de tous petits pieds. Un homme bien habillé, qui connaît Carlyle nous souhaite alors la bienvenue avec un grand sourire : "J'espère que vous ferez bon voyage, une certaine personne tient à vous rencontrer". La galère largue alors les amarres et nous quittons le port à un rythme très soutenu et parfaitement régulier. Le voyage maritime dure une bonne semaine. La nourriture à bord est agréable (enfin pour nous, car les rameurs, que nous ne voyons pas, se sont partagés un esclave noir...), et nous ne ressentons aucune envie pressante ni besoins naturels, ce qui nous perturbe un peu car comme le sait Miss Betsie "Tout ce qui rentre doit ressortir". Notre hôte nous fait un peu la conversation et nous indique les pays que nous longeons. La ville où nous nous sommes réveillés s'appelle Dylath Leen, nous avons ensuite longé le pays de Zar, la ville de Thalarion, le pays de Xura (et son odeur de cadavre), l'arche de verre de Sona-Lyn (le pays de l'imagination). A partir de là, la mer change d'aspect, s'apparentant plus à un torrent. La galère passe ensuite entre deux piliers de basalte immensément hauts puis franchit une cataracte pour prendre son envol vers la Lune.
Une fois en l'air, les marins reçoivent l'autorisation de d'enlever leurs déguisements : ils ressemblent à des Satyres, avec le dos marqué au fer rouge.
Le voyage dans l'espace continue sans trop d'encombres à part un banc de "méduses" visqueuses qui viennent nous palper : "Ne vous inquiétez pas, ce sont juste les larves des dieux, elles sont inoffensives" "Ah bon, d'accord !". Très longtemps après, nous commençons à entendre un concert de flûte et de tambours. Note hôte ordonne au barreur de changer de cap car nous ne sommes pas destinés à assister à ce concert. Finalement, nous amerrissons sur une mer de bitume noir, noir, sur la Lune et nous finissons par arriver à un port noir non euclidien. L'équipage se met au garde-à-vous quand des crapauds désossés avec une bouche de tentacules et sans yeux sortent de la cale et passent en revue l'équipe. Un des marins est désigné : "Ce sera un honneur d'être votre sacrifice, Maîtres".
Un fois détaché du mât, mais toujours ligotés, nous sommes conduit en dehors de la ville dans une caverne où nous attends le Pharaon Noir. Si, si.
A ce moment là, nos esprits finissent de se déconnecter et nous les rangeons dans un coin au cas où ils serviraient plus tard. Ce qui fait que Miss Betsie est persuadé que c'est un coup de l'hippopotame et que le type en face de nous n'est qu'une statue, et Nyarlatotep est obligé de nous paralyser pour éviter une bataille de polochons avec les coussins qui sont par terre. Il commence par nous féliciter d'avoir découvert son existence et nous félicite pour le foutoir que nous avons mis à New York et à Londres. Etant l'incarnation du "Chaos rampant", il est assez satisfait par nos actions, même si il est très déçu par notre prestation au Caire, il s'attendait à mieux de notre part.
Miss Betsie, en manque depuis trois semaines, accepte immédiatement une proposition indécente du pharaon (comment cela est arrivé dans la conversation, nous l'ignorons) et après matérialisation d'un rideau, les deux s'envoient en l'air pendant que le reste de l'équipe est toujours paralysé. Après des ébats fougueux, Nyarlatotep remercie Miss Betsie de son enthousiasme (comparé à celui de Hypatia Master, un membre de l'expédition Carlyle). Une fois cette petite affaire terminée Miss Betsie part en crise d'hystérie car elle a toujours la conviction que ce pharaon n'est qu'une statue (ce qui lui fait accessoirement découvrir l'étymologie de god-michet. Oh, my gode !). Il trouve qu'il a passé un bon moment et continue la discussion avec nous. C'est bien lui qui à fait tuer Élias. (Il faut bien quelques meurtres pour garder un minimum de niveau de chaos sur terre, non ?). A propos de chaos, la discussion se détourne aussi vers les dernières avancées de la science, Relativité et Mécanique Quantique, il nous envoie une vision, comme un film, qui montre comment il a fait initier Einstein et Bohr par les migos (champignons insectoïdes volants)
Au bout d'un moment, il nous propose de revenir sur terre et nous ouvre un portail à travers lequel, si on voit bien que c'est l'Egypte, on voit aussi une pyramide en construction, donc non. Il nous fait ensuite sortir de la grotte en un claquement de doigts et on se retrouve à côté de montures bizarres, des sortes d'éléphants ailés à tête de cheval et à la peau reptilienne. Assez rapidement des chats (parachutistes?) atterissent auprès de nous et nous disent que ces montures sont un piège de Nyarlatotep et qu'il vaut mieux partir avec eux en s'accrochant à leur pelage. Ils nous "confirment" aussi que nous sommes bien en train de rêver.
Nous atterrissons donc à proximité de Dylath Leen, puis nous partons à dos de zèbres (loués par les chats en ville) vers Ulthar, la ville des chats, en logeant la jungle de Parg. Une fois la-bas, une nuit à l'auberge nous fait nous réveiller dans l'avion, la nuit suivant la fuite du Caire. Après une journée inconscients dans une carlingue d'avion en plein soleil, on a soif. Nous trouvons dans l'avion un sachet d'herbes bizarres, ne serait-il pas responsable de notre endormissement et de nos rêves ? Le surlendemain, après avoir tentés en vain toute une journée de réparer l'appareil, nous partons à pieds vers la route côtière (à 15 km), où une caravane nous récupère le matin suivant et nous emmène vers le nord. Nous sommes donc le 17 mars matin.
