Alexander Andreïevitch Stropoff est né le 23 avril 1896 à Kungur, petite ville à 80km au sud de Perm, capitale de la région de l'Oural. Depuis la mort de son père, il devrait être le Graf (Comte) de Kungur.

Kungur est un grand centre de l'industrie du cuir en Russie depuis le XVIIème siècle. Son père, le Graf Andreï Stropoff, a fait creuser les premières mines de fer de la région. Le transibérien inauguré à la fin du XIXe siècle passe par Perm et Kungur (km 1534 depuis Moscou); il a largement enrichi la ville.
Un régiment de Cosaques est basé à Kungur depuis la fin du XVIIIe siècle, et comporte deux centaines d'hommes, réparties en trois compagnies. Le chef de la garnison est le Colonel Victor Tchernko, et le fils aîné du Graf, le jeune Alexander Stropoff, est le lieutenant qui commande la seconde compagnie. La première et la seconde compagnies sont parties combattre les allemands et les polonais dans les grandes plaines dès la fin de l'hiver 1915, ne laissant que les cinquante hommes du capitaine Dostov dans le sud de l'Oural.
Après deux années de guerre en Allemagne, Alexander Stropoff est devenu plus dur, plus cynique, et sa troupe est plus composée de fantassins que de cavaliers. Le colonel Tchernko est mort en septembre 1916, et Alexander Stropoff a été fait commandant du Régiment Cosaque de Kungur. Des 150 hommes partis en 1915, il n'en revient 18 en septembre 1917, et l'essentiel de la troupe est composée d'ouvriers et de paysans conscrits.
Au retour du train à Moscou, Stropoff est envoyé dans une caserne avec ses hommes. On attend les ordres, mais la ville semble arrêtée, le gouvernement de Kerensky ne parvient pas à prendre de décisions, il semble dans l'attente de sa mort. Après quelques jours de repos forcé, les hommes s'agitent, certains écoutent des bolcheviks murmurer dans la nuit, et le soir de la révolution d'octobre, trois de ses propres hommes tentent d'assassiner le commandant Alexander Stropoff. Il résiste, en tue un, et des hommes fidèles, alertés par le bruit de la bataille, l'aident face aux deux derniers.
Stropoff rassemble une quarantaine d'hommes fidèles et réquisitionne autant de chevaux frais. Sabre au clair, avant l'aube, ils traversent Moscou en suivant la voie ferrée. Partout, les bolcheviks qui sabotent les lignes sont pris au dépourvus, mais sur le pont de la Volga les traîtres ont réussi à installer une mitrailleuse. Il n'est pas possible de passer, et la troupe rejoint les forces blanches à Omsk. Le Graf Andreï Stropoff renforce les murailles de Kungur, et la troupe d'Alexander Stropoff mène des razzias sur les villages rouges, mutilant les traitres et réquisitionnant les chevaux. Il participe à la protection des collines autour de Perm, affrontant l'armée rouge.
À la fin de 1918, soutenu par les tchèques, les français et les anglais, l'amiral Kolchak installe son quartier général à Omsk, plus à l'est, et rassemble les loyalistes. Alexander Stropoff est commandant en second de la cavalerie blanche de Sibérie.
En avril 1918, la ville de Perm trahit, et passe sans combattre sous l'emprise des bolcheviks. Le train blindé de Trostky traverse la ville de Perm avec un millier d'hommes et une lourde artillerie. Dès le 15 avril, il pilonne la forteresse de Kungur. Kolchak refuse d'envoyer ses forces défendre la ville, et préfère laisser le front s'installer plus près d'Omsk. Stropoff ne peut l'accepter et, avec les cinq derniers cosaques de Kungur, part en pleine nuit pour briser le siège. Ils franchissent le dernier col le 19 avril à la nuit tombante. Du château il reste plus qu'une aile debout, et le train blindé se love au milieu de la ville tel une immense chenille noire hérissée de canons. Ils laissent les chevaux avec Vladimir Rekinine, et partent tous les cinq à pied, espérant sauver le Graf et les autres fidèles restés dans la ville.
Hélas ! Ils ne trouvent que les cadavres des amis sur les remparts. Le cadavre du Graf Andreï et ce qui reste de la Gravine Elena sont rangés côte à côte dans les cartacombes, mort pour l'un d'un bras arraché par un obus, et la Gravine a péri dans un incendie. Il n'y a plus un Blanc vivant dans la demeure - les autres doivent être en fuite, ou plus probablement morts ou capturés, ce qui reviendra vite au même. Alexander Stropoff sait où sont cachés les trésors de la famille, et va rapidement les soustraire aux rouges. Toutefois, des soldats explorent déjà le château, à la recherche des derniers loyalistes et des biens du Graf. Les inévitables combats dans les couloirs sont gagnés, mais le bruit attire d'autres soldats, et les cosaques doivent fuir vers la forêt. Depuis les remparts Stropoff décharge sa carabine vers le wagon central, forçant le nabot chauve --
Trotsky ! -- à s'y réfugier, mais hélas sans le toucher. Boris est touché par un tir d'artillerie en descendant de la muraille ; Nicolaï, blessé au château, doit être abandonné ; Dimitri reçoit une balle dans un rein alors qu'il n'est plus qu'à cent mètres de l'abri avec les chevaux.
Seuls Alexander Stropoff, Sergueï Talinn et Vladimir Rekinine repartent vivants de Kungur. Ils décident de ne pas revenir à Omsk, le lâche Kolchak aurait tôt fait de dilapider le trésor des Stropoff dans d'inutiles manœuvres. Ils choisissent profiter de l'été pour traverser le pays et organiser la reconquête avec des forces plus importantes et plus fiables que les pays faillis de la vieille Europe. Bien leur en prend, car par la suite Kolchak ne parvient plus qu'à faire une piteuse et coûteuse retraite vers le Pacifique.
En septembre 1919, ayant rallié d'autres réfugiés, ils atteignent l'extrême est de la Russie, et prennent langue avec des aventuriers américains. Les premières neiges permettent l'arrivée de l'avion de Georges-Frédéric Lienhardt, un vétéran français, qui réalise plusieurs rotations au-dessus du détroit de Béring. Les cosaques veillent à ce que les rouges ne puissent s'approcher de la piste improvisée, et prennent le dernier avion.
Ce n'est pas en Alaska que l'on pourra convaincre les USA de soutenir la guerre contre les bolchéviks, et Stropoff mène les réfugiés vers la côte est. Là, il devient clair que trop de russes blancs ne sont pas de vrais nobles -- des guerriers ! -- mais de simples bourgeois manquant de confort. Encore une fois, seuls les cosaques semblent prêts à reprendre la lutte.
En ce début d'année 1920, Alexander Stropoff s'intègre à la jeunesse riche et aventureuse de New York, sympathisant avec Roger Carlyle, qui semble à la fois assez riche et assez fou pour soutenir une expédition russe. S'il ne trouve pas de soutien auprès de l'armée américaine --
la doctrine Woodrow est la lâcheté incarnée -- il rencontre le révérend Sebastian Rossland, et entraîne sa milice, l'Église du Feu Stellaire. Ces américains savent bien se servir d'une arme, mais ils ne feront jamais de vrais soldats en ayant si peur de leur sang et de leur mort !
Pendant ce temps, Talinn, fils de moujik, monte une distillerie souterraine. Stropoff réunit d'autres exilés pour distribuer la vodka et s'assure, grâce à ses contacts avec la bonne société, de la bienveillance des forces de l'ordre. Talinn se retrouve en première ligne face à la pègre italienne et irlandaise, mais les russes qui ont connu cinq années de guerre parviennent à se tailler un respectable territoire. C'est pour faire soigner discrètement l'un de ses hommes que Stropoff se rapproche du Dr. Jay Miller, un chirurgien de New York et accessoirement l'un de ses bons clients. Il aura plus d'une fois recours à ses bons et discrets services par la suite. C'est ainsi qu'il fait la connaissance de son surprenant anesthésiste, Jia Shin Moon, et qu'il fréquente désormais fréquemment le
Club de Miss Betsie sur Broadway.
De son côté, Rekinine retourne à Vladivostok dès novembre 1919, en se faisant embaucher sur un baleinier japonais. En mars 1920, alors qu'arrivent les derniers lambeaux de l'armée de Kolchak, Rékinine prévient New York [1]. Alexander Stropoff et Georges-Frédéric Lienhardt retournent en Alaska et s'aventurent plus loin dans les terres, plus près des mitrailleuses rouges, et ramènent plus d'une centaine de réfugiés avant qu'une balle ne perfore le moteur. Lorsqu'ils reviennent le lendemain, les réparations de fortune faites, la neige est rouge du massacre que les bolchéviks ont commis. Hélas ! Vladimir Rékinine est du nombre, et Alexander Stropoff ne peut que lancer sa croix de guerre à côté de son cadavre ; il n'est plus possible de se poser.
Nombre de réfugiés de ce second voyage sont plus aguerris et moins riches que ceux de septembre 1919. Ils sont aussi plus nombreux à rejoindre la pègre russe de New York sous les ordres de Sergueï Talinn.
Avec Roger Carlyle et ses amis, Alexander Stropoff entend parler de puissantes forces surnaturelles. S'il n'est lui-même guère porté sur le mysticisme ou la religion, Stropoff ne peut entendre parler d'une arme puissante sans imaginer l'utiliser contre la trop nombreuse armée rouge de Trotsky.
Graf
Alexander Andreïevitch Stropoff.
[1] Pok, faut qu'on cause de Vladivostok
[1] Jarran, faut qu'on cause de Vladivostok