Page 1 sur 1

MODES

MessagePublié: Ven Juin 15, 2018 4:47 pm
par Totoro
Ohaguro
Alors qu'en Europe la vision d'une dentition noire évoque souvent la saleté, au Japon, elle fait référence à une technique de teinture très populaire, datant de plus d'un millénaire.
Dans la culture japonaise, le terme « Ohaguro » (お歯黒) désigne une pratique traditionnelle initialement utilisée notamment lors de la cérémonie de passage à l'âge adulte. Celle-ci concerne exclusivement les femmes et si l'on en trouve des traces ailleurs dans le monde, au sein de l'archipel, c'est une tradition qui a duré plusieurs siècles avant d'être interdite par le gouvernement le 5 février 1870.
Difficile de statuer sur la raison claire et précise qui a poussé l'expansion de l'Ohaguro au Japon. On peut avancer plusieurs pistes, toutes très diverses et variées : esthétisme, rang social, message à destination d'autrui ou encore santé. La plupart du temps, on associe la teinture des dents aux femmes mariées, qui veulent annoncer clairement à leur entourage et aux inconnus qu'elles se sont promises à un homme et qu'il ainsi est inutile de tenter les courtiser.
Extrait du Conte de la princesse KaguyaIsao Takahata et le studio Ghibli l'ont très bien représentée dans Le Conte de la princesse Kaguya (Kaguya-hime no Monogatari), sorti au Japon en novembre 2013. On peut y voir la jeune Kaguya, forcée de se préparer pour accueillir son futur mari qu'elle ne connaît pas et donc invitée à se noircir les dents. Si la scène présentée dans le film est plutôt humoristique du fait du tempérament sauvage et libre de la jeune princesse, elle n'en reste pas moins un très bon témoignage de ce qu'était l'Ohaguro pour les jeunes femmes de l'époque : une pratique fastidieuse et contraignante à laquelle on n'avait pas toujours envie de se prêter, surtout lorsque l'on était obligée de s'y soumettre lors d'un mariage non désiré.
Pourtant, au-delà de ça, l'Ohaguro représente aussi la beauté, mais aussi et surtout le confort. Car, s'il s'agit d'une pratique que l'on peut détester, l'histoire montre que celle-ci était réservée à des femmes d'un certain standing. Ainsi, les femmes les plus aisées faisaient de la teinture un rituel de beauté quasiment quotidien tandis que les petites gens, eux, ne se noircissaient les dents que lors de cérémonies importantes comme le mariage, les funérailles ou encore les fêtes.
Une histoire qui remonte à l'ère Kofun (250 - 538 ap. J.-C.)
Utilisée dans de nombreux pays d'Asie dont la Chine, la Thaïlande le Vietnam ou encore le Laos, on trouve les premières traces de l'Ohaguro au Japon il y a plus de 1 000 ans. Des fouilles ont en effet permis de mettre en évidence l'utilisation de cette pratique, très certainement plus archaïque, durant l'ère Kofun (250 - 538 ap. J.-C.), grâce à des poteries en terre cuites. Le temple Todai-ji, situé à Nara, connu pour les nombreux trésors et documents gardés dans le bâtiment Shoso-in, conserve actuellement les enseignements du moine bouddhiste chinois Jianzhen (688 - 763), qui évoquait déjà la pratique.
Cependant, les premiers écrits "officiels" attestant de l'existence et de l'art de l'Ohaguro se trouvent dans le fameux ouvrage de Murasaki Shikibu (973 - 1025), « Le Dit du Genji » (Genji Monogatari) qui témoigne des mœurs et coutumes de l'aristocratie japonaise durant l'ère Heian (794 - 1185).
L'histoire de l'Ohaguro se poursuit d'ailleurs à cette époque. Durant l'ère Heian, la technique de la teinture des dents en noir était pratiquée aussi bien par les hommes que par les femmes, et c'est bien la seule époque de l'histoire du Japon qui soit témoin de l'utilisation de l'Ohaguro par la gente masculine. À cette période, avoir les dents laquées de noir était un luxe réservé aux nobles, à la famille impériale et à certains de leurs sujets. On teignait la bouche des jeunes enfants lors de leur passage à l'âge.
Masque de No marqué par l'Ohaguro : « mogi » (裳着) pour les jeunes filles, qui arrivait en général entre 12 et 14 ans, et « genpuku » (元服) pour les jeunes hommes, qui s'étendait plutôt de 11 à 17 ans.
Au début de l'ère Muromachi, (1336 - 1573), la tradition commence à évoluer et l'Ohaguro devient un rituel de beauté utilisé essentiellement par les adultes. Cependant, lorsque l'époque de Sengoku (1467 - 1573) et son vent de changement bouleverse la société japonaise, l'Ohaguro redevient une pratique destinée aux enfants. Cette fois-ci, ce sont les jeunes filles qui, dès leurs 10 ans, sont préparées comme des épouses pour accueillir leur futur mari. À ce moment, les mœurs se bousculent sur l'archipel ; nombre de mariage sont arrangés dans toutes les régions habitées du Japon et une vague de petites filles, forcées de se marier. C'est probablement à partir de là que l'Ohaguro, comme un symbole, commence à devenir une contrainte.
L'ère d'Edo (1603 - 1868) voit de nouveau la pratique de l'Ohaguro changer. Même si celle-ci reste toujours majoritairement réservée aux personnalités de l'aristocratie japonaise, elle se démocratise peu à peu. Ainsi, il est coutume de se noircir les dents pour les femmes mariées et les femmes non mariées de plus de 18 ans. Les geishas et les femmes des quartiers de plaisir se doivent également de s'adonner à l'Ohaguro.
Maiko au sourire teinté C'est finalement l'ère Meiji (1868 - 1912) et le retour de l'empereur sur le trône qui sonnera le glas de l'Ohaguro, comme de beaucoup d'autres traditions d'ailleurs. Période de grand changement, de modernisation mais aussi et surtout d'occidentalisation, elle abolit le système féodal et les anciens titres de noblesse sont supprimés, emportant avec eux la pratique de la teinture des dents en noir. Le 5 février 1870, celle-ci se voit même carrément interdite par le gouvernement japonais qui, sous l'influence occidentale, la considère comme barbare.
Aujourd'hui, la pratique de l'Ohaguro, largement tombée en désuétude après sa prohibition, survit toujours tant bien que mal, mais les plus jeunes lui trouvent un petit côté bizarre, si bien que l'on la retrouve essentiellement dans la culture geisha ainsi qu'au théâtre. Bien rares sont les femmes qui continuent de se teindre les dents comme il en était coutume autrefois. De récentes études ont pourtant démontré les effets bénéfiques de l'Ohaguro sur la dentition. Si on pensait déjà que le noircissement de celle-ci leur permettait de lutter contre le manque de fer dû notamment à la grossesse, aujourd'hui, on est en mesure d'affirmer que la composition de la laque apporte également une protection contre les caries et la déminéralisation.
Cet art de la teinture des dents a inspiré le fameux mythe de l'Ohaguro Bettari (お歯黒べったり), un yokai du folklore japonais que l'on représente comme une femme vêtue d'un kimono de mariée dont le visage ne se compose que d'une bouche béante aux dents noires. Comble de l'ironie, l'histoire de ce monstre raconte le chagrin d'une femme sans attrait qui, ne parvenant pas à trouver de mari, de désespoir, se suicida.
Selon la légende, l'Ohaguro Bettari apparaît à l'intérieur des temples et des maisons où vivent des hommes isolés. Elle se présente à ses "proies" de dos, afin de ne pas révéler son visage. Et si son faciès est particulièrement effrayant, lorsqu'elle est vue de dos, l'Ohaguro Bettari a l'air d'une très belle femme ; une jeune mariée encore un peu prude aux charmes ravageurs. Le mythe veut que l'homme qu'elle attire entre ses filets, comme envoûté par son apparente beauté, veuille à tout prix voir son visage. L'Ohaguro Bettari se retourne alors pour faire lui faire face et lui dévoile sa tête : un visage lisse qui ne comprend ni yeux ni nez, mais seulement une gigantesque bouche aux dents noires qui sourit.
Technique, application et matériel
La composition servant à noircir les dents avec la technique de l'Ohaguro est relativement similaire à celle que l'on Poudre noire appelée « fushi »
Poudre noire appelée « fushi »peut trouver dans les stylos plume à encre noire dont nous nous servons encore à l'heure actuelle. Il s'agit d'une laque réalisée à partir d'une poudre appelée « fushi » (五倍子), que l'on extrait du sumac, dont la sève, toxique, est toujours utilisée aujourd'hui au Japon notamment pour la fabrication de vernis.
La suite de la préparation n'est pas franchement ragoûtante, et c'est là que l'on comprend que les Japonais de l'époque n'avaient rien à envier aux chimistes. C'est un procédé long, fastidieux, pour un résultat souvent malodorant, voire infect selon certaines femmes l'ayant testé. Il s'agit d'obtenir un liquide en utilisant la dissolution du fer contenu dans l'acide acétique. Pour ça, on combine du vinaigre, du thé ainsi que de l'alcool de riz, et on laisse macérer l'ensemble plusieurs heures avant de venir y verser la poudre. Le mélange obtenu formera ce que l'on appelle le « kanemizu » (かねみず), qui pourra ensuite aisément être appliqué sur les dents.
Nécessaire pour la confection de la laque
Du côté du matériel, un nécessaire bien spécifique s'est développé au fil des siècles au Japon. Si certains sont parfaitement ordinaires et répondent aux besoins du bas peuple, d'autres en revanche, recouverts de laque et ornés d'éléments en or, étaient de véritables œuvres d'art, utilisées dans les grandes maisons. L'ensemble se compose de plusieurs éléments, à commencer par le « mimidarai » (耳盥), un large récipient qui viendra accueillir la mixture. Sur celui-ci, on y pose un bol ainsi qu'une petite théière qui contiendra le mélange vinaigre / thé / alcool de riz. Ceux deux éléments sont maintenus suspendus au-dessus du récipient par un « watashigane » (渡し金), une sorte de plateau de forme rectangulaire.
Traditionnellement, on conservait la poudre noire dans de petites boîtes carrées à l'allure raffinée, que l'on gardait de côté pour chaque nouvelle "séance d'Ohaguro". Pour être complet, le set comprenait également deux pinceaux très fins, dont les poils s'adaptaient à la forme des dents.
Utamaro, 1794 Cependant, l'Ohaguro reste une pratique contraignante pour les jeunes femmes. L'effet laqué obtenu après application n'était que de courte durée ; la teinture tenait quelque chose comme deux ou trois jours avant de commencer à s'effacer, ainsi, il fallait régulièrement répéter l'opération. Afin de rendre la pratique presque permanente, certaines femmes utilisaient de l'écorce de grenade qu'elles frottaient sur leurs dents pour les rendre plus sensibles à la laque.
Sur cette peinture populaire de Kitagawa Utamaro datant de la fin du 18e siècle (à gauche), on peut y voir une femme qui prend soin d'elle et se maquille. Ici, elle applique du rouge sur ses lèvres mais à ses pieds, on constate la présence du fameux nécessaire destiné à l'Ohaguro. Ainsi on peut supposer qu'en plus de ses vertus et de la signification qu'elle avait, la pratique de la teinture des dents en noir devait faire partie d'un rituel de beauté chez les Japonaises qui vivaient à cette époque et il est à la fois amusant et intéressant de constater l'évolution de la conception de la beauté à travers les âges et les civilisations.

Tatouage
Très connoté au Japon, le tatouage est également une pratique fortement ritualisée dont les origines remontent à des milliers d'années avant notre ère...
Irezumi, horimono, bunshin... il existe actuellement au Japon un certain nombre de termes pour désigner la pratique du tatouage. Bien que souvent synonymes, ces expressions recoupent cependant quelques différences :
- Horimono (de « horu », 彫る "sculpture, ciselure") se rapporte à l'ensemble des tatouages ; à l'origine, il est employé dans le milieu des fabricants de sabres pour désigner la technique qui consiste à graver des motifs sur la lame.
- Irezumi désigne le tatouage traditionnel, celui qui recouvre une partie ou l'ensemble du corps. Ses kanjis (入墨 ) signifient "insérer de l'encre". A la différence de l'horimono, l'irezumi recoupe un sens plus péjoratif et discriminatoire.
- Bunshin est une prononciation alternative d'irezumi: écrit 紋身 , il se traduit par "motifs corporels". On lui prête un sens plus ésotérique qu'irezumi qui reste plus couramment employé.

Histoire du tatouage
Epoque Jômon (14 000-300 avant J-C)
Les tribus aïnous se sont particulièrement familiarisées avec la pratique du tatouage, et ce dès l'ère Jômon. La tatouages aïnous se faisaient sur l'ensemble du visage, mais également sur les mains, aussi bien pour des raisons esthétiques, claniques, que religieuses, mais également pour spécifier la maturité sexuelle ou pour indiquer le statut social de la personne. On avait ainsi coutume de croire que le tatouage possédait des vertus thérapeutiques et que les parties du corps tatouées étaient protégées contre la maladie.
Mais il était surtout très pratiqué chez les femmes de cette tribu qui se faisaient parfois tatouer dès l'âge de 6 ans. Les épouses étaient tatouées au visage, avec un symbole en forme de moustache juste au dessus des lèvres. Tatouage d'épouse aïnou
Tatouage d'épouse aïnou
D'une manière générale, le tatouage féminin était considéré comme une ceinture de chasteté par les tribus aïnous, en particulier pour préserver les femmes des rapts japonais qui intervinrent au fil des siècles suivants; conscients de la mauvaise réputation qu'avait gagné le tatouage auprès des Japonais, et en particulier de leur aversion prononcée pour les femmes tatouées, les Aïnous des îles Ryukyu pratiquaient le tatouage féminin de manière à protéger leurs femmes de ces rapts qui les faisaient atterrir dans les maisons closes japonaises.
Il s'est pratiqué durant longtemps jusqu'à nos jours, en dépit des interdictions successives.
Période Yamato (IIIe-VIIIe siècle)
S'il est fait mention de tatouages dès l'ère Jômon chez les tribus aïnous, c'est plus spécifiquement dans les tombeaux de l'ère Kofun (IIIe-VIe siècle) que l'on retrouve des statuettes en argile "tatouées", les haniwa, Figurines Haniwa
Figurines Haniwa qui avaient probablement pour fonction d'accompagner et de protéger le défunt dans l'au-delà.
Une des premières mentions précises du tatouage se trouve dans un livre d'histoire chinois du IIIe siècle, le Gishi Wajinden, dans un chapitre consacré à l'histoire du Japon (autrefois appelé Wa):
Les hommes de Wa tatouent leur visage et leur corps de symboles. Ils aiment la pêche sous-marine de poissons et de coquillages. Il y a longtemps, ils décoraient ainsi leur corps afin de se protéger des gros poissons. Par la suite, ces symboles devinrent décoratifs. Les peintures corporelles diffèrent d'une tribu à l'autre. La position et la taille du symbole dépend du rang des individus. Ils étalent du rose et du rouge sur leur corps tout comme nous autres Chinois utilisons de la poudre.
Dans le courant du VIe siècle, la diffusion du Bouddhisme et de la culture aristocratique chinoise au Japon apportèrent avec eux une vision négative du tatouage. Les élites chinoises considéraient en effet cette pratique comme barbare, dans la mesure où le tatouage était pratiqué pour isoler un membre du reste de la communauté en lui tatouant l'idéogramme de de sa faute sur le visage. La forte imprégnation de la culture chinoise qui prédomina à partir de là et pour plusieurs siècle parmi les élites japonaises fixa le lien établi entre tatouage et criminalité.
Epoque de Nara (710-794)
Le Kojiki (712) établit plus clairement les lois concernant le tatouage: il en existe ainsi deux types, le premier réservé aux hommes de haut rang, et le second aux criminels. Ce dernier, très souvent visible, se diffusa à grande échelle, et contribua à bien distinguer la population criminelle du reste des habitants. Les tatoués étaient qualifiés d'eta (villageois, puis par extension hors-la-loi), ou de hinin (non-humain)
Epoque Sengoku (mil. XVe-fin XVIe siècle)
Cette époque fortement marquée par les guerres entre daimyos vit se diffuser la pratique du tatouage chez les samouraïs comme moyen d'identification. Le motif du clan tatoué sur la peau permettait ainsi de reconnaître les guerriers morts au combat, dans la mesure où les vainqueurs coupaient souvent les têtes de leurs ennemis vaincus et où les armures étaient emportées comme butin, ou simplement volées.
Epoque d'Edo (1600-1868)
Cette époque fut centrale dans l'évolution et la considération du tatouage. Il se divisa en trois types distincts : le tatouage de corporation, le tatouage décoratif et le tatouage pénal.
Le tatouage corporatif se pratiquait depuis longtemps chez certains corps de métiers tels que les pompiers qui avaient pour coutume de se faire tatouer un dragon, divinité aquatique, pour les protéger des dangers du feu. Il était également répandu chez les tireurs de pousse-pousse, les jinrikisha.
Mais c'est plus particulièrement chez les yujos (prostituées légales) Yujo en train de se faire tatouer (années 1930)
Yujo en train de se faire tatouer (années 1930) et les geishas que la pratique de ce type de tatouage devint très répandue. S'il existait déjà chez cette catégorie sociale, il fut institutionnalisé à l'époque d'Edo sous le nom d'irebokuro. Ce terme, qui signifie « insérer (ireru) un grain de beauté (hokuro/bokuro) », désignait pour les amants le fait de se faire tatouer à la base du pouce un point ou un symbole de manière à ce que, lorsque leurs mains étaient réunies, ces deux motifs n'en formaient plus qu'un. Cette pratique existait également dans les relations homosexuelles entre prêtres et jeunes hommes.
Une variante de l'irebokuro, le kishibori, consistait à se faire tatouer le nom de la personne aimée accolé à l'idéogramme de « vie », et était considéré comme la marque d'un amour éternel. Les yujos se faisaient ainsi tatouer le nom de leur amant, que ce soit pour flatter le client qui les ferait accéder à un grade supérieur, ou simplement pour manifester un amour privé et sincère. Ce tatouage était le plus souvent réalisé sur la partie intérieure du bras, près de l'aisselle.
Ces deux types de tatouage étaient considérés comme dégradants par les courtisanes et les geishas de luxe qui refusaient de le pratiquer ; elles y étaient néanmoins contraintes par certains de leurs riches clients qui désiraient voir tatouer leur nom sur elles. Cependant, la majorité d'entre elles étaient averties du procédé permettant d'effacer ces tatouages à l'aide de feu et d'une herbe séchée appelée moxa. Il était ainsi courant que ces femmes se fassent poser et retirer un tatouage à mesure que leurs clients se renouvelaient.
La pratique de ce type de tatouage « sentimental» fut interdit par le gouvernement Tokugawa, dans la mesure où il s'inscrivait dans un schéma de manifestations amoureuses (se faire tatouer, se couper les cheveux ou l'auriculaire, s'arracher un ongle...) qui culminait souvent avec la pratique du shinju, le suicide rituel des deux amants.
Le tatouage « décoratif » s'est construit en symbiose avec l'attrait pour les quartiers de plaisirs où coexistaient prostitution, théâtre Kabuki, poésie, littérature et art, notamment l'Ukyo-e, qui se développa dans les années 1650 avec l'impression sur blocs de bois. Mais ce n'est réellement que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, avec la traduction du Suikoden Héros du Suikoden
Héros du Suikoden , que le tatouage décoratif prit son essor. Ce roman d'aventure chinois relatant les exploits de bandits de grands chemins fut une source majeur d'inspiration dans le renouveau du tatouage. Fascinés par leurs exploits, on se faisait tatouer leur figure héroïque, ainsi que des symboles récurrents dans l'oeuvre, tel que le dragon, le tigre... Les artistes de l'Ukyo-e qui illustrèrent cette œuvre contribuèrent à sa renommée auprès des individus et donnèrent au tatouage un style bien précis. Certains thèmes chers à ces estampes servirent également d'inspiration aux tatouages, et notamment des scènes issues des quartiers de plaisirs.
La tradition du tatouage intégral ou semi-intégral telle que nous la connaissons aujourd'hui s'est développée à la même époque avec les vestes de samouraïs appelées jimbaori (veste sans manches facile à passer sur une armure). Des héros ou des faites glorieux étaient représentés sur le dos de ce vêtement ; mais la rigidité hiérarchique qui touchait les catégories sociales s'appliquait aussi aux habits, et il était interdit aux gens du peuple de s'afficher avec un kimono ou avec ce type de veste, qui étaient l'apanage des castes de haut rang.
Pour pallier à cette interdiction, les gens du peuple adoptèrent le tatouage décoratif comme élément de mode. Il fut rapidement très en vogue, en particulier parmi les artisans qui travaillaient souvent dévêtus, et affichaient fièrement leurs tatouages pour se distinguer. Cet intérêt populaire contribua à l'explosion du métier de tatoueur au début du XIXe siècle. En dépit des interdictions successives du gouvernement, le tatouage décoratif se maintint dans les milieux artisans.
Le tatouage pénal est institutionnalisé en 1720, afin de remplacer les peines d'amputation qui frappaient les criminels. Reprenant les bases posées par le Kojiki, le tatouage punitif stigmatisa une partie des individus qui par la suite se regroupèrent autour des clans de yakuzas, d'autant plus naturellement que la marque de leur délit les prenait dans un cercle vicieux : ostracisés par la société et ayant perdu tout espoir d'y retrouver une place, les hors-la-loi s'enfonçaient d'autant plus dans le crime, de sorte qu'au final la population les redoutait encore davantage. A leur sortie de prison cependant, un certain nombre de criminels faisaient appel à des irezumishi pour camoufler leur tatouage pénal sous un autre motif (fleurs...). Les maîtres tatoueurs aussi bien que leurs clients étaient considérés comme des yakuzas ou des hors-la-loi.
Si la pratique du tatouage punitif fut abolie en 1870 sous le gouvernement Meiji, elle marqua durablement les représentations qui associent encore aujourd'hui tatouage, yakuza et criminalité.
Epoque Meiji (1868-1912)
Cette ère vint renforcer les interdictions qui touchaient la pratique du tatouage, en particulier avec l'ouverture du pays sur l'Ouest. Pour les contemporains, l'accès à la modernité se manifestait par l'adoption d'un style occidental, et le tatouage fut plus que jamais considéré comme une pratique régressive et barbare, incompatible avec ces idées nouvelles. Le tatouage, y compris pénal et aïnou, fut définitivement interdit en 1870.
Mais paradoxalement, tandis que du côté japonais le tatouage était frappé d'illégalité, du côté occidental il devint au contraire très à la mode, d'autant que l'interdiction de 1872 ne s'appliquait pas aux étrangers. Fascinés par cette pratique, nombreux furent les Européens qui décidèrent de se faire tatouer, en particulier parmi les élites : le duc d'York et le tsarévitch (les futurs George V et Nicolas II) se firent tatouer. Ce nouvel engouement occidental redonna du travail aux maîtres tatoueurs et leur permit en particulier d'exporter leur art en Europe et aux Etats-Unis par l'intermédiaire des marins, également tatoués.
Les Japonais et le tatouage de nos jours
L'interdiction du tatouage fut finalement levée en 1948 ; néanmoins, en raison de la longue conception négative dont a hérité cette pratique, il est encore considéré comme tabou aujourd'hui, de telle sorte que de nombreux lieux sont interdits aux personnes tatouées (l'exemple le plus fameux reste celui des bains publics)
Il l'est d'autant plus que les représentations actuelles l'associent aux groupes de yakuzas Yakuzas tatoués
Yakuzas tatoués qui l'ont depuis longtemps adopté comme signe de reconnaissance. Un tatouage complet de yakuza est long, douloureux et très cher à réaliser. En cela, il est un symbole à la fois de virilité, d'endurance, de force et de courage, mais également de loyauté à la cause et de solidarité entre les membres. C'est la marque indiquant que l'individu a choisi d'endosser un rôle dans la société parallèle du crime.
Si dans les années 80 on donnait habituellement le chiffre de 73% pour indiquer le pourcentage de yakuzas tatoués, ce chiffre est en partie à remettre en cause de nos jours, dans la mesure où cette organisation criminelle elle-même commence à prohiber le tatouage. Cette impulsion vient notamment de la nouvelle génération yakuza qui n'est pas prête à mettre autant de temps, de souffrance et d'argent dans un tatouage, et qui préfère adopter un motif occidental simple, plus rapidement réalisé avec des moyens modernes (le « Tatuu », terme japonais pour distinguer le tatouage occidental de l'irezumi). Certains choisissent parfois même de ne pas être tatoués du tout.
Ces 20 dernières années les lois contre la criminalité ont été renforcées au Japon, de telle sorte que les gangs yakuzas ont perdu une large partie de leurs revenus et de leur influence. Certains d'entre eux ont notamment choisi de réintégrer la société, et ont de fait été amenés à se faire retirer leur tatouage qui tend à ne plus être considéré comme une marque de solidarité ou de courage. Il peut arriver que les boss de certains gangs interdisent purement et simplement à leurs membres de se faire tatouer.
S'il est en perte de vitesse chez les yakuzas, il reste en revanche très apprécié chez les companions qui exercent dans les Soaplands. Ces endroits, qui couplent bains turcs et maison de passe, ont vu le jour en 1957 lorsque la prostitution sur la voie publique est devenue illégale au Japon et que les bordels ont poliment été reconvertis en bains. Ces maisons de bains, qui ne sont en aucun cas à confondre avec les bains publics, tolèrent le tatouage chez leurs employées, les fameuses companions, qui lui prêtent un fort potentiel érotique.
En dehors de ces deux organisations que sont les yakuzas et les milieux de la prostitution, on constate plus récemment que le Tatuu a gagné en popularité, notamment chez les jeunes femmes. A la différence du tatouage intégral, ce type de tatouage occidental est beaucoup moins connoté et donc en général mieux accepté dans la mesure où il est davantage perçu comme un phénomène de mode.

Techniques et symboles
La réalisation d'un tatouage commence par une consultation auprès d'un maître tatoueur pour définir le motif. Après avoir dessiné les contours du tatouage au pinceau, on procède à la coloration et à l'ombrage : les contours sont fixés à l'aide de deux ou trois aiguilles, alors que certaines zones d'ombrage demandent d'employer jusqu'à 30 aiguilles. Autrefois, l'outil sur lequel elles étaient fixées pouvait être en bambou, en ivoire ou en bois ; mais depuis la modernisation des pratiques les tatoueurs ont recours à un manche en métal.
Cette technique traditionnelle consiste à se faire tatouer à la main (pratique dite du tebori) Tebori, pratique du tatouage à la main
Tebori, pratique du tatouage à la main , et demande un haut degrés de connaissances de la part du maître tatoueur, qui doit tenir compte du rendu qu'aura l'encre une fois insérée. Néanmoins, cette pratique tend de plus en plus à disparaître avec l'emploi d'un outillage moderne.
Parce qu'il est très long à réaliser, très coûteux et surtout très douloureux, nombre de clients interrompent la réalisation de leur tatouage tebori avant la fin. Certains, au gré de leurs déplacements ou de leurs moyens financiers du moment, sont amenés à interrompre des séances de tatouages avec un maître pour la poursuivre avec un autre, donnant lieu à des tatouages hybrides effectués par plusieurs tatoueurs.
Il existe une relation quasi rituelle entre ces derniers et leurs clients, au point que ce sont davantage ces maîtres tatoueurs qui décident qui ils acceptent de tatouer. Un client peut ainsi tout à fait être refusé par un maître qui ne l'a pas jugé digne, afin de ne pas gaspiller son œuvre.
L'évolution des techniques de tatouages doit beaucoup à l'actuel maître Horiyoshi III qui a combiné des techniques japonaises et occidentales, de sorte que le tatouage reste fait à la main même s'il se réfère à des techniques occidentales, notamment pour tracer les grandes lignes au dermographe électrique. Si ce dernier élément présente un léger gain de temps pour l'artiste, la pratique traditionnelle de l'irezumi à la main demande près de 5 ans de travail pour un tatouage intégral.
C'est en particulier dans le domaine de la stérilisation que l'évolution a été la plus marquante, et coïncide aujourd'hui avec ce qui se fait dans les milieux hospitaliers : les aiguilles sont désormais amovibles et individuelles, alors qu'autrefois elles étaient fixées au manche et réutilisables.
Concernant les couleurs, on emploie une encre noire indienne appelées sumi pour les contours ; quand au remplissage, il s'effectue à l'encre rouge, jaune, bleu ou indigo, mais également à l'encre de Nara, très courante, qui donne un effet bleu-vert sous la peau.
Il existe existe également le mythe plus ou moins avéré d'une encre « négative » qu'on emploierait pour le kakushibori (le « tatouage caché »). Réalisé à la base de blanc de plomb ou de poudre de riz, ce tatouage est censé être invisible en temps normal, mais apparaître lorsque la température du corps monte (bains chauds, exercice physique, relations sexuelles, alcool...). On l'appelle également l'irozumi, né d'un jeu de mot entre irezumi et le suffixe « iro » qui se rapporte d'une part à la couleur, de l'autre à tout ce qui a trait à l'érotisme. Cela étant dit, son existence semble parfois anecdotique, et peu de tatoueurs avouent connaître ou reconnaître cette pratique.
L'insertion d'une aiguille sous la peau en suivant le procédé du tebori est parfois si douloureuse qu'il est dit que des extraits de cocaïne sont parfois mélangés à l'encre pour atténuer la douleur sur des emplacements tels que l'aine, le pénis ou les aisselles.

Symbolique
Les maîtres tatoueurs actuels privilégient largement les éléments mythiques et historiques du Japon pour faire perdurer le goût et le respect de cette tradition auprès des jeunes Japonais. De ce fait, peu d'entre eux mélangent des motifs occidentaux à ceux de l'irezumi traditionnel.
Les dessins sont issus d'estampes de l'Ukyo-e (geishas, samouraïs...), de figures de la littérature populaire (Suikoden), mais également de thèmes religieux et mythologiques (divinités shintô, démons, bouddhas...), ou encore de motifs animaliers ou végétaux.
Parmi les thèmes les plus représentés, on retrouve notamment :
La pivoine
C'est un emblème masculin, considérée comme étant « le Roi des Fleurs ». Elle symbolise la richesse, la santé et la prospérité. Mais elle dénote aussi un caractère assuré, audacieux et fier.
Le chrysanthème
C'est une fleur solaire qui est officiellement un emblème impérial. Au Japon, l'Ordre suprême du Chrysanthème est la plus haute distinction qu'un dignitaire puisse recevoir. Ses pétales sont comme les rayons du soleil au centre desquels se trouve l'empereur. Le règne long et prospère de ce dernier est à l'image de cette fleur qui fleurit durant une longue période, même en hiver.
Selon le Tao, le chrysanthème marque la perfection dans la simplicité. A la différence des fleurs de cerisiers qui évoquent la beauté de l'instant éphémère, le chrysanthème est à l'image d'une vie longue et heureuse.
Les fleurs de cerisiers
Sans doute le symbole le plus fameux du Japon. Elles évoquent la fragilité de l'existence, la beauté sublime et éphémère, le sens du sacrifice et la conscience du destin. Elles sont ainsi également liée à un idéal guerrier, celui du samouraï qui se dévoue à la cause et dont la vie peut être fauchée à chaque instant. Ces fleurs sont à l'image de la pureté de l'existence prônée par le Bouddhisme, du détachement des biens matériels et d'une mort idéale, sans regret. O-hanami, le festival qui les célèbre, se réfère à la tradition du mono no aware, la contemplation des choses belles et simples de la nature.
Le lotus
C'est le symbole de l'éveil, de la révélation bouddhique. Son caractère est essentiellement religieux. Le lotus, qui fleurit dans la boue, est à l'image du combat de la vie contre la mort.
Les feuilles d'érable
Autre symbole privilégié avec les pétales de cerisiers soulevés par le vent, les feuilles d'érable sont quant à elles liées au temps qui passe, à la paix et la sérénité du cycle qui se renouvelle.
La carpe Koi, emblème du Kodomo no Hi
C'est un emblème masculin particulièrement célébré aussi bien en Chine qu'au Japon. La carpe Koi est reconnue pour sa force et sa ténacité à remonter les courants. Une légende chinoise raconte que lorsque ce poisson remonte le Huang He jusqu'à la source appelée la "Porte du Dragon", il est transformé en dragon lui-même. En cela, il est associé à l'ambition, la détermination, et à la capacité à surmonter les obstacles. La carpe Koi est si liée aux vertus masculines positives qu'elle en est devenue l'emblème officiel du Kodomo no Hi (le Jour des Garçons, le 5 Mai).
Le dragon
La symbolique du dragon est bien différente en occident et en orient. Les dragons asiatiques sont des créatures qui évoluent aussi bien dans l'eau que dans l'air, et qui peuvent invoquer la pluie. Ce sont des créatures sages et puissantes qui utilisent les forces de l'univers au profit des gens. Il indique la réconciliation des éléments opposés, la symbiose du yin et du yang. S'en faire tatouer un indique un caractère à la fois réfléchi, bienveillant et fort. Tatouage de dragon
Les écailles colorées des dragons indiquent leur maturité, les jeunes dragons ayant des écailles monochromes. Un dragon avec la gueule fermée ne veut pas laisser le mal pénétrer en lui ; celui avec la gueule ouverte veut laisser le mal en lui s'échapper. Il tient souvent entre ses griffes un globe qui contient la quintessence de l'univers, et montre son contrôle sur l'eau, le vent, le feu, et parfois même les planètes. Il est le gardien de ces essences spirituelles contre ceux qui désireraient s'en emparer à de mauvaises fins.
Le tigre
Très connu en Chine comme étant l'un des gardiens des quatre Orients (Le Tigre blanc de l'Ouest lié au métal, le Dragon d'Azur de l'Est assimilé au bois, la Tortue noire du Nord représentant l'élément aquatique, et l'Oiseau vermillon du Sud pour le feu), le tigre symbolise la force, la longévité et le courage. Par sa puissance il repousse la mauvaise fortune, la maladie et les démons. Il n'est pas rare de voir un tatouage de tigre en train de combattre un Oni. Il est lié à l'Automne et au vent.
Le lion
Assimilé au Lion de Bouddha, cet emblème pré-existe comme figure protectrice dans le Shintô. Il chasse les esprits démoniaques et apporte santé et richesse. A l'instar du tigre, il symbolise force et courage. Chiens Fu, ou Lions
Chiens Fu, ou Lions La plupart du temps, la représentation des lions fonctionne par paire, comme on en voit souvent à l'entrée de certains temples : le lion qui se trouve à droite est un symbole masculin ; sa gueule est ouverte pour laisser échapper le mal en lui, et sa patte repose sur un globe qui représente les cieux et les lois du Bouddhisme. Celui de gauche est un emblème féminin, sa gueule est fermée pour empêcher le mal d'entrer, et sa patte est posée sur un lionceau qui symbolise la terre. Il existe une certaine confusion entre le lion et le chien, de telle sorte que le lion de la tradition chinoise est également appelé « Chien Fu ».
Le serpent
A l'instar du dragon européen, en Asie c'est le serpent qui garde les trésors. Il est souvent associé aux commerçants, apportant richesse et prospérité tout en éloignant la maladie, les catastrophes et la mauvaise fortune. Souvent considéré comme l'incarnation des ancêtres sur terre, il était autrefois vu comme un signe de chance de trouver un serpent dans sa maison.
Le phénix
L'oiseau mythique par excellence, symbole d'immortalité et de résurrection. Il représente le renouveau de l'âme, la renaissance au sein même de la vie et le triomphe sur la mort. Tout comme le dragon, il représente l'union du yin et du yang, et c'est pourquoi il est traditionnellement associé en Chine au mariage.
Hannya
Cette tête décapitée symbolise le courage, l'honneur, la menace, et l'acceptation du destin. Elle veut inculquer à celui qui la voit le sens du respect, et montrer à ceux qui ne vivent pas droitement la punition qui les attend.
La Hannya est à l'origine une créature du folklore japonais, le fantôme d'une femme vengeresse. Par la suite, le masque Hannya a été utilisé dans le théâtre Nô : plus sa couleur était intense, plus les sentiments auxquels il se référait étaient dévorants. Se faire tatouer un masque Hannya indique la profondeur et la violence des sentiments, mais également le contrôle que l'on souhaite exercer sur eux.
Le métier de tatoueur
Le milieu des maîtres tatoueurs est un cercle assez difficile d'accès. Les maîtres tatoueurs sont connus par bouche à oreille, ou de plus en plus de nos jours grâce à Internet ou à quelques magazines consacrés. Les artistes qui débutent s'exercent parfois très jeunes en autodidactes, avant d'entrer au service d'un maître. Ils deviennent alors deshi (élèves), et leur première tâche est d'abord un devoir d'obéissance: ils doivent s'entraîner à la discipline et aux bonnes manières (ménage, observation...).
Après quoi, le maître leur enseigne la stérilisation, et au bout d'une période allant de 6 mois à 2 ou 3 ans, ils peuvent commencer à pratiquer, toujours sous la direction de leur maître. Cette étape, qui s'étend sur 3 ans, leur demande de s'exercer au tatouage sur la chair des autres élèves ; ils peuvent également s'exercer sur leur propre corps, notamment pour vérifier la teinte que prennent les encres sous la peau au bout d'un certain temps (même si de nos jours les maîtres déjà rodés guident leurs élèves sur ces questions de couleurs sans que ces derniers aient à le faire sur eux)
S'ils n'ont pas atteint la parfaite maîtrise de cet art au bout de 3 ans, ils sont autorisés à rester 2 ans de plus. Leur mode de vie est devenu plus souple qu'il ne l'était autrefois, même si les conditions d'enseignement varient d'un maître tatoueur à l'autre. Un atelier peut compter une vingtaine d'élèves qui se rendent chez leur maître 2 ou 3 fois par semaine, durant plusieurs heures. Certains logent parfois directement chez le maître.
Une relation quasi-filiale s'établit entre eux, de telle sorte que les branches des artistes tatoueurs qui s'établissent à l'étranger se réfèrent à une famille de tatoueurs (famille Horitoshi à San Francisco). Lorsqu'ils passent maîtres, les tatoueurs peuvent recevoir le nom de leur maître, souvent composé du suffixe "Hori" (Horiyoshi, Horitoshi...) qui se réfère à la pratique du tatouage.
Le métier de tatoueur lui-même est très éprouvant et demande une grande résistance physique. Une séance de tatouage peut durer d'une à deux heures, à raison de plusieurs clients par jours. Les artistes restent assis à genoux sur le sol tout ce temps. Leur concentration doit être maintenue durant toute la durée du tatouage, car la moindre erreur serait pour eux irréversible, et inadmissible au prix où sont ces tatouages traditionnels. D'où la nécessité que le client soit également investi tout entier dans son tatouage, et prêt à supporter la douleur que cela cause ; un client qui sursaute et crie rend le travail du tatoueur très difficile. Près de 80% des clients qui commencent à se faire tatouer ne vont pas jusqu'au bout.