par Totoro » Ven Juin 15, 2018 4:44 pm
LA MORT
Très présent dans la culture nippone, le culte des ancêtres est très important aux yeux de la société du Pays du Soleil Levant.
Le culte des ancêtres occupe une place prépondérante dans la civilisation japonaise actuelle. Importée de Chine, cette piété à l'égard des esprits défunts a fortement été marquée par la tradition confucéenne qui définissait le culte des morts comme une obligation filiale. Aussi, si le mariage japonais et nombre de cérémonies liées à l'enfance s'effectuent selon des rituels shintô, les funérailles en revanche répondent dans la majorité des cas à la tradition bouddhique. L'économie des temples bouddhistes est d'ailleurs essentiellement liée aujourd'hui aux revenus générés par les services funéraires.
Les obsèques japonaises obéissent à une procédure très ritualisée; à défaut du cérémonial approprié pour l'envoyer dans l'au-delà, il est considéré que l'âme du défunt est condamnée à errer sur terre sous sa forme spectrale, noyant sa rancune dans le malheur qu'elle apporte à sa famille.
Si les nombreuses sectes bouddhistes définissent chacune leur propre traitement de la mort, la tradition funéraire la plus couramment observée se décompose en quatre étapes : Makuragyô (litt. « Sûtra de l'oreiller »), Tsuya (« l'Eveil » ou « Traversée de la Nuit »), Soshiki (les funérailles et la crémation), et le Shiju-kunichi (le 49e jour de la mort).
Le Rituel
Makuragyô
C'est la première étape du rituel funéraire, qui s'effectue immédiatement après le décès. Même à une heure très avancée de la nuit, des prêtres sont convoqués pour réciter des sutrâs auprès du défunt, afin de purifier son corps et préparer l'espace funéraire à accueillir l'esprit du Bouddha.
Cette étape a pour but d'aider l'âme à s'acheminer vers le royaume des morts, qui s'apparente ici à une nouvelle naissance.
Tsuya
L'O-koden doit aider à couvrir les dépenses funéraires. L'Eveil se déroule au domicile dans la journée qui suit la mort, en présence de la famille et des amis proches. Ces derniers offrent de l'encens ainsi que l'O-koden, une enveloppe contenant de l'argent pour aider la famille à couvrir les frais des funérailles, très élevés au Japon (jusqu'à 2 millions de yens, soit près de 20 000 euros).
Le corps est placé devant l'autel de la famille, la tête vers le nord (d'où la tradition japonaise de ne jamais placer la tête du lit dans cette direction) et son visage recouvert d'un tissu blanc. On peut dans certains cas orienter le corps vers l'ouest, qui indique la direction du royaume de Bouddha. Un chapelet bouddhique – le juzu- peut être placé entre ses mains, ainsi qu'une dague pour éloigner les mauvais esprits.Juzu
Juzu
On effectue alors alors le rituel nommé Matsugo no Mizu (« L'eau du dernier instant »), qui consiste à humidifier les lèvres de la personne décédée. Après quoi, on procède à la toilette du corps (Yukan); si c'est traditionnellement aux membres de la famille qu'il incombe de procéder à cette tâche, de nos jours on fait davantage appel à des professionnels (les nôkansha). Le corps est lavé à l'aide d'une bassine où l'on aura successivement versé de l'eau froide, puis de l'eau chaude (pratique dite du « Sakasa Mizu »). A l'instar des sûtras récités par les prêtres, le yukan a pour but de purifier le corps et de préparer son départ vers la terre du Bouddha.
Une fois lavé, le corps peut être revêtu soit d'un kimono blanc, soit plus récemment d'un costume pour les hommes, ou d'un kimono pour les femmes ; dans ce cas-ci, le kimono sera croisé vers la droite, et non vers la gauche comme c'est le cas chez une personne vivante.
Il s'agit alors pour la famille de veiller le corps durant la nuit avant la mise en bière. Autrefois, la veillée funèbre durait une semaine entière, durant laquelle on festoyait en pensant que cela ramènerait l'âme du défunt. Jusqu'à récemment, la coutume voulait que l'on monte sur le toit de la maison et que l'on crie le nom de la personne décédée pour la faire revenir. Chaque membre se succède pour renouveler l'encens qui doit brûler tout au long de cette étape. Le lendemain, le défunt est placé dans un cercueil avec de la glace avant d'être acheminé vers le temple bouddhique où doivent avoir lieu les funérailles.
A l'issu de la veillée funèbre il convient de s'asperger de sel pour se purifier.
Soshiki
Les funérailles ont lieu le lendemain de l'Eveil. Le corps est alors transporté Le salon funéraire servant de cadre à la cérémonie.
Le salon funéraire servant de cadre à la cérémonie au temple bouddhique, et son cercueil est placé la tête au nord devant un autel où repose sa photo. Un bol de riz aura été placé auprès de lui, avec les baguettes plantées dedans : ce bol symbolise le dernier repas du mort durant son voyage vers l'au-delà, et la position des baguettes lui indique qu'il n'appartient désormais plus au monde des vivants (d'où la célèbre tradition japonaise de ne jamais planter ses baguettes dans son riz au cours du repas).
Le service funèbre est l'occasion pour les parents éloignés et les connaissances de venir se joindre à la famille pour rendre un dernier hommage au mort. Un rosaire à la main, la personne s'avance vers le cercueil, s'incline devant la photo et jette une pincée d'encens dans une petite cassolette prévue à cet effet, tandis que les prêtres du temple prononcent les sûtras.
A la fin de cette cérémonie, le cercueil est emporté vers le lieu de la crémation. Obligatoire au Japon en raison du manque d'espace, cette pratique ne devient réellement courante qu'à partir du XIXe siècle. Autrefois, elle était exclusivement réservées aux élites aristocratiques et impériales qui conservaient ainsi leurs cendres dans des sépultures familiales. La peur qui entourait alors le corps mort faisait penser que seul le feu était en mesure de purifier la souillure de la mort. Aujourd'hui l'incinération s'explique en partie par le manque de place sur l'Archipel, même si certaines îles ont partiellement conservé une forme de mise en terre (les Îles Ryukyu notamment enterrent le corps avant de le déterrer de nombreuses années plus tard afin de récupérer les os restants et les placer dans une urne funéraire)
Lorsque la crémation est terminée, les os qui restent sont amenés auprès de la famille proche, et les membres doivent alors faire passer les ossements au bonze à l'aide de baguettes, afin que celui-ci les réduise en poussière et les ajoute à l'urne (encore une autre tradition qui explique pourquoi il ne faut jamais se passer de la nourriture de baguettes à baguettes lorsque l'on est à table!)
A l'issue de la crémation la famille emporte les cendres du défunt qui seront conservées 49 jours sur l'autel familial avant d'être placées dans la tombe.
Shiju-Kunichi
Cette étape qui vient conclure les obsèques a lieu 49 jours après la mort. Après une nouvelle petite cérémonie, l'urne est placée dans le tombeau Sotoba familial. C'est à cette occasion que le défunt reçoit son nom posthume, le kaimyo, censé protéger le mort et l'empêcher d'errer sur terre sous forme de fantôme. Cette coutume, extrêmement onéreuse puisqu'un nom posthume peut parfois revenir à près de un million de yens (selon les caractères employés, la secte bouddhique concernée, le rang du prêtre gravant les caractères...) tend à être remis en question par les générations actuelles. Le kaimyo était traditionnellement gravé sur une planche de bois appelé sotoba.
La tradition des 49 jours se réfèrent à une croyance selon laquelle ce serait à ce moment là de la mort qu'il est décidé si le défunt doit accéder au « paradis » ou à « l'enfer » (les diverses prières et sûtras récités durant les funérailles doivent servir à venir en aide au mort à ce moment là, en « améliorant » sa condition).
O-bon, qui se tient le 15 Juillet ou le 15 août selon les régions, est la fête qui célèbre les morts et les ancêtres tout en les guidant à travers l'obscurité de leur voyage.
Les Japonais et l'angoisse de la mort
Butsudan
Les nombreuses marques de respect qui entourent les funérailles cachent en réalité une profonde angoisse de la mort de la part des Japonais. De nombreux mythes, dans la tradition shintô notamment, disent la peur inspirée par les morts : la descente d'Izanagi aux Enfers pour récupérer le corps d'Izanami présentent des âmes jalouses de la vie, attendant l'occasion de pouvoir remonter à la surface pour tourmenter les vivants. C'est également la souillure de la mort qui transparaît ici, dans le corps d'Izanami livré à la putréfaction ; à son retour des mondes infernaux Izanagi est contraint de se purifier dans une rivière pour échapper à cette souillure.
Mitamaya
Quel que soit le degré de piété familiale dont sont empreints ces rites funéraires, la ferveur mise dans les obsèques et les fêtes célébrant les morts a en grande partie pour objet de distraire les âmes défuntes de leur chagrin, de manière à ce qu'elles conservent une part de reconnaissance envers leur descendants et ne viennent pas les troubler.
Chaque maison conserve ainsi chez elle soit un butsudan dans la tradition bouddhique, soit le mitamaya, « la maison auguste des âmes », chez les pratiquants shintô, un petit sanctuaire qui contient notamment des souvenirs des ancêtres. On y dispose régulièrement offrandes, fleurs ou nourriture. Le respect dû aux ancêtres est si présent que des Japonais de l'étranger reviennent parfois de très loin pour leur rendre hommage.
"A vaincre sans péril on triomphe sans gloire."
"Sous d'une atmosphère délétère et oppressante, les hommes plaisantent, allégeant leur humeur.